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CHAPITRE QUATORZIÈME

de croire qu’ils viendraient cultiver celles des comtes et des caciques sans espoir de les posséder en propre, et qu’ils accepteraient le servage dans les Carolines lorsqu'il leur était si facile d'être hommes libres ailleurs ?

La Caroline du Sud ne fut détachée de celle du Nord qu’en 1730. Le Grand Modèle ÿ fut trouvé d’une application trop difficile ; comme sa voisine, elle répugnait à cette organisation compliquée, qui aurait gêné son développement. Sa population se composait, en Partie, de huguenots exilés de France par la révocation de l'Edit de Nantes

ou politiques. La république de Cromwell avait poussé de ce côté un grand nombre de partisans de Charles Ier, parmi lesquels se trouvaient beaucoup de cavaliers. La présence de ces derniers imprima à la Population de la Caroline du Sud un cachet aristocratique qui persista longtemps, lui dondant, sous ce rapport, une ressemblance avec la Virginie peuplée, elle aussi en partie, par des colons appartenant aux classes élevées de la Grande-Bretagne.

Après l'échec du Grand Modèle, la Caroline du Sud, qui avait repoussé la féodalité qu’on voulait Jui imposer, organisa sa société, autant que possible, sur les bases d’un régime de privilèges. Les colons se taillèrent de larges domaines, où leur existence s’écoulait dans une espèce de Souveraineté s'étendant sur des esclaves de race noire ou rouge.

La population de la Caroline du Sud s'était recrutée, à l'origine, dans l'immigration très forte qui quitta l'Irlande durant la seconde moitié du dix-huitième siècle. Les nouveaux venus étaient attirés de ce côté par l’ambition bien légitime de trouver des terres en Amérique. De forts contingents d'Écossais et d’Allemands vinrent aussi s’établir dans cette contrée. Vers la même époque, le gouvernement de la colonie fit preuve d’une grande faiblesse, à tel point que les propriétaires durent se liguer entre eux Pour se protéger contre les bandes de voleurs et de malfaiteurs qui l'infestaient. Les régulateurs — c'est le nom que portait ce comité de sûreté — firent prompte justice de cette engeance qui avait exercé un régime de terreur.

La Caroline du Nord fut la première des colonies à procla-

mer son indépendance lors de la révolution, et c'est au fort Sumter, dans la Caroline du Sud, que retentit (1861) le premier coup de canon de la guerre civile.

Une idée Philantropique a présidé à l'établissement de la Géorgie. Lord John Oglethorpe, officier de l'armée anglaise et membre du parlement, voulut, en les envoyant en Amérique, tirer de la misère et de la Prison, une légion de débiteurs insolvables que la spéculation avait ruinés. A ces épaves du commerce, devaient se joindre tous les malheureux, incapables, pour une raison Ou pour une autre, de vivre de leur travail en Angleterre. Les autorités et la charité privée firent bon accueil à cette proposition. . Il fut en conséquence décidé d’expédier ces individus en Géorgie. Le roi confia l’administration de la nouvelle entreprise à vingt commissaires, qui posséderaient la colonie en fidéicommis. Ces fonctionnaires, pour bien marquer le but désintéressé de leur œuvre, donnèrent à leur frust et à la Géorgie ces mots pour devise: Non sibi, sed aliis, entourant nn mûrier chargé de vers à soie. L'exécution de ce plan ne produisit que de piètres résultats, comme la plupart des innovations en matière de gouvernement. Les commissaires, trop entiers dans leurs idées, défendaient l'esclavage, et interdisaient l'importation du rhum que les colons regardaient comme indispensable pour combattre l'influence énervante du climat. Ils eurent bientôt fait de soulever tout le monde contre leur absolutisme. Le règne de la commission prit fin en 1752 et la Géorgie, devenue province royale, fut organisée à l'insta des colonies voisines.

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