‹ Les États-Unis et le CanadaChapitre 21 sur 32 · I:T IJ-: CANADA · texte numérisé non relu

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.« Nous n'avons, disail-il, que dix mille hommes à opposer aux armes de nos ennemis, et nous ne pouvons compter sur les habitants. Ils sont exténués par les marches continuelles. Leurs terres ne 3ont pas cultivées à moitié; leurs maisons tombent en ruine», ils sont (oujours en campagne, aJjandonnant femmes et enfants, qui pour l'ordinaire sont sans pain. Il n'y aura point de culture cette année, faute de cultivateurs. »

A la suite de ce douloureux exposé, le gouverneur demandait des soldats et des provisions. Le commissaire des guerres disait dans une dépêche au ministre : a L'Angleterre a actuellement plus de troupes en mouvement dans ce continent que le Canada ne contient d'habitants, en y comprenant les vieillards, les femmes et les enfants. Quel moyen de résister? »

M. de Montcalm écrivait de son coté qu'à moins d'un bonheur inattendu, les Anglais s'empareraient du Canada dans la campagne de 1759. M. de Bougainville partil pour la France, afin de représenter de vive voix au ministère les dangers qui menaçaient le Canada et la nécessité de lui donner un prompt secours. Toutes ces démarches furent inutiles. La France n'envoya rien, et l'année suivante, ainsi que M. de Vaudreuil l'avait dit, les Anglais assiégèrent Québec.

Une escadre de vingt vaisseaux de ligne, de vingt frégates, remonta le fleuve, atteignit l'île d'Orléans, et une armée de trente mille hommes s'établit en face de la ville.

Le jeune et vaillant général Wolfe, auquel avait été spécialement confiée l'attaque de Québec, disait en partant pour son expédition : « Si Montcalm trompe encore cette fois nos elïorts , il pourra passer pour un officier habile; ou nos généraux sont plus mauvais que de coutume, ou la colonie a des ressources que l'on ne connaît pas. »

Ces ressources n'étaient malheureusement pas considérables. En réunissant les habitants des campagnes à ceux de la ville, on parvint à composer un corps de treize mille hommes. C'était encore plus que Montcalm n'avait espéré. « On ne comptait pas, dit un témoin oculaire des événements, sur une armée aussi forte, parce (ju'on ne s'était pas allendu à avoir un si grand nombre

de Canadiens. On n'avait eu intention d'assembler que les hommesen état de soutenir les fatigues de la guerre, mais il régnait une telle émulation dans le peuple, que l'on vit arriver au camp des vieillards de quatre-vingts ans et des enfants de douze à treize ans, qui ne voulurent jamais profiter de l'exemption accordée à leur âge. Jamais sujets ne furent plus dignes des bontés de leur souverain , soit par leur constance dans le travail , soit par leur patience dans les peines et les misères, qui dans ce pays ont été extrêmes ; ils étaient dans l'armée exposés à toutes les corvées. »

Celte ibis, la fortune servit encore ces braves gens. Wolfe bombarda, incendia avec une cruauté indigne de sa noble nature les maisons de Québec, ravagea les campagnes. Mais il échoua dans son enlreprise; il échoua avec tous ses vaisseaux, toute son artillerie, contre quelques milliers d'hommes armés à la hâte. Comme il avait l'âme haute et fière, il éprouva une telle douleur de sa défaite à Montmorency, qu'il en tomba dangereusement malade.

Ses lieutenants parvinrent cependant à relever son courage, et, en lui démontrant l'impossibilité de continuer le plan de campagne qu'il avait adopté, l'engagèrent à remonter la rive droite du Saint-Laurent et à se rejeter de nouveau vers la rive gauche, pour parvenir aux plaines d'Abraham.

