CHAPITRE QUARANTE-CINQUIÈME
Les Indiens du Sud appartenaient à la famille des Muskogees dont les groupes les plus importants étaient les Creeks, les Chickasaws, les Choctaws, et les Séminoles, les Lenni- Lenape ou Delawares, dont les Mohicans formaient partie, les Sioux et les Pawnees. L'annexion des territoires enlevés au Mexique ou achetés à la France et à l'Espagne, a placé dans la confédération américaine les Zuni, les Moquis, dont il a été question plus haut, et les Natchez.
L'état actuel de l’Indien aux États-Unis est celui d’une race luttant contre l'extinction qui la menace depuis deux siècles. Dès son premier contact avec l'Européen au dixseptième siècle, il a battu en retraite vers l'intérieur, sans cesse refoulé par la marche envahissante des puritains et des colons anglais en général.
Ce n'est ni la justice, ni l'équité, ni les moindres notions d'humanité qui ont caractérisé les rapports des ancêtres des Américains avec les sauvages. Sous prétexte qu'ils étaient réfractaires à la civilisation, les différents groupes de la Nouvelle-Angleterre et de la Virginie leur firent une guerre acharnée. On les vit user de tous les moyens pour faire disparaître les aborigènes. Tantôt traqués comme des bêtes fauves, tantôt poussés les uns contre les autres dans des luttes où ils s’entr'égorgèrent, ils allaient de tous côtés vers la destruction de leur race. C’est l’extermination du sauvage que le puritain vic-‘t, non son entrée dans la civilisation (1).
Que les Anglo-américains aient réduit les Indiens en esclavage, le fait est bien établi ; tous les écrivains l’attestent et c’est le trait le plus odieux de leur politique à l'égard des aborigènes. Les condamner à la servitude c'était les vouer à la mort, car les chaînes de l’esclave leur étaient beaucoup plus lourdes qu’au nègre. Avant peu de temps on voyait dépérir et s’éteindre le rude homme de la forêt, ennemi de toute contrainte, habitué à respirer l'air libre des espaces sans bornes.
Dès que le but de la politique anglaise apparût évident aux plus éclairés des aborigènes, l'instinct de la conservation
(1) These american wars tended always to the extermination of the savages ;
and this work is going on still, whenever war is resumed, Robert. P. Howison. History of the United States.
les fit se ruer contre leurs persécuteurs. La lutte fut courte mais terrible et coûta des torrents de sang. La première prise d'armes sérieuse eut lieu en 1637. La nation des Péquots se précipite sur les colons de la région de Boston, mais grâce à l’appui d’autres tribus sauvages, les puritains ont assez facilement raison de leurs malheureux et faibles agresseurs. La paix règne ensuite pendant nombre d'années, mais l'inquiétude, l’anxiété au sujet de l'avenir dévorent les Indiens et finissent par leur mettre les armes à la main. En 1675, éclate la plus formidable insurrection que les colons anglais aient eue à maîtriser. Elle est .connue sous le nom de la guerre du roi Philippe. Ce chef était le fils d’un ancien et fidèle allié des puritains et il avait fini par voir avec appréhension la puissance sans cesse grandissante des nouveaux venus.
Il avait, sans doute, compris qu’il fallait écraser au plus tôt l'ixvasion européenne pour sauver sa race de la mort. Rallier à sa cause les tribus du Connecticut et les Narragansetts, qui avaient jadis aidé à la ruine des Péquots, fut le premier soin du roi Philippe. Doué d’une grande intelligence, il semble avoir eu une claire vision de l'avenir réservé aux siens. Cette tentative suprême des Indiens pour reconquérir l’héritage de leurs ancêtres aboutit à un désastre. L'un après l'autre ces malheureux succombèrent. Philippe périt les armes à la main. Son héritier, le petit-fils de Massassoit qui avait rendu tant de services aux puritains, aux premiers jours de la colonie de Plymouth, ne put toucher le cœur de ses impitoyables vainqueurs qui le vendirent comme esclave (2).
De la défaite de Philippe date la soumission des sauvages de la Nouvelle-Angleterre. L'heure de la fin d'une nation avait sonné, et l’histoire ne peut enrégistrer ce fait sans un sentiment de tristesse, surtout aujourd’hui qu’elle a tout à fait disparu et ne vit plus que comme souvenir. La guerre avait décimé les Indiens. Cent, au plus, des Narragansetts survécurent à la lutte. De toutes les tribus sauvages du pays, seuls les Mohawks s'étaient rangés du côté des Anglais et
()'R. Howison dit à ce sujet : « Nothing in all the unhappy and inconsistent
history of the Puritains and their descendants on the subject of slavery, has left a deeper stain than this event ».