CHAPITRE QUARANTE-CINQUIÈME
Ces habitations de falaises, élevées souvent de quatre étages, étaient construites en pierre et en bois, et servaient de refuge à la population environnante er, “as d'attaques d’ennemis redoutables. Il est présurable qu'elies étaient habitées par des tribus pacifiques, ::1 hutte aux hostilités de peuplades belliqueuses. On estime que certaines de ces habitations, comme celle du canion Mancos, pouvaient loger jusqu’à 1200 personnes. Le chif Canion (Colorado) montre un grand nombre de ces maisons «juchées à mi-falaises, en apparence inaccessibles, comme des nids d’hirondelles accrochés dens les fentes horizontales du rocher ».
«Les habitants des falaises », dit de Varigny, à qui nous empruntons une partie de ces descriptions, «étaient d’excellents architectes : leurs maisons, tours, châteaux, comprenant parfois deux ou trois étages ou plus encore, étaient subdivisés en nombre de pièces ayant plancher en bois et âtre au centre, caves pour les grains, niches pour conserver les momies, balcons sur la vallée. Ils vivaient de produits agricoles principalement, et avaient imaginé des aqueducs et réservoirs, bien nécessaires dans les régions sèches : on a trouvé les ruines des ouvrages d'irrigation considérables. Ils fabriquaient des ustensiles de toutes formes, des mortiers, des cuillères, des ornements de toutes espèces, ou outils en pierre, en bois, en os». Toutes leurs habitations paraissent avoir été abandonnées subitement à une époque déjà très reculée, sans qu’il soit possible d'expliquer la cause de leur désertion.
Il existe encore, dans la région du sud des États-Unis, des tribus sauvages plus avancées que ne le sont les Indiens du Nord: ce sont surtout les Zunis, les Taos et les Taltos du Nouveau-Mexique et les Moquis de l’Arizona. Certains archéologues les regardent comme les descendants des CHf dwellers ; d’autres sont portés à croire qu'ils appartiennent à la famille des Astèques. Nous voulons parler des Indiens puéblos (1). Ceux-ci vivent en agglomération dans de vastes édifices selon un plan communistique ; on dirait une sorte de phalanstère tel que le révaient Fourrier et Saint-Simon.
(1) De l'espagnol Puéblo, village.
On ne compte pas moins de dix-neuf de ces puéblos où loge une population d'environ 7,000 âmes.
A côté des habitations actuelles, se trouvent les ruines des anciens puéblos. On a pu, à force d’études, se faire une idée assez exacte de leur étendue et de leur construction. C'étaient d'immenses édifices en état d’abriter de 1,000 à 3,000 personnes. La préoccupation de se défendre contre un ennemi apparaît là comme chez les habitants des falaises.
Le rez-de-chaussée du puéblo ancien ne laisse voir aucune ouverture. On y pénétrait par le premier étage au moyen d’échelles qu’on retirait ensuite. Ce premier étage était moins large et moins profond que le rez-de-chaussée dont le plancher supérieur servait de base à une cour commune à tout l'établissement. Le second étage était encore moins profond que celui qui était au-dessous, et ainsi de suite jusqu’au cinquième et dernier, en sorte que l’ensemble figurait un amphithéâtre dont les gradins auraient été d'immenses terrasses sur lesquelles s’ouvraient les logements des différentes familles.
Il n'entre pas dans notre plan de discuter la question de l'origine des sauvages de l'Amérique. Qu'il nous suffise de noter l'opinion la plus problable qui veut que le Nouveau Monde ait été peuplé par des migrations venues de l'Asie. Elles auraient traversé le détroit de Behring où l’amoncellement des glaces offre une voie praticable durant quelques semaines de l’hiver. D'’aucuns sont même d’avis qu’à une époque très reculée un isthme soudait l’Asie à l'Amérique. L'anthropologie a relevé des traits communs entre les crânes des Mongols et ceux des sauvages américains.
Les Indiens des États-Unis et du Canada appartiennent, d’après les mêmes autorités, à la race algique, à l'exception des Esquimaux. Au Nord, se trouvaient les Algonquins, les Iroquois ou les Cinq nations connues sous le nom de Mohawks, Onéidas, Onondagas, Cayugas et Sénécas. Vers 1713, les Tuscaroras de la Caroline vinrent se joindre aux Iroquois et formèrent les Six nations.