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CHAPITRE QUARANTE-QUATRIÈME

résultante d'une instruction toute posiiive, excluant comme bagage inutile les connaissances d'agrément que l'on regarde comme indispensables en Europe. Il les acquerra plus tard, après fortune faite. En somme, éducation démocratique, très précise, menant droit à un but bien déterminé : l’aisance ou la richesse : mais éducation aussi très superficielle quoique très répandue. Si elle a plus de surface relativement au nombre qu'e Europe, elle a par contre moins de profondeur.

Signalons la grande lacune qui subsiste dans l'enseignement : il lui manque Le cachet religieux, peut-être encore plus nécessaire dans une démocratie que dans une monarchie, car là où le peuple est appelé à participer d’une façon plus immédiate au gouvernement, les lumières les plus étendues sur ses devoirs lui sont indispensables. Ayant posé en principe la séparation de l'Église et de l'État, les Américains ont cru être logiques en poussant cette ligne de démarcation jusqu’à l'école. Sans doute, l'autorité suprême aux États-Unis n’est pas hostile à l’enseignement religieux ; mais inculquer les piincipes de la morale est une obligation qui, pour eux, incombe à la famille et à l'Église. C’est donc au Sunday school que l'enfant puise les connaissances sur ses devoirs envers Dieu, envers son prochain et envers soi-même. Source avare qui ne coule que d’une façon intermittente et non avec cette abondance ininterrompue que réclame l’âme de l'enfant.

Ce système constitue pour les catholiques une injustice contre laquelle ils ne cessent de protester. Les contributions scolaires pèsent sur eux comme sur tous les autres citoyens, et il leur faut, en plus, faire les frais de leurs écoles confessionnelles. La campagne entreprise, il y a déjà longtemps, pour obtenir justice, est restée jusqu'ici sans résultat. En 1874, les conventions respectives des deux grands partis, démocrate et républicain, ont affirmé de nouveau le principe de l'instruction publique en dehors de tout enseignement religieux.

Les écoles publiques américaines sont ouvertes gratuitement à tous les enfants et la gratuité s'étend à la fourniture des livres. L'enseignement est de Plus obligatoire, mais nulle part il n’a été possible de faire exécuter, sur ce point,

la loi qui, en certains endroits, compte de nombreux transgresseurs.

La gratuité des écoles et les salaires comparativement élevés, payés aux instituteurs, font monter à un chiffre énorme le budget de l'instruction publique dans l’Union. Il est aujourd'hui de $ 371,344,410.

L'instruction publique aux États-Unis ne tombe pas sous la direction du gouvernement de Washington, mais elle est laissée au contrôle éloigné des États en ce qui regarde la régie de ses intérêts généraux ; pour le reste, elle relève directement de la commune, ou de la ville. Elle se trouve ainsi plus rapprochée du père de famille. L'absence de direction générale, venant du centre aux extrémités, donne au système une grande variété de méthodes. Ce n’est pas chez nos voi-. sins qu’on trouve ceîte unité et cette wniformité que l’on remarque dans les pays d'autorité centralisée comme en France, par exemple, où à la même heure, tous les élèves étudient les mêmes leçons dans un manuel identique. La plus grande latitude au point de vue des cours d'études existe dans toutes les villes, mais tous concourent à faire de l'étudiant, en moins de temps possible, un homme pratique, apte à se tirer d’affaires sans l’aide de ses parents. Ici surtout l’école est l'apprentissage de la vie, et c’est aussi aux États-Unis que la transition entre le collège et le monde est le moins sensible.

Un tel système n’élève pas lè niveau des études, et ce n’est pas ce que l’on recherche la-bàs. Parkman constate que l'instruction est bien moins complète aux États-Unis qu’en Angleterre. La même observation ne peut-elle pas s’appliquer à toutes les colonies d’origine européenne comparées à leurs métropoles ? Celles-ci se trouvent en possession de trésors de science, de richesses accumulées aux âges passés, et ces ressources manquent aux pays nouveaux où les grands corps enseignants sont relativement de création récente.

Les institutions qui se consacrent à l'enseignement de la jeunesse sont sans nombre dans la république. A côté des écoles publiques s'élèvent des établissements de tous genres, œuvres des différentes sectes, et surtout fondations philantropiques ; car dans nul pays la générosité individuelle en matière d'instruction et de charité ne se montre plus large.

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