Il se rendit à cet avis, et le 7 septembre ses bâtiments, chargés de troupes, allaient jeter l'ancre au cap Rouge. Le lo, dans l'obscurité de la nuit, ces mêmes troupes descendaient avec le reflux de la marée le long du rivage. Quelques heures après, elles gravissaient la falaise et se rangeaient en bataille dans les plaines d'Abraham. Par une déplorable fatahté, Montcalm, qui avait placé là un bataillon qui eût pu s'opposer au débarquement, venait de l'en retirer. Il se trouvait au village de Beauport avec six mille hommes, lorsqu'il reçut un billet de M. de Vaudreuil qui lui annonçait la nouvelle manœuvre des Anglais. Il pensa qu'il ne s'agissait que d'un détachement isolé, prit avec lui un petit nombre d'hommes, parti! précipitamment, et à huit heures se trouva en lace de l'armée ennemie. Ses officiers lui conseillaient

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de n(3 pas engager immédiatement le coml)at. Le gouverneur le priait aussi d'attendre qu'il eût réuni toutes ses l'orces ; mais, emporté par son caractère impétueux , sans donner le temps à ses troupes de reprendre haleine, il se mit en marche. A quarante

Mort de Monlcalm.

pas de distance, ses bataillons furenl reçus par une telle décharge, que le désordre se mit dans leurs rangs. Woli'e, qui les avait laissés s'approcher, prit aussitôt l'oflensive, cl , déjà blessé au poignet, iïit l'rappé d'une l)alle qui lui traversa la poitrine. On le porta à quelque distance du champ de bataille, tandis que ses soldats exécutaient l'ordre qui leur avait été donné de charger

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à la baïonnette. Un des officiers qui ?e trouvaient près de lui s'étant écrié : « Ils fuient! — Qui? demanda le général mourant. — Les Français. — Quoi! déjà? alors je meurs content. »

Et il expira.

Montcalm, en essayant de rallier son régiment, avait déjà reçu deux blessures; une troisième le jeta à bas de son cheval. Il fut emporté dans la ville, et vécut encore assez d'heures pour apprendre la défaite de notre armée.

J'ai visité ce funèbre champ de bataille avec M. Garneau, le savant historien du Canada, qui m'en montrait les principaux points , et m'expliquait les divers mouvements qui s'y étaient opérés. Lorsque, des bords de cette falaise, je contemplais le large cours du Saint -Laurent, et ses rives si riantes, et l'immense espace qui de la pointe du cap Rouge se déroule aux regards, quelle tristesse j'éprouvais en songeant que toute cette grande contrée nous avait appartenu , et qu'elle était maintenant à jamais perdue pour nous !

Montcalm fut enseveli dans le couvent des Ursulines. Sa tête est conservée dans une châsse. Sur la promenade de Québec s'élève un obélisque sur lequel est gravé son nom avec celui de Wolfe. C'est le gouverneur Dalhousie qui a eu la généreuse pensée de consacrer un même monument au souvenir de ces deux vaillants soldais, qui avaient vécu de la même vie, et qui avaient été, l'un en face de l'autre, frappés par la même mort.

Après la perle de Montcalm, Québec capitula. Le Canada n'était cependant pas encore conquis. M. de Yaudreuil s'était rejoint à Montréal aux troupes commandées par M. de Lévy. Si le ministère eût voulu appuyer cet officier, qui, par son intrépide courage, mérite une belle place dans nos annales, les Anglais pouvaient être chassés du poste dont ils venaient de s'emparer. Mais tandis que l'Angleterre accueillait avec des acclamations enthousiastes la nouvelle de la prise de Québec, et faisait avec ardeur de nouveaux préparatifs pour achever .son œuvre, la France envoyait quatre cents hommes au Canada.

M. de Lévy, ayant passé l'hiver à Montréal, partit au commencement du printemps pour attaquer Québec avec sept mille hommes,

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et s'empara du cap Rouge. Le 28 avril , il battait l'armée du général Murray, et commençait le siège de la ville, où Murray s'était retranché après sa défaite et d'où il expédiait de côté et d'autre des dépêches pour demander des secours. Ces secours arrivèrent en assez grande quantité pour obliger M. de Lévy, dont les munitions étaient d'ailleurs épuisées, à abandonner son audacieuse entreprise. Jl se retira sur le lac Cliamplain, où nous avions encore quelques centaines d'hommes, et parcourut le pays pour ranimer par ses exhortations le dévouement des habitants.

