CHAPITRE VINGT-SEPTIÈME
l'avis de Jefferson, à savoir que ce serait folie de lutter à main armée contre la Puissante Albion, 11 fallait user de prudence et attendre l'aurore de jours meilleurs. Mais Madison était un de ces hommes faits pour briller au second plan, auxquels manquent les qualités nécessaires aux chefs d'État. L'influence de quelques jeunes membres du Congrès, pleins d’une ardeur belliqueuse, finit par l'atteindre, La sagesse lui commandait de contenir leur fougue sa faiblesse le fit marcher à leur remorque. Parmi ces angiophobes se faisaient remarquer Calhoun et Clay, qui se vantaient de pouvoir faire la conquête du Canada avec quelques régiments des milices du Kentucky. La guerre fut déclarée le 17 juin 1812, à la suite d’un message de Madison, en date du 1er avril de la même année, recommandant cette mesure extrême. On apprit quelques semaines plus tard que les arrêtés-en-conseil, causes de la Buerre entre les deux pays, avaient été abrogés avant la rupture officielle des relations entre les deux pays. On n’en Passa pas moins outre, décidé qu'on était d’humilier l'Angleterre. Le Congrès ressentait d'autant plus d’irritation contre le cabinet de Saint-James que Napoléon avait annulé les décrets de Berlin et de Milan, acte de générosité qui rendait encore plus odieux les règlements de la Grande-Bretagne,
Une suite de querelles interminables avec l'Angleterre avait fait prendre cette résolution si inopportune aux yeux de Jefferson. Sans armée, sans flotte, Madison ne se lan- Sait-il pas en aveugle dans une aventure bien aléatoire ? On connait les désastreuses Campagnes de 1812 et de 1813 au Canada ; les troupes américaines, repoussées sur les bords des grands lacs, battues à Lacolle et à Chateauguay, ne possédaient pas, vers la fin de la guerre, un pouce du territoire qu'elles s'étaient flattées de conquérir en quelques semaines. C'était un désastre plus grand que celui de 1775.
Après la chute de Napoléon, il fut possible à l'Angleterre d'expédier en Amérique de nouvelles troupes. En 1814, l'amiral Cockburn et le général Ross débarquent sur les rives du Potomac et marchent sur Washington, avec 7,000 soldats de l’armée de Wellington, des vétérans de la guerre d'Espagne qui depuis sept années n'avaient pas couché ail-
leurs que sous la tente. La capitale se rendit avant que ses défenseurs eussent brûlé une amorce. Madame Madison n'eut que le temps de quitter la Maison Blanche en toute hâte par une porte, pendant que les Anglais entraient par une autre.
La chronique rapporte que le général Ross se précipita dans la Chambre des représentants et que monté sur le fauteuil du Speaker, il s'écria : Shall this harbour 0{ yankee democracy be burned ? All for it shall say: aye. La réponse fut affirmative, et ordre fut donné de mettre le feu au Capitole et à tous les édifices publics.
La victoire remportée à la Nouvelle-Orléans par le général Jackson fut un des rares faits d'armes de nature à consoler les Américains de leurs malheurs. Disons cependant que la fortune de la guerre les favorisa beaucoup plus sur mer que sur terre, Le Congrès n'avait pas de flotte à opposer à celle de l'Angleterre, mais un certain nombre de frégates qui, dans des rencontres avec des vaisseaux isolés de l'ennemi, soutinrent avec avantage l'honneur du pavillon américain. Enfin la paix fut conclue en 1814 par letraité de Gand. Celui-ci démontra bienl’inutilité de la dernière guerre, car il n'y fut nullement question des causes de la rupture entre les deux pays : le droit de visiter les vaisseaux neutres que l'Angleterre exerçait avec si peu de ménagements et l'enrôlement forcé des matelots pris sur les naivres américains dans les cadres de la flotte anglaise. Madison et le Congrès se trouvant très heureux d'être sortis de leur équipée, s’abandonnèrent à des manifestations de joie auxquelles la gloire restait étrangère.