CHAPITRE TRENTE-QUATRIÈME
gues annérs, la fin de l'esclavage, cela est de toute évidence. Jusqu'ici <on ambition s'était bornée à l'empêcher de pénétrer dans ses limites. Toute la législation du Congrès, durant soixante ans, témoigne de cette attitude des États libres. Lorsque William L. Garrison prêche, en 1830, l’évangile anti-esclavagiste, il parle longtemps dans le désert et on le regarde à Boston et à New-York, lui et les abolitionnistes, comme de dangereux agitateurs. Peut-être seraientils restés isolés si les erreurs, les provocations du Sud n'étaient pas venues leur fournir des adhésions en grand nombre et rendre acceptable une idée qui répugnait, à l'origine, à l’opinion publique.
Une acalmie avait suivi le Proviso Wilmot (1846). On se félicitait du retour de la paix et de l'harmonie au Congrès, lorsque la demande, faite par la Californie d'entrer dans l’Union (1850), mit de nouveau les deux partis aux prises, au Sénat et dans la seconde chambre. La constitution que cet État s'était donnée ne comportait pas l'établissement de l'esclavage ; mais comme une partie de son domaine s'étendait au-dessous de la ligne 36° 30’, limite de la terre franche, le Sud protesta contre cette violation du Compromis du Missouri. Durant dix mois — une des plus longues sessions connues à cette époque, — les factions se déchirent à ce sujet, ainsi que sur celui de l’organisation du territoire de V'Utah, de l'esclavage dans le district de Colombie, du droit des propriétaires d'esclaves de poursuivre les noirs fugitifs jusqu’en pays libre, et de la délimitation de la frontière du Texas et du Nouveau-Mexique. C'est ce que Henry Clay appelait «les cinq plaies Saignantes de la patrie». Le célèbre pacificateur, longtemps absent du Sénat, y était revenu, en même temps que Calhoun, pour reconstituer avec Webster le «grand triumvirat». Au milieu des passions chauffées à blanc, la branche d’olivier offerte par Clay aux combattants, produit un effet aussi étrange que les lamentations de Calhoun qui, avec ce sens prophétique, des grandes intelligences sur le point de s’éteindre, trace un sombre tableau des malheurs prêts à fondre sur la république. Webster met ce qui lui reste de sa grande éloquence au service de la conciliation et conjure le Congrès de prêter l'o-
reille aux supplications de Clay, et d'accepter sa mesure, l'omnibus bill, destiné dans les desseins de son auteur à guérir toutes «les plaies saignantes ».
C'est la dernière fois que ces illustres orateurs paraissent ensemble au Congrès. Calhoun, malade et trop faible pour prendre la parole, se fait porter à son siège pour assister à la lecture de son discours faite par un de ses collègues au milieu d’un silence solennel. Quelques jours plus tard, il tombe malade et meurt au plus fort de la tourmente (31 mars 1850), heureux de n'avoir pas vu les déchirements de la patrie, et emportant dans sa tombe les regrets de ses concitoyens frappés dans leur affection. Enfin, de guerre lasse, les partis en viennent à une entente, sur les bases du compromis Clay. D’après cet accord, la Californie entre dans l'Union à titre d'État libre. Comme compensation, on accorde au Sud le droit de rechercher sur tous les points du territoire américain les esclaves fugitifs. De plus, il est décidé qu’à l'avenir, — ce qui est l'annulation du pacte du Missouri, — il appartiendra à chaque État, quelle que soit sa position par rapport à la ligne 369 30’, de décider si la servitude existera, ou non, dans ses limites. Le dénouement tant redouté est ainsi ajourné. On se félicite de toutes parts ; la prévoyance humaine, disant son dernier mot, a enterré toutes les cavses de querelle entre les différentes parties de la république. Dans son enthousisme, le président Fillmore, qui avait succédé à Taylor enlevé dix-huit mois après son installation à Washington, déclarait qu’il regardait le compromis Clay comme le «règlement final, en principe et en fait, des questions dangereuses auxquelles il se rapportait ».
L’enthousiasme officiel passa à la multitude et, durant l'élection présidentielle de 1852, c'est à qui, des whigs et des démocrates, feraient le plus d’éloges du dernier compromis, nouveau gage de la concorde universelle. Le candidat démocrate, Franklin Pierce, fut élu, son concurrent, le général Scott, s'étant aliéné le Sud par ses réticences au sujet de l'esclavage. La défaite des whigs conduisit à la désagrégation complète de ce parti, dont les survivants se fondirent dans les rangs des républicains qui avaient aussi absorbé les Free soilers.