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CHAPITRE TRENTE-SIXIÈME

de Richmond, ayant été averti que la flotte du Nord, dont il vient d’être question, a reçu ordre de ravitailler le fort Sumter, se croit joué, rappelle ses délégués et ordonne au général Beauregard de sommer le commandant de cette place de se retirer. Ce général se conforme aux ordres de son gouvernement (le 11 avril) et prévient le capitaine Anderson que si, dus trente-six heures, le fort n’est pas évacué, il ouvrira le feu. Comme cet officier refuse d'obtempérer à la sommation, le bombardement commence, le 12 avril, et le surlendemain les soldats du Nord capitulent.

Ce fait d'armes, insignifiant en lui-même, entraîne des conséquences effroyables. 11 transforme le pays porté à la paix au prix des plus grands sacrifices, en un pays ne respirant plus que guerre et vengeance, car le drapeau étoilé a subi une insulte qu’il faut laver dans le sang. D'un peuple divisé par les intérêts politiques, flottant entre divers partis à prendre, le coup de canon du fort Sumter fait surgir un peuple uni, ne comptant plus qu’une masse d'hommes prêts à recevoir l'inspiration de leur chef et à écouter son cri de ralliement : «Il faut sauver l'Union ». Désormais, plus de démocrates, plus de républicains, plus de free soilers, rien que des unionistes ; la fusion est complète. Lincoln demande 75,000 hommes ; tous les États répondent à son appel et les volontaires affluent sous le drapeau de la patrie. Jamais pareil enthousiasme ‘ne s’est vu. Le peuple américain obéit à la grande impulsion que le président lui imprime et à laquelle il a si longtemps résisté,

La victoire de Beauregard a aussi pour résultat de mettre fin à l’hésitation des quelques États du Sud qui ne font pas encore cause commune avec les rebelles : Ja Virginie, la Caroline du Nord, le Tennessee et l’Arkansas proclament leur séparation de l'Union. Le sort en est jeté; le carnage va commencer et durer quatre longues années.

Il n'entre pus dans notre plan de décrire les péripéties de la guerre de la sécession, les brillants exploits de Beauregard à Bull Run où il met les troupes fédérales en déroute, les savantes manœuvres de Lee, les audacieuses attaques de Stonewall Jackson et l'héroïque résistance du Sud, les campagnes de McClellan et de Sherman, et enfin la persévérance

de Grant, qui eut raison des rebelles. Le Sud épuisé d’hommes et d'argent devait fatalement succomber : la population des États confédérés n’était, à proprement parler, que de huit millions d’âmes, car il ne fallait pas compter sur ses quatre millions d'esclaves ; ceile du Nord s'élevait à vingt-deux millions. Il avait aussi d'immenses ressources, qui permettaient à l'autorité d’enrégimenter des légions de volontaires, accourus sous ses drapeaux de l’Europe et du Canada. La cause des confédérés ne trouvait aucun appui en dehors du pays. Comment faire appel à l'étranger en faveur de l’esclavage dans un siècle où l'on faisait sonner jusqu'à l'abus le mot de liberté universelle (1) !

Le Sud put croire, un instant, à l'intervention armée de l'Angleterre en sa faveur lors de l'affaire du Trent. Un paquebot anglais de ce nom, ayant à son bord deux délégués des États confédérés, fut arrêté sur la haute mer par un navire de guerre des États-Unis. Le commandant américain du San Jacinto fit ces deux personnages prisonniers et permit ensuite au Trent de continuer sa route. C'était une insulte au pavillon anglais, et le cabinet de Saint-James exigea une réparation immédiate, tout en donnant ordre de mettre son armée et sa flotte sur le pied de guerre. Le gouvernement de Washington dut relâcher MM. Mason et Slidell, les envoyés du Sud ; mais les Américains ont conservé et conservent encore le souvenir de l’humiliation qui leur fut alors infligée, comme ils n’ont cessé de le faire sentir à l'Angleterre.

Deux ans après la déclaration de la guerre, Lincoln prit la décision hardie d'émanciper les noirs. Il n’en vint pas à cette détermination extrême aux débuts des hostilités, car un grand nombre des partisans de l’Union auraient refusé d'appuyer une ligne de conduite si radicale. Le Missouri, le Maryland et le Kentucky comptaient beaucoup d’es-

(1) Grant comptait sur le nombre de ses troupes et l'épuisement inévitabie du Sud pour le vaincre, comme semble l'indiquer la lettre suivante qu'il écrivait, en mars 1864, au sénateur Washburne :

« Les rebelles ont enrôlé leur dernier homme. Les enfants et les vicillards sont obligés de monter la garde autour des prisonniers et forment en bon nombre partie des garnisons des forteresses. Un homme perdu par eux ne peut être remplacé. Ils ont volé la tombe et le berceau pour se procurer leurs ressources actuelles. Ils

perdent par la désertion, la maladie et les combats, un régiment par jour... A ce compte, la fin n'est pas éloignée, si nous ne nous divisons pas au Nord ».

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