CHAPITRE VINGT-HUITIÈME
misphère. Nous ne sommes point intervenus, nous n'interviendrons pas dans les colonies ou les dépendances que possèdent telles ou telles puissances européennes : mais quant aux Souvernements qui ont déclaré leur indépendance et l'ont maintenue et, pour de justes et hautes raisons, en ont obtenu la reconnaissance de notre part, nous serions forcés d'envisager toute intervention en vue de les opbrimer ou d'exercer un contrôle quelconque sur leurs destinées comme la manifestation d'une disposition hostile envers les Etats-Unis ».
Cette doctrine découlait des déclarations antérieures des gouvernements des États-Unis. Washington avait conseillé à ses concitoyens, en prenant congé de la vie publique, de se tenir à l’écart de la politique européenne, conseil qui comportait l'exclusion des étrangers des affaires américaines. Jefferson était allé beaucoup plus loin et avait fortement engagé Monroe à mettre les gouvernements d’outre-mer en demeure de s'occuper exclusivement des questions intéressant l’ancien monde. En fin de compte, la doctrine Monroe était l’expression des idées courantes chez nos voisins depuis un quart de siècle et répondait aux vœux du peuple.
Au début de son administration, Monroe parcourut les États-Unis en tous sens. Partout le perpe se précipitait à sa rencontre, heureux d’être accueilli par le premier personnage de l’État avez une cordialité tout à fait démocratique. Son grand sens pratique lui fit voir que le développement extraordinaire du pays exigeait des moyens de communication plus étendus que ceux qui existaient alors. Il encouragea les entreprises de travaux publics et sous son administration, Clinton commença le canal Érié, long de 600 milles. Celui du lac Champlain et de l'Hudson date de la même époque.
Monroe favorisa l’annexion de la Floride. L'Espagne eut le bon esprit de vendre cette province depuis longtemps convoitée par les États-Unis et que la guerre lui aurait tôt ou tard enlevée.
L’ère de la bonne entente, #ke era of good feeling, telle est l’appellation qui désigne le régime de Monroe. Les fédéralistes étaient disparus et les républicains se trouvant sans adversaires ; l'esprit de parti sommeillait. La paix et l’har-
monie donnèrent un élan inconnu jusqu'alors aux affaires
et la fortune publique suivit une marche ascendante. C'est toutefois durant cette période bénie des historiens,
que parurent les premiers nuag
pête qui,
la ruine
cohésion qui soutenait l'édifice n'aurait pas résisté au ch. qu’une tentative d’abolition de la servitude lui aurait imprimé. (Cependant, dès 1790, cette question se posait à l'horizon comme un point noir, plein de menaces pour l’avenir. Franklin et un grand nombre de philanthropes priaient le Congrès de décréter l'émancipation des noirs. Comme nous l'avons vu plus haut, la Chambre des représentants déclara son incompétence dans l'espèce, affirmant en même temps qu’il appartenait à chaque État de maintenir ou ce supprimer la servitude dans ses limites (1). Ne faisons pas aux Etats du Nord l'hommage d'une supériorité morale et intellectuelle sur l’autre partie du Pays, parce que l'esclavage n'était pas toléré au Massachusetts et chez ses voisins: l'absence de la servitude de ce côté s'explique par le fait que le travail libre leur était plus utile, plus profitable que celui des nègres.
Les deux sections du Pays avaient vécu en paix jusqu’en 1820 sur ce sujet ; il avait été convenu que chaque fois que le Sud ferait entrer un nouvel état dans l’Union il en serait aussi admis un au Nord, afin de ne pas rompre l'équilibre dans la représentation des États au Sénat. En 1820, la demande d'admission dans l’Union faite par le Missouri remit tout en question. Cet État se trouvait au nord de la rivière Ohio, au-delà de laquelle Ja servitude était proscrite. Mais on alléguait d'autre part qu'il n'était qu'un démembrement de la Louisiane, admise dans l’Union au titre de province à esclaves. La question était épineuse et les partis en présence décidés à ne rien céder de leurs droits respectifs, qui paraissaient aussi bien fondés à droite qu'à gauche. Il n’y avait plus à reculer. I] incombait au Congrès d’aborder
(1) Voir cette résolution, page 1096.