CHAPITRE XXVI
THOMAS JEFFERSON (x80r-1809)
Jefferson, le chef des partisans des droits d'État, gouverne en s'appuyant sur la multitude. — Ses idées sont contraires à celles de Washington. — Il favorise l’achat de la Louisiane par les États-Unis. — La Grande-Bretagne et la France génent le commerce américain. — Il interdit toute relation entre ces pays et les Etats-Unis, — I] prend sa retraite après huit années de présidence, — 11 fonde l'Université de la Virginie.
RACE à Jefferson, la république américaine trouve
définitivement son orientation, brisant avec ce qui
restait des traditions du régime colonial. La réac-
tion contre les doctrines fédéralistes, provoquée par les lois arbitraires de John Adams, avait permis à son rival de prendre sa revanche. C'était un homme d'État que le nouveau président ; ami personnel de ses deux prédécesseurs, il comprenait autrement qu'eux le nouvel ordre de choses. Les fédéralistes, malgré la rupture avec l’Angleterre, comptaient conserver le plus possible de ses institutions chères à leurs souvenirs. Ils avaient pris fait et cause pour le peuple durant la lutte contre la métropole ; mais ils le redoutaient et ne l’aimaient guère. « Votre peuple, disait Hamilton aux républicains, est une affreuse brute ». Washington et ses amis s'étaient fait révolutionnaires à leur corps défendant, poussés dans le mouvement par l’intransigeance de Georges III et de ses ministres. La monarchie ne leur était nullement antipathique.
L'esprit du nouveau président avait été coulé dans un autre moule. Pour lui, la royauté, sous toutes ses formes, constituait une monstruosité; seule, la souveraineté populaire se parait de prestige et de respect à ses yeux. Tous