CHAPITRE SEIZIÈME
stratégique, — car cette forteresse donnait à ses possesseurs la maîtrise du golfe et du fleuve Saint-Laurent, — eut un trait bien caractéristique. L'enthousiasme religieux et national dominait ceux qui y prirent part. Cet enthousiasme découlait de la ferveur que depuis 1734 les prédicateurs puritains s’efforçaient de ranimer. Avant cette époque, les chefs de la secte avaient noté un grand relâchement dans le zèle des fidèles et la sévérité de leurs mœurs. Malheur à la congrégation si l’on ne revenait pas à la rigueur primitive, car les murs de la Jérusalem nouvelle ne pourraient soutenir les attaques de l'erreur. Dans toutes les églises retentirent des appels énergiques à un retour à l'antique foi et des dénonciations féroces des fausses doctrines. Il résulta de ces prédications un renouveau religieux, connu dans l’histoire de la Nouvelle-Angleterre sous le nom de Great awakening : le grand réveil.
C'est au milieu de cette effervescence que fut prêchée la Campagne contre Louisbourg. Si lés puritains détestaient les autres sectes protestantes, quel ne devait pas être leur sentiment à l'égard du catholicisme ? L'Église de Rome, c'était pour eux la quintescence de l'erreur, l’idolâtrie, la bête de l'Apocalypse. Le fanatisme puisait aussi un autre élément de fureur dans la haine traditionnelle de l'Anglais pour la France. Aussi l'expédition contre Louisbourg revêtit le caractère d’une guerre sainte, d’une croisade protestante. Le pasteur Moody, qui accompagnait les troupes, portait à son côté une hache destinée à abattre Jes images et les croix de l'église de Louisbourg. Un autre ministre resté à Boston écrivait à Pepperell : «Que ne m'est-il donné d’être auprès de vous et du dear parson Moody, pour démolir les images de cette église et y entendre prêcher le véritable Évangile de notre Sauveur». Whitefñeld, le prédicateur cher au