CHAPITRE XLI
MCKINLEY ET BRYAN
Présidence de McKinley (1897-1901). — M, Bryan. — Guerre contre l'Espagne, — Doctrine de Monroe, — Assassinat du Président, — Le protectionnisme contre le libre-échange. — Les Trusts. ”
N vit cesser, sous la présidence de M. McKinley, le déséquilibre financier qui avait tant nui aux Américains. L'incertitude qui depuis longtemps régnait ” au sujet de la fixation du cours monétaire avait jeté le désarroi dans le commerce. Les capitalistes étrangers avaient retiré leurs fonds des États-Unis. Ceux-ci étaient obligés de faire leurs paiements selon la méthode européenne, à Londres, Paris, Berlin et autres villes. Chaque année cette obligation entraînait l'exportation de $80,000,000 en or. Ce drainage constant appauvrissait la République. Combien de fois Cleveland ne dut-il pas se faire emprunteur sur le marché de New-York pour maintenir à son niveau la réserve du métal précieux du gouvernement, afin de contrôler le cours des valeurs et faire face aux obligations de l'État.
L'arrivée des républicains avait ramené le calme dans la situation économique du pays, et les capitaux, soigneusement enfermés jusque là, s'engagent dans les entreprises industrielles detous genres. Pour en décupler, et en centupler la puissance, leurs détenteurs les concentrent afin de former des trusts, ces formidables engins de spéculation. On parle de l’horrible accaparement des blés qui eut lieu, dit-on, sous l’ancien régime en France. D’aucuns doutent qu'il ait existé et, que seule la rareté de cette denrée avait fait croire à cet ac-
caparement. Que cet abus ait sévi ou non, jamais il n’a connu la forme oppressive des ententes commerciales modernes. En définitive, bon nombre de nos méthodes tant vantées ne sont que l’aggravation d’anciens abus.
Comme si les riches n'étaient pas encore assez favorisés
par la surabondance des capitaux, le Congrès en majorité républicain, sous la direction de M. Dingley, releva le tarif à 50%. Il avait été manipulé, de façon à protéger les gros intérêts qui pouvaient cependant se passer de toute aide. Le sucre, l'acier, le pétrole, maîtres absolus du marché américain, purent plus que jamais défier la concurrence étrangère. C’est alors que se formèrent tous ces grands Trusts qui étreignent le pays pour l’exploiter.
* En 1895, une insurrection éclatait dans l’île de Cuba. On vit alors le gouvernement ‘2 Washington s'intéresser outre mesure à la cause des insurgés. Ses convoitises sur le domaine de l'Espagne s’affichaient dans les protestations que Washington adressait à Mad:id. «Cette guerre s’éternise ; il faut y mettre un terme, disaient les Américains, car elle nuit aux affaires de notre pays. Si elle se prolonge encore, nous serons forcés d'intervenir». La presse, surtout la presse jaune, les journaux qui font de la sensation un moyen d'existence, prenaïent la cause des insurgés, forcés à la révolte par les exactions des Espagnols. Qui ne s’indignerait pas contre la tyrannie du gouvernement de Madrid qui avait, dans le passé, perdu ses colonies dans le Nouveau Monde à cause des vices de son administration ? Ces reproches n'étaient-ils pas en partie fondés ? L'expérience n'avait pas servi de leçon à Madrid où l'on n’avait rien appris, rien oublié. Mais appartenait-il aux Américains de faire la police chez leurs voisins ?
Depuis quand les lois internationales autorisent-elles un État à régler et à diriger la conduite de ses voisins ? Que lon érige cette prétention en doctrine et le feu sera aux quatre coins du monde.
L'opinion américaine se surexcitait de plus en plus, lorsqu’un fâcheux incident fit déborder la coupe de cette indignation simulée. Un croiseur des États-Unis — le Maine — était mouillé dans les eaux de la Havane, dans la nuit du