CHAPITRE SEIZIÈME
inaugurent le genre d’hostilités auquel on aura souvent recours dans la suite.
En 1690, Phipps reçoit la mission de s'emparer de l’Acadie ; c'était un soldat d'aventure. Né à Pemaquid, vingtsixième enfant d’une pauvre famille, il fut successivement berger, matelot, puis capitaine de navire. Ayant amassé une grande fortune, il vint s'établir à Boston où il acquit une influence considérable. Il était gouverneur du Massachusetts lors des procès pour sorcellerie.
La flotte qu’il commande porte huit cents soldats avec lesquels il n’a guère plus de peine que de gloire à s'emparer de Port-Royal, qu’il livre au pillage. Les autres établissements de la’‘côte subissent le même sort. Fier de ses exploits, il rentre tout glorieux à Boston et obtient un commandement plus important. ïl s’agit de frapper la Nouvelle-France au cœur en s'emparant de Québec. Phipps attaquera cette ville par mer, pendant que Fitz-John Winthrop, fils du gouverneur du Connecticut, envahira le Canada par la voie du lac Champlain. On sait l'issue de cette entreprise. Frontenac force le premier à une fuite honteuse (1690). Le second, à la nouvelle de l’'insuccès de Phipps, rebrousse chemin, après avoir lui-même subi une défaite. L'attaque était venue de deux points à la fois: par le Saint-Laurent et par la voie du lac Champlain et du Richelieu : c’est ce même plan de conquête que lon suivra à trois reprises différentes et qui ne réussira qu’à la fin de la guerre de Sept Ans.
Saluons, au passage, la grande figure de d’Iberville, le premier batailleur de son temps, une des gloires les plus pures de la Nouvelle-France et dont les exploits extraordinaires et les conquêtes, au cours de cette guerre, à la Baie d'Hudson et à Terre-Neuve, ont immortalisé le nom.
Le traité de Ryswick (1697) clôt les hostilités et laisse la France en possession de l’ouest de Terre-Neuve et de la Baie d'Hudson.
GUERRE DE LA SUCCESSION D'ESPAGNE ; DEUXIÈME GUERRE INTERCOLONIALE, 1701-1713
Dès 1701, la guerre de la succes on d’Espagne appelait de nouveau Anglais et Français aux armes, en Europe et en
Amérique. Louis XIV avait à tenir tête à l'Autriche, à la Hollande et à l'Angleterre, coalisées contre lui pour l’empêcher de placer la Couronne d'Espagne sur la tête de son petit-fils, Philippe V. C’est dire que la Nouvelle-France fut encore laissée presque à ses seules ressources ! Les frontières du New-Hampshire, l’Acadie et Terre-Neuve furent le théatre des hostilités. Des ruisseaux de sang rougirent les établissements anglais, aux lueurs de l'incendie allumé par les Compagnons et émules de ces terribles Sabreurs qui avaient nom Hertel de Rouville, St-Ours Deschaillons. Deerfield surpris la nuit, (1704), eut le sort de Corlar, tandis qu'à Haverhill (1708), mis sur ses gardes, les Canadiens eurent à enlever le village d’assaut, De Casco à Wells, immense lisière de pays, de Beaubassin promenait la tuerie. Ces horreurs font dire à Bancroft : « Les Sauvages, divisés par bandes, assaillirent, avec les Français, toutes les places fortifiées et toutes les habitations à la fois, n'épargnant, selon un chroniqueur, ni les cheveux blancs de la vieillesse ni l’enfant sur le sein de sa mère. La cruauté devint un art. Il semblait qu’à la porte de chaque maison, un Indien raché épiât sa proie. Que de personnes furent massacrées ou trainées en captivité! La mort planait sur les frontières ».
La terreur régnait partout dans la Nouvelle-Angleterre, tant on craignait de voir paraître nos redoutables guerriers. L'excès du mal finit cependant par donner du Courage aux colons anglais qui tombèrent sur les Abénaquis de l’Acadie et ne leur firent aucun quartier. Le gouverneur de Boston, Schuyler, écrivit à M. de Vaudreuil, pour protester contre ces actes de sauvagerie peu conformes aux usages de la guerre. «Je ne puis m'empêcher de croire, disait-il, qu’il est de mon devoir envers Dieu et envers mon prochain de prévenir,
L'officier anglais avait tort d'oublier que du côté de la Nouvelle-Angleterre on ne cessait de pousser les Iroquois, les plus féroces d , Sauvages, au massacre des Français. Au reste, vers la même époque, le capitaine Church ne mettaitil pas l’Acadie à feu et à sang? La guerre se faisait encore