ABRAHAM LINCOLN (1861-1865) ANDREW JOHNSON
Difficultés de la situation à l'arrivée de Lincoln à Washington, — Sa détermination ramène la confiance. — Affaire du Fort Sumter. — La guerre est déclarée. — Il faut sauver l'Union. — Affaire du Trent. Le 1er janvier 1863, Lincoln abolit l'esclavage. — L'acteur Booth assassine le président le 14 avril 1865. — Le vice-président Johnson lui succède, — Fin des hostilités, — Les radicaux décident d'opprimer le Sud.
LLE n’a rien d’enviable la position de Lincoln, le jour
KI où il prenû le pouvoir en mains : un tiers des États refusent de reconnaître son autorité que l’armée,
7 à raison de sa faiblesse numérique, ne saurait faire respecter ; la population restée fidèle, en proie à l’indécision, ne sait quel parti prendre ; le désarroi est partout et l'horizon s’assombrit d’un jour à l’autre. Personne ne devine alors, dans l’avocat naguère obscur de l'Ohio, les qualités latentes qui vont lui donner les moyens de maîtriser la tempête. C’est un homme de gouvernement que cet ancien paysan, fils de ses œuvres, sorti des rangs du peuple et qui, au dur contact de la misère de sa jeunesse, a acquis de la fermeté et de la détermination. Un grand fonds de bon sens lui tient lieu de génie, et une bonne humeur qui se traduit en plaisanteries d’un goût parfois douteux ne l’abandonnet jamais, même au plus fort de la crise. Somme toute, puissante individualité et c'est ce qu’il faut pour sauver l'Union, que des hommes bien supérieurs à lui par le savoir et de brillantes qualités auraient laissé périr. Pour rendre sa tâche encore plus ardue, les membres de son cabinet, personnages en vue, hier encore ses concurrents à la direction
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du parti républicain, ne partagent pas ses idées, pas même le plus illustre d’entre eux, le secrétaire d'État Seward. Il leur manque à tous cette foi inébranlable et ce sang-froid qui lui feront tenir seul tête à l'orage, aux premiers jours, et voir clairement la route à suivre au milieu de la crise. Les ar-'- les plus intimes du président ne savent quel parti prend affolés par la perspective d’une guerre à laquelle ils préfèrent le démembrement de l’Union, que la constitution autorise à leurs yeux. Sans s’arrêter aux théories, Lincoln déclare qu'il a reçu le mandat de faire exécuter les lois du Congrès dans tous les Etats, et qu’il le remplira. « My course », disait-il, «is as clear as a turnpike road ». Mais l'heure approche où l’indécision générale va cesser. Lincoln, longtemps isolé, va sentir comme un frémissement magnétique qui le mettra en communion d'idées avec des millions d'hommes prêts ensuite à faire corps avec lui, pré's à accepter sa dictature. C’est le coup de canon tiré contre le fort Sumter qui opérera cette transformation merveilleuse.
Quelques jours après l’entrée de Lincoln à la Maison Blanche, une délégation des États confédérés arrive à Washington pour ouvrir des négociations avec le gouvernement (12 mars 1861). Elle n’est pas reçue officiellement, mais M. Seward consent à se mettre en rapport avec elle par l'entremise d’un tiers. A la réclamation que font les Sudistes relativement au fort Sumter, le seul point qui, dans cette région, est encore occupé par les troupes fédérales, et dont ils demandent possession, W. Seward répond qu'il sera évacué avant dix jours et qu'il désire la paix. Un mois se pesse en pourparlers. Entre temps, le bruit se répand que l’on fait de grands préparatifs de guerre à New-York et qu'une flotte appareille à destination de Charleston. Les délégués expriment leur inquiétude au secrétaire d'État, qui déclare que la parole donnée le 9 avril sera tenue : « Faith as to Sumter will be kept ». Apprenant ces négociations semi-officielles, quelques gouverneurs d'États du Nord opposés à tout arrangement pacifique, des War Sovernors, comme on les surnomme, se rendent à Washington pour conférer avec Lincoln et s'opposer à toutes négociations qui comporteraient un semblant de reconnaissance de la nouvelle république. Puis, soudain, le gouvernement