JAMES MONROE
Popularité du président, — La célèbre doctrine Monroe, — Révolte des républiques hispano-américaines, — La question de l'esclavage, — Le compromis du Missouri, — La Fayette aux États-Unis.
colonel Monroe, vétéran de la guerre de l'indépendance, remplaça Madison à la Maison Blanche. Personalité marquante du parti démocrate-républicain, il avait été élu sans opposition, faute d’un adversaire, car à cette époque les fédéralistes, diminués en nombre et à la veille de disparaître de la scène politique des États-Unis, ne s'étaient pas sentis assez forts pour livrer bataille à l'ennemi. Imbu au même degré que Jefferson de l'esprit américain, de cette espèce particulière de natrio. tisme poussé à l'excès qui prend en France le nom de chauvinisme et de jingoism en Angleterre, il incarnait en lui les préjugés et les ambitions des masses. Sa popularité, qui était très grande lors de son élection, fut portée à l'apogée par la promulgation de la doctrine qui porte son nom. Depuis plusieurs années, les États-Unis suivaient avec intérêt la lutte engagée entre l'Espagne et ses colonies arnéricaines qui avaient proclamé leur indépendance. De 18rr à 1822, la Colombie, le Chili, le Pérou, sous la conduite de Bolivar, le plus célèbre des révolutionnaires de l’époque, et enfin le Mexique, étaient successivement entrés dans le mouvement insurrectionnel. L'opinion publique aux États-Unis ne pouvait rester étrangère à ces soulèvements qui rappelaient celui de 1776. La presse et la tribune retentissaient d'expressions de sympathie à l'adresse des rebelles : partout
l'on portait leurs couleurs et le chapeau à la Bolivar devint à la mode, De la multitude, l'excitation fit son chemin au Congrès, où Henry Clay et Calhoun ne cessaient de dénoncer la tyrannie de l’Espagne et de plaider la cause des Hispanoaméricains. Enfin le Congrès invita le président à reconnaître leur indépendance et Monroe se rendit à son désir (1822). Ce dernier 1e devait Pas s'arrêter en si beau chemin. Soup- Sonnant que la Sainte-Alliance (1) pourrait bien se porter au secours de l'Espagne contre ses colonies, Monroe prit position contre cette intervention probable bien décidé à la prévenir. C'est alors (1823) qu'il lança le fameux message auquel son nom est resté attaché et qui introduisait dans le droit public un nouvel article accepté aujourd’hui par l’Europe. Étendant les ailes protectrices de l'aigle américaine sur la couvée des nouvelles républiques dont l’enthousiasme yankee avait salué l’éclosion, la doctrine de Monroe faisait savoir à l’Europe que les États-Unis ne tolèreraient Pas son intervention dans les affaires du continent occidental. L'oncle Sam créait ainsi à son profit un protectorat qui lui permettrait de dévorer, si bon lui semblait, les républiques-sœurs, en tout ou en partie, comme le Mexique et le Texas l’apprirent plus tard à leur dépens.
Ce message qui porte la date du 2 décembre 1823, est rédigé dans :e style plein d'emphase que les diplomates américains semblent affectionner. Il n’est pas toujours facile de saisir la pensée de l’auteur, au milieu de cette enfilade de périodes ronflantes. Heureusement que la manière de dire de Monroe se fait plus précise et plus claire lorsqu'il touche au point Capital de son œuvre. Nous en citerons seulement quelques lignes qui rendent Parfaitement son idée et sur Je sens desquelles il ne saurait y avoir de doute :
« Nous devons à la bonne foi, à nos bonnes relations avec les puissances, de déclarer que nous considérerons comme une atteinte à notre paix et à notre sécurité foute tentative de leur Part d'étendre leur Système à une portion quelconque de cet hé-
(1) La Sainte-Alliance était une li Pr