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CHAPITRE TRENTE-CINQUIÈME

de Lincoln, en vinrent à conseiller aux classes dirigeantes de consentir à la séparation du Nord et du Sud. Le New-York Herald, qui avait autant d'autorité parmi les démocrates que la Tribune chez les républicains, préférait le démembrement à la guerre. Les esprits d'élite des États libres prenaient cette attitude : « Si les États du Sud (cotion States), écrivait Greeley le 9 novembre 1860, décident qu'il leur est plus avantageux de sortir de l'Union que d’y rester, nous demandons, avec instance, qu’on les laisse s’en aller en paix... Dès qu’une partie considérable de l'Union aura décidé d’en sortir, nous nous opposerons à toute mesure coercitive prise pour les empêcher de mettre leur dessein à exécution». Un mois plus tard, Greeley tenait encore le même langage, condamnant «l’emploi de la force militaire pour attacher une section de la confédération à une autre, Si huit Êtats, ayant une population de dix millio:. veulent se séparer de nous, on ne peut pas les en empêcher à coups de canon». Le 17 décembre, la Tribune ajoutait : « We could not stand up for coercition, for subjugation, because it would not be just». Ce journal, organe des républicains, fourmille de phrases du même genre. Thurlow Weed, de l'Evening Star d’Albany, le conseiller intime de Seward, exprime la même opinion. Quant au New-York Herald, alors comme aujourd’hui, très répandu aux États-Unis, il allait encore plus loin et mettait son immense publicité au service de l’idée séparatiste, posant en principe que, «chaque État a le droit de briser le lien fédéral, tout comme une nation a celui de rompre un traité, et de repousser la coercition ou une invasion. » Wendell Philips, le féroce abolitionniste, s’écriait dans une assemblée publique, quelques jours avant la prise du fort Sumter : «Qui pourrait leur dénier le droit de se séparer, en face des principes de 1776? Abraham Lincoln ne saurait donner ordre à aucun soldat du fort Sumter. Il n'y a plus d'Union. Jefferson Davis est furieux ; Lincoln, enragé et ils veulent se battre. Vous ne pouvez lever, dans le Massachusetts, des soldats qui voudraient bombarder Charlestown, ou la Nouvelle-Orléans ». Enfin, le 10 avril, trois jours avant la première action, Seward, alors membre du cabinet, écrivait officiellement à M. Adams, le ministre américain à Lon- 17 8or B

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dres : « Un gouvernement absolu et despotique peut seul subjuguer des membres mécontents et insurgés d'un État». Les esprits les plus éminents en étaient arrivés à ce point d’affolement, qu'ils justifiaient l'attitude des Sudistes, appuyés dans leur rébellion disaient-ils, sur des raisons bien plus sérieuses que celles qui avaient provoqué la déclaration de l’Indépendance de 1776. C'était vrai, mais on ne s'attendait pas à trouver cet argument dans la bouche des républicains.

Au regard de cette défaillance momentanée du Nord, les chefs sécessionnistes exultaient et en prenaient acte pour rallier à leur cause la multitude encore hésitante, car on était loin au Sud d’accepter la mesure extrême qu'on lui proposait. Le tarif fédéral, tout à l'avantage de l’industrie de la Nouvelle-Angleterre, les tendances centralisatrices des républicains, si menaçantes pour l'autonomie des États, et par-dessus tout l'agitation anti-esclavagiste exaspéraient, sans doute, la partie méridionale du pays. Cependant le démembrement de l’Union répugnait encore à ses idées. Il fallait un coup de foudre pour fondre toutes ces hésitations et il ne tardera pas à éclater.

Entre l'élection d'un président, aux États-Unis, et son entrée en fonctions, il s'écoule un laps de temps (du mois de décembre au 4 mars) qui n’est pas toujours employé au point de vue des intérêts publics. C’est là, un des points faibles de l'exécutif américain. Dans la monarchie, cette espèce d’interrègne n'existe pas; le mort saisit le vif sans qu'il y ait interruption, et la main de l’autorité ne cesse jamais de se faire sentir. Les chefs du Sud mirent à profit les quatre mois d’inaction ou de complicité du pouvoir pour prendre les devants et se préparer à une lutte imminente.

La nouvelle confédération existait de fait ; l’armée apprenait à connaître ses chefs, et les ordres de Jefferson Davis étaient écoutés sur tous les points des six États confédérés, (la Virginie, la Caroline du Nord, le Tennessee et l'Arkansas n’en faisaient pas encore partie). Dans toute l'étendue de la nouvelle république, le drapeau étoilé ne flottait plus que sur le fort Sumter, bâti sur une petite île située dans le port de Charlestown, et d'où va partir le signal de la grande collision

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