CHAPITRE QUARANTIÈME
des travaux publics que l'on entreprendrait dans le dessein de soulager la détresse des masses. Le gouvernement refuse d'écouter ces étranges solliciteurs. Cesse question du cours monétaire restera à l'ordre du jour pendant encore de longues années. L'on verra bientôt le grand orateur populaire, Bryan, la reprendre à son compte.
Dans un vaste Pays comme les États-Unis, avec des besoins qui varient selon les conditions climatériques ou industrielles, les questions économiques sont toujours au premier plan. Il se trouve sans cesse certaines classes de la s0ciété qui semblent favorisées par les lois au détriment des autres. Ce déséquilibre existait, d'sait-on, aux États-Unis : de là, des récriminations. Pour les faire cesser, Cleveland eut recours à sa panacée ordinaire : l’abaissement du tarif douanier. Comme il pouvait compter sur la majorité des suffrages à la Chambre des représentants, il lui fit adopter des amendements au tarif qui abaissaient les droits à l'importation de 50 à 35%. Le Sénat républicain refusa de donner son plein concours à la politique du président, préférant s'arrêter à un moyen terme, Le tarif modifié fut relevé à 37%:
Si les réformes proposées par Cleveland n'agréaient pas à tout le monde, s’il se produisait des divergeances d’opinion, même entre lui et ses amis, sa politique étrangère lui rallia un moment tout le pays. Depuis longtemps, il existait un désaccord entre la Grande-Bretagne et le Vénézuela au sujet de la frontière entre ce pays et la Guyane anglaise. Après bien des pourparlers inutiles, le ton du gouvernement anglais devint menaçant. A plusieurs reprises, Cleveland était intervenu pour offrir sa protection au Vénézuela, heureux de se trouver sous l'égide de la doctrine de Monroe. Comme lord Salisbury, alors premier ministre de la reine Victoria continue à faire la sourde oreille aux menaces américaines, le Président dans un message au Congrès déclare qu’il entend faire cause commune avec le Vénézuela et lui servir de bouclier contre toute aggression de la part de l’Angleterre. Ce fut comme un éclat de foudre dans l’atmosphère diplomatique. Les masses, aux États-Unis, qui ne demandent pas mieux que de tordre de temps à autre la queue
du lion britannique (to twist the british lion’s tail) prennent feu à la lecture du message présidentiel. Tout le monde y applaudit, sans se soucier des complications très sérieuses qui peuvent en surgir. En face de cette attitude déterminée, véritable ultimatum, lord Salisbury recule. La valeur du terrain en jeu n'aurait pas compensé les pertes causées par une journée de guerre entre les deux pays. Ajoutons, pour faire connaître la fin de l'incident, que les parties contestantes portèrent leur différend devant le tribunal de la Haye où l'Angleterre eut gain de cause sur tous les points (1).
Il s'était produit aux îles Hawaï, sous la présidence de Harrison, une révolution provoquée et suscitée par des Américains établis à Honolulu. Ne trouvant pas de leur goût le régime de la reine Lilikowani, ils avaient, avec la complicité du Cons des États-Unis, organisé un soulèvement dans le but de renverser son trône. Cecomplot auquel avaient pris part des marins d’un croiseur américain, réussit et la République fut proclamée dans la capitale du petit royaume.
Lorsque Cleveland prit les rênes du pouvoir, il trouva, tout prêt à être présenté au Congrès, un projet de loi à l’effet de ratifier le fait accompli et d’annexer les îles Hawaï aux États-Unis. Disons à l’honneur de Cleveland qu’il jeta au panier ce document si pu honorable pour la diplomatie américaine, désavoua la conduite du Consul des États- Unis et reconnut la jeune république.
En 1897, les deux partis se préparèrent à donner à Cleveland un successeur selon leur préférence respective. Ce furent les républicains qui prirent les devants en faisant connaître leur programme. Un seul de ses articles est à retenir parce qu'il démontre que ces derniers, longtemps divisés sur la question monétaire, s'étaient enfin ralliés à la doctrine de l'éta'on d’or comme unique mesure de la valeur.
(1) En 1893, les États-Unis prétendirent qu'en vertu du traité de cession de l'Alaska, ils étaient les maîtres absolus de la chasse aux phoques dans la mer de Behring. L’Angleterre s’éleva contre cette prétention et le difféiend fut soumis à Paris, à un tribunal spécial. La sentence arbitrale, rendue par ce dernier, porte que les États-Unis succédèrent à tous les droits des Russes dans les pêcheries de l'Alaska, mais que ces droits ne s'étendent pas au delà de la limite de trois milles
des côtes et que sur la haute mer, la pêche du phoque reste libre pour toutes les nations. ÿ