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CHAPITRE VINGT-QUATRIÈME

mités. Centralisateur, ennemi de tout compromis, telle était son attitude, tandis que pour Jefferson l’autonomie des États primait l'importance du pouvoir central. Par égard pour Washington, Hamilton s’abstint d'abord de répondre aux provocations de Jefferson : mais À la fin, poussé à bout, il riposta avec une vivacité qui fit taire son adversaire dont les diatribes à l'adresse des aristocrates, des monarchistes, des corrompus, visaient autant le président que son ministre des finances. L'alliance imposée à ces irréconciliables devint anormale et elle se brisa par la retraite de Jefferson.

Dès les premières sessions du Congrès, on vit poindre les premières difficultés qui allèrent en grossissant jusqu’au jour où elles firent éclater sur le pays le fléau de la guerre civile. Les deux écoles, dont nous venons de parler, se plaçaient à des points de vue opposés pour interprêter la constitution. L'une, qu'on appellerait aujourd’hui celle des centralisateurs, donnait le plus d'ampleur possible au texte des constituants de 1789. Il fallait, disaient-ils, consulter l'esprit de l'acte primordial, et cet esprit tendait à former au centre du pays un gouvernement qui dominerait tous les autres et dont l'influence devrait prévaloir en cas de conflits avec les États. L'école rivale voulait s'en tenir strictement à la lettre de la loi et repoussait avec énergie tout empiétement sur les droits des gouvernements provinciaux (1).

En 1790, le parti de la centralisation risqua une première attaque contre l'ennemi, en présentant à la seconde Chambre une requête qui demandait l'abolition de la servitude.

A cette requête, la Chambre répondit qu’il appartenait à chaque État de régler, seul et pour son propre compte, la question de l'esclavage. Cette décision était conforme à la doctrine de Jefferson sur les droits d'États qui prévaudra durant soixante ans, doctrine acceptée par tout le Sud et une partie du Nord et de l'Ouest (2).

Un des premiers soins du gouvernement fut de créer une (1) On appelait les premiers latitudinarians, et les seconds strict constructiontsts. (2) Voici cette résolution de la Chambre des représentants :

« That Congress have no authority to interfere in the emancipation of slaves, or in the treatment of them within any of the States ; it remaining with the several

States alone to provide any regulations therein which kumaniiy and true policy may require ».

Banque nationale. 11 avait paru à Washington et à Hamilton que le projet de fonder une institution de ce genre rallierait tous les suffrages. Il n’en fut rien, et c'est sur cette Proposition qu'éclata le Premier conflit des droits des États à l'encontre de ceux du pouvoir central. Les républicains de l’école de Jefferson prétendaient que cette affaire était du ressort des autorités provinciales. La question fut déférée à la Cour suprême, qui se rangea à l'opinion d'Hamilton et du président ; mais un des juges déclara que la cause lui avait semblé si douteuse qu’une décision contraire à celle qui avait été rendue lui aurait paru tout aussi raisonn:ble.

L'administration de Washington eut à soumettre une terrible révolte des Indiens de l'Ouest. Les deux premières expéditions dirigées contre les Sauvages furent désastreuses : surtout la seconde qui vit la déroute complète du général Saint-Clair, un ancien compagnon d'armes de Washington. On dut confier à l'habilité du général Wayne la tâche de mettre les révoltés à la raison.

Ce qui donna le plus de soucis au président, ce furent les relations de son Bouvernement avec la France. Le mouvement révoiutionnaire de 1789 avait eu un immense retentissement aux États-Unis qui l’accueillirent avec enthousiasme. Dans leur haine pour Georges III et les institutions monarchiques, les Américains enveloppaient toute la royauté, oubliant combien Louis XVI s'était montré l'ami des insurgés aux jours de leur lutte, Washington suivit d’abord le courant d'opinion générale, mais lorsque la révolution dressa partout l’échafaud, son conservatisme et son cœur se révoltèrent. Il se produisit chez lui et chez quelques-uns de ses amis, une réaction qui fut loin d’être universelle, car presque partout les échos de /a Marseillaise retentissaient à l’arrivée des nouvelles de France et surtout à l’annonce des victoires des armées de la république-sœur. Il devint évident que si le gouvernement américain ne se renfermait pas dans les limites de la plus stricte neutralité, il serait entraîné à la suite de la France dans un conflit avec l'Angleterre. Cette neutralité n'était pas du goût de certains enthousiastes persuadés que l'heure était venue pour le pays de s'acquitter de sa dette de gratitude envers la France.

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