Cependant trois armées anglaises marchaient sur Montréal, trois armées auxquelles cette ville n'avait à opposer qu'un mur d'enceinte de deux à trois pieds d'épaisseur, et environ trois mille combattants qui n'avaient plus de vivres que pour quinze jours.

Il fallut se rendre malgré les remontrances de l'inflexible Lévy, qui voulait se retirer dans l'Ile Sainte-Hélène* pour s'y défendre jusqu'à la dernière extrémité. Le 8 septembre, Montréal capitula, et le même jour les Anglais y plantèrent leur drapeau.

Le ministère français ne trouva, après la perle du Canada, qu'une satisfaction à donner à l'opinion publique. Il intenta sans raison un procès criminel à M. de Yaudreuil, et condamna l'indigne intendant Bigot à l'exil à perpétuité. M. de Lévy devint gouverneur de la province d'Artois, puis maréchal de France. M. de Bougainville , qui dans les plus graves jours de péril du Canada avait reçu la mission de se rendre à Paris pour y solUciter le ministère en faveur de la colonie , est le savant marin qui s'est signalé par son voyage autour du monde. De retour à Québec, pendant qu'il combattait sous le drapeau français, il eût pu voir passer sur un des navires de Wolfe un autre officier destiné à de grandes aventures, Cook, le célèbre Cook. Les deux principales illustrations de la marine du xviiie siècle se trouvaient en même temps sous les murs de Québec.

M. Garneau a eu la bonté de m'accompagner avec son excellent concitoyen M. Faribault sur un champ de bataille qui me rappelait de meilleurs souvenirs que celui des plaines d'Abraham. Le

' Dans le fleuve Saint- Laurent, en face do Montréal.

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long de la côte où Wolfe opéra à son grand dam, comme disaient nos anciens, son premier débarquement, s'étend aujourd'hui le village de Beaufort, charmant village qui d'enclos en enclos, de jardin en jardin, s'en va par une ligne continue de maisons agrestes, de pavillons coquets, d'ermitages qu'on voudrait habiter, jusqu'à la chute de Montmorency.

Cette chute , si large , si forte , qui , de la sommité de son bassin de roc, tombe d'un seul jet à deux cent cinquante pieds de profondeur, ne m'a pas paru aussi grandiose que je me l'étais figurée. Peut-être que le souvenir des cascades de la Suisse et de la Norvège en diminuaient à mes yeux l'élévation; peut-être aussi que la description de quelques écrivains, en exagérant son éclat, me la faisait paraître en réalité moins imposante. Mais ce dont les voyageurs parlent trop peu, et ce qui m'a vivement frappé, c'est l'étonnant encadrement de cette masse de flots impétueux, ces sapins qui inclinent leurs sombres rameaux sur l'écume des ondes, et, d'un autre côté, le magique aspect de la baie et du fleuve, de l'île d'Orléans et des montagnes, qui au loin se déroulent vers les régions du nord comme des nuages. Pour celui qui porte là le souvenir de la France, il y a un intérêt de plus dans l'aspect de ces lieux. C'est là, c'est au bruit de ces flots, en face de cette nature superbe , que nos soldats mirent encore une fois en déroute les Anglais. Pour ce dernier triomphe, ils ne pouvaient pas avoir un plus magnifique théâtre.

Après l'esquisse que j'ai essayé de tracer de l'histoire de Québec, pour donner un caractère réguUer à cette ébauche, à défaut d'un autre mérite, je devrais au moins la continuer jusqu'à son dernier plan. Mais, je vous l'avouerai, il n'y a pour moi, dans l'histoire du Canada, que deux. époques intéressantes : celle de la découverte, (le l'exploration de ce pays, et celle de sa lutte contre le colosse anglais.

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