CHAPITRE TROISIÈME
vingt rebelles Tant de sang répandu criait vengeance et cette mesure parut excessive à Londres. Berkeley voulut se justifier, mais il mourut en se rendant en Angleterre. Ses successeurs, Culpepper et Effingham, ie se montrèreat guère plus honnêtes. C'est sous l'administ, ation de Culropper que Charles II annula la charte de la cüiorie (1684) qui devint alors province royale, son régime définitif jusqu’à la Révolution. L’horizon était bien sombre en Virginie quand y parvint la nouvelle de la fuite de Jacques II, sous lequel la situation s'était encore aggravée, et de l'avènement de Guillaume d'Orange. Le dernier roi de la dynastie des Stuarts représentait l'arbitraire en matière de gouvernement; sa chute fut le triomphe du parti populaire. Les colons virginiens, qui soutenaient la même lutte que les parlementaires anglais, respirèrent, et crurent entrevoir le retour des beaux jours que la république leur avait donnés. A l'instar du Parlement de Londres, l'assemblée vota une déclaration des droits et rétablit l’habeas corpus dont Charles II l'avait privée.
Le roi Guillaume, élevé dans les idées d’absolutisme à la mode sur le continent européen, ne goûtait guère l’enthousiasme de ses loyaux sujets pour la liberté. S'il ne pouvait régner en despote sur l'Angleterre, il lui était agréable de restreindre le plus possible les privilèges des Virginiens. Comme si le mauvais vouloir du roi ne suffisait pas à leur déception, ils se virent en butte à une hostilité d'autant plus désagréable, qu'elle venait d'un pouvoir dont la colonie avait raison d’attendre protection. Le Parlement anglais inaugura, vers ce temps, la politique restrictive du commerce des colonies qui aura des conséquences s terribles pour l’Angleterre cent ans plus tard. Sous le règne de Guillaume, la classe mercantile avait accru sa représentation à la Chambre des communes et, comme ses intérêts n'étaient pas les mêmes que ceux des colonies, la mère patrie n’hésita Pas un seul moment à décider que les seconds devaient se subordonner aux premiers, Des sommets élevés de la société anglaise à ses plus humbles Coucies, il paraissait que la raison d’être des colonies n'était que le profit de la métropole : principe impossible à faire accepter par les Virginiens, gens utilitaires, ayant emporté
avec eux en Amérique la soif de gain, l'esprit de lucre qui distinguaient leur Pays d'origine. Cet empiétement sur leurs droits ne fut pas le seul grief dont ils eurent à se plaindre. L'Angleterre les avait engagés dans ses guerres avec la France. Contributions en argent, sacrifices d'hommes, pertes éprouvées par leur Commerce, les accablèrent ensemble. Étaitil juste que la métropole leur imposât ces dures nécessités de la lutte, et en plus le paiement d’une partie de ses frais, tout en tarissant la source de leurs recettes par sa législation Commerciale ? Il est vrai de dire que souvent ces lois restrictives restaient lettre morte. On avait recours à la ruse, cette force des faibles, pour les éluder, et le trafic avec l’étranger allait son train. Mais elles ne laissaient pas que de Provoquer de grands mécontentements.
Nous avons vu naître, grandir et prospérer la colonie de la Virginie. Au moment où nous la quittons, à la veille de la révolution, c’est un État organisé, jouissant d’une certaine autonomie, parfois gêné, il est vrai, par la métropole, mais connaissant l'étendue de ses droits et parfaitement décidé à les reconquérir en entier. C’est en un mot une petite république, indépendante, jalouse de ses privilèges, fermée à toute intervention étrangère.
Voyons comment sa population est composée au point de vue des classes. En première ligne, nous trouvons les planteurs, descendants des cavaliers, qui n'étaient pas de la noblesse, comme on le suppose généralement, mais des adhérents à la cause de la royauté et de l'Église, ou de grands propriétaires peu favorables au Progrès du pays, gens instruits pour la plupart, vivant retirés sur leur domaine avec leurs serviteurs et leurs esclaves : genre d'existence qui favorisait le développement des idées aristocratiques. Caste hautaine, pleine de mépris pour ses subordonnés, elle ne faisait rien Pour améliorer le sort des autres classes ni pour répandre l'instruction qui s’est développée bien lentement dans cette colonie. Ce n'est qu’en 1691 que l’on fonda l'institution nommée le collège de Guillaume et Marie, aujourd’hui l’université de Virginie.
La seconde catégorie sociale est celle des bourgeois: elle s’accroît par l'immigration et par l'entrée dans ses rangs des serviteurs engagés (indented Servants). Ceux-ci sont des émigrés
re qui leurs indre.
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