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CHAPITRE TRENTE-SIXIÈME

Sur ses anciennes bases. 1]1 n’entendait nullement traiter les États soumis en pays conquis ; leur défaite et l'émancipation des noirs, qui entraînait une perte d'au moins quatre cents millions de dollars, constituaient, à ses yeux, une punition proportionnée à la faute.

Il ne suffisait pas aux radicaux de voir le Sud écrasé, ruiné, humilié ; il fallait, pour assouvir leur soif de vengeance, l'accabler d’une dernière ironie, en lui imposant le joug injurieux d’une race inférieure. Bien que le territoire de la défunte confédération soit pacifié depuis plusieurs mois, le Congrès (1866) le déclare en état d’insurrection, supprime l’habeas corpus et divise tout ce Pays en cinq districts pour l’administrer militairement. C'est le régime du sabre et de la baïonnette. Comme les noirs ne connaissent pas le premier mot des devoirs de la vie politique, on crée des bureaux chargés de les diriger (Freedmen bureau). Puis une nuée d’aventuriers venus du Nord — les carpet baggers — s’abat sur la confédération vaincue pour l'exploiter. Ils sont aidés dans leur œuvre néfaste par la lie de la population des cités de Richmond, Charleston, Savannah, etc., qui ne trouve pas trop vil le sale métier de trahir et de piller des concitoyens, victimes de la défaite. Le règne de ces scallawags, (c'est le nom qu'on leur donne), et des carpet baggers, à laissé, dans le cœur du peuple, un ineffaçable souvenir d'horreur et de répulsion.

Si le vice-président Johnson, appelé par la loi au poste suprême de l'État, partageait les idées de son prédécesseur, l’habileté de Lincoln lui faisait défaut. Violent, plein de rudesse dans les manières, il n'avait pas le tact nécessaire pour maîtriser les radicaux du Congrès, dont il s'attira l'antagonisme. De son propre chef, il lança une proclamation d’amnistie, au cours de laquelle il posait aux vaincus les conditions de leur retour dans l'Union. Le plan de Johnson était d’une grande simplicité. D'après lui, il était resté au milieu des États du Sud un certain nombre d’unionistes, et leur présence dans cette région avait suffi pour conserver le lien qui les rattachait au gouvernement central et que la guérre avait vainement tenté de rompre. Du moment où cette fâcheuse entreprise avait échoué, tout rentrait dans l’ordre,

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tel qu'il existait avant l'affaire du fort Sumter. Les exigences de la situation devaient se borner, selon le président, à imposer aux confédérés l’abrogation de l'ordonnance de la sécession, l'approbation du treizième amendement à la constitution (abolissant l'esclavage) et enfin la répudiation de la dette contractée pour le soutien de la guerre. Les rebelles s'empressèrent d'accepter ces conditions, qui ne s'appliquaient pas au Tennessee, par une inexplicable bizarrerie d'esprit du président : il était pourtant citoyen de cet État.

Ce n'est pas ainsi que le Congrès entendait la reconstruction de l’Union. Les radicaux, (nom alors donné aux républicains) conduits pas Thadeus Stevens, dénoncèrent avec violence la politique conciliatrice du président. Ils voulaient simplement mettre hors la loi la population blanche du Sud, conférer les droits de citoyens aux nègres, moins aptes à les exercer que ne l’auraient été des enfants de dix ans, et perpétuer, par ce moyen, le règne des républicains à Washington.

L’abolition de l'esclavage comportait pour l'influence des radicaux un sérieux danger que l'esprit pénétrant du Yankee eut bien vite fait d'apercevoir. Comme le chiffre de la population sert de base, aux États-Unis, à la représentation au Congrès, l'entrée de quatre millions de noirs dans la société civile, avec tous les droits de citoyens, allait donner au Sud un nombre de députés beaucoup plus considérable qu'avant la guerre. Avec cet appoint et l'alliance des démocrates du Nord, il pourrait reprendre le pouvoir avant longtemps. Il s'agissait donc de parer à cette éventualité imminente, ou tout au moins de la retarder le plus possible. C'est dans ce but qu'un nouvel amendement fut ajouté (le quatorzième article) à la charte du pays (1).

(1) ARTICLE XIV Section Première

Toutes personnes nées ou naturalisées aux États-Unis, et soumises à leur puissance, sont déclarées citoyens de l'Union et de l'État où elles résident. Aucun État n'édictera de loi qui porterait atteinte aux privilèges et immunités des citoyens des États-Unis ; et s'il en existait, il ne leur donnera aucune force d'exécution. De plus, un État ne privera qui que ce soit de sa vie, de sa liberté, de sa propriété, sans jugement, et il ne refusera la protection de la loi à aucune personne soumise à sa juridiction.

Section Deuxième Les membres de la chambre des représentants seront répartis entre les États

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