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CHAPITRE SEIZIÈME III

au dix-huitième siècle avec un terrible accompagnement de cruautés inutiles. On n'était pas éloigné des temps où la rage des soldats n'épargnait, dans la prise d’une place forte, ni les femmes, ni les enfants. Sous Louis XIV, le Palatinat fut ravagé avec une fureur qui rappelait le sac des villes au moyen âge. N'est-ce point cette barbarie qui faisait dire à Leibnitz: 4omo homini lupus ?

En Acadie et à Terre-Neuve, les Anglo-américains subissent longtemps revers sur revers, tenus partout en échec par Subercase et Saint-Castin qui, avec des poignées de soldats font des prodiges de valeur. Mais le nombre devait finir par avoir raison de l’héroïsme et Port-Royal succombe (1710) sous les masses commandées par Nicholson.

La Nouvelle-Angleterre qui, au début des hostilités, croyait avoir une tâche assez facile devant elle, se sent prise de rage en présence d’une résistance si prolongée ; elle jure d’écraser une bonne fois des ennemis si peu ïombreux et qui tiennent sa population dans la terreur. Le vainqueur de Port- Royal, Nicholson, reçoit ordre de faire la conquête du Canada. On place 15,000 hommes sous ses ordres. ’est presque le chiffre de la Population du Canada : plus qu’il n’en faut, lui semble-t-il, Pour s’en rendre maître. Il ira par le lac Champlain. L'amiral Walker prendra, de son côté, la route du Saint-Laurent, à la tête de quatre-vingt-dix vais- Seaux, portant 2.000 hommes. On sait ce qu’il advint de cet armement formidable. Un naufrage (1711) à l’Ile-aux- Œufs sauve la colonie du côté de l'Est, et Nicholson rebrousse chemin en apprenant le désastre de son collègue.

La paix d'Utrecht (1713) vient fermer les hostilités et rendre aux colonies un repos indispensable. Elle confirme l’Angleterre dans la possession de la Baie d'Hudson, de Terre- Neuve et de l’Acadie. Les portes du Canada restent aux mains de l’ennemi,

Ici se place une ère de calme et de prospérité pour les deux nations rivales. Trente années loin des champs de bataille vont leur permettre de s’agrandir et d’amasser des forces qu’elles seront, hélas ! appelées à dépenser en partie dans des luttes meurtrières.

GUERRE DE LA SUCCESSION D'AUTRICHE : TROISIÈME GUERRE INTERCOLONIALE, 1741-44

L'avènement de Marie-Thérèse au trône d'Autriche jette de nouveau la France dans la mêlée européenne au secours du grand Frédéric (1740) qui voulait dépouiller sa voisine, Marie-Thérèse d'Autriche, d'une partie de ses états. Georges II, rempli d’une haine implacable à l'endroit de son neveu, le roi de Prusse, prit fait et cause pour Marie-Thérèse. La &uerre absorbant les ressources des deux métropoles en Europe, leurs colonies américaines, mises aux prises par une cause à laquelle elles étaient indifférentes, se battirent seules, C'est alors que les Puritains conçurent l’audacieux projet de s'emparer de Louisbourg et du Cap-Breton. Ils n'avaient Pas vu, sans un amer dépit, la France se créer un nouveau boulevard dans le golfe Saint-Laurent après la perte de l’Acadie et de Terre-Neuve.

Cette forteresse, élevée au prix de trente millions de livres, Passait pour imprenable, et lorsque la législature de Boston Proposa aux colonies voisines de l’attaquer, le projet fut trouvé ridicule ; ce ne fut qu’à force d'instances que le gouverneur Shirley les enrôla dans la ligue. L'attaque étant décidée, la Nouvelle-Angleterre mit sur pieds 4,070 hommes, dont 3,385 appartenaient au Massachusetts. Cette petite armée, sous le commandement du colonel Pepperell, s'embarqua Sur cent transports, accompagnés Lur une flotte composée de onze vaisseaux de guerre. Il est à remarquer que l’Angleterre ne fut au début Pour rien dans cette entreprise militaire; ce ne fut qu'après l’arrivée de Pepperell sur les côtes du Cap-Breton que l'amiral Warren vint prêter son appui aux Bostonnais. Il n'avait aucune troupe de débarquement et il n’aida les colons que dans une mesure très restreinte en bloquant l'entrée du havre. Autant Pepperell déploya de résolution et d'intelligence, autant Duchambon, qui commandait à Louisbourg, montra peu de sagacité et de pré- Voyance. Après un siège de six semaines, la place se rendit à Warren et le drapeau anglais flotta sur les murs conquis par la bravoure coloniale.

La campagne contre Louisbourg, à Part son importance

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