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CHAPITRE XXIV PRÉSIDENCE DE WASHINGTON

Washington, élu président des États-Unis, organise le gouvernement sur les bases de la nouvelle constitution. — Hamilton et Jefferson, chef de deux partis rivaux, entrent dans son cabinet. — Lutte entre les fédéralistes et les partisans des droits des Etats.

À ORGANISATION des pouvoirs publics une fois ter- \ / minée, il s’agissait de soumettre les institutions nou-

velles à l’épreuve de l'application afin de rétablir

l’harmonie entre les différents États et donner à l'esprit pratique des Américains tout son essor. Qui appellerait-on à la suprême magistrature pour inaugvrer l’ère nouvelle ? Il ne pouvaït y avoir qu'une réponse à cette question, et tous les yeux se tournèrent vers l’illustre Washington, de beaucoup la plus haute personnalité du pays. Cet honneur ne l’attirait nullement ; l’âge pesait déjà lourdement sur ses épaules et la retraite avait plus d’attrait pour lui que le pouvoir. Il lui fallut, cependant, céder au désir unanime de ses concitoyens qui le portèrent deux fois à la présidence et le contraignirent de mettre, au prix de son repos, un glorieux couronr'ement à sa carrière.

Il devint nécessaire de déterminer, au début, la physionomie qu’il conviendrait de donner à la présidence. Participerait-elle de l’éclat de la royauté, ou bien se renfermeraitelle dans une simplicité puritaine ? Les avis étaient partagés. Le Sénat proposa de donner au président le titre d’altesse, mais ce mot sentait trop la monarchie et l’autre Chambre refusa de l’accepter. L'usage prévalut de ne l’appeler que : M. le président. Washington, bien que d’origine aristocratique, répugnait à toute appellation pompeuse. Les Chambres lui avaient voté une garde d’honneur, et lorsqu'elle

vint se mettre à sa disposition, il répondit simplement, en refusant ses services, qu’il ne voulait d’autre protection que l'affection de ses concitoyens. Cependant il entoura la présidence d’un certain décorum que la démocratie fit disparaître plus tard. Il n'était pas accessible à tous venants comme le sont les présidents de nos jours. Un code d'étiquette réglait les audiences qu’il accordait et il se rendait au Congrès dans un carosse trainé par six chevaux. La société du temps se plaisait à donner à sa femme le titre de lady Washington ; c'était le dernier reflet des mœurs aristocratiques de l'état colonial.

Le président, qui ne dissimulait ni la grandeur ni la difficulté de sa mission, réunit auprès de lui tous les hommes de valeur. Il lui fallait leur Concours pour faire face au péril de la situation. Le Congrès avait créé quatre ministères : Au département des affaires étrangères (aujourd’hui secrétariat d’État) il appela Jefferson ; aux finances, Hamilton ; à la justice (département de l'Attorney General), Randolph, et Wilson à l'intérieur. A ces ministères ont été ajoutés depuis ceux de la guerre, de la marine et des postes.

Washington, élu président par le vote unanime des Américains, caressait le vain et naif espoir qu’ils ne connaîtraient jamais l’esprit de parti. Ceux-ci devaient, hélas ! le pousser à ses dernières limites et à ses derniers abus. Cette candeur le porta à faire entrer dans son cabinet deux hommes aux idées diamétralement opposées qu’il ne tarda pas à voir aux prises : Hamilton et Jefferson. Ce dernier, de retour de Paris depuis peu de temps, avait senti ses instincts de démocrate s’exaspérer au contact des jacobins, bien qu’il fût loin de partager tout leur radicalisme, C'était l'avocat le plus habile et le plus ardent de la doctrine des droits d'État, et le chef des républicains (1) dont les idées n’avaient rien de commun avec celles du parti qui aujourd’hui porte ce nom aux États-Unis. La doctrine contraire trouvait dans la personne de Hamilton, le chef des fédéralistes, son plus brillant protagoniste. Il voulait au-dessus des États ur gouvernement constitué sur de larges bases, et concentrant en lui la vie et l'énergie nationale qui de là rayonneraient vers les extré-

(1) On les appelait quelquefois démocrates-républicains.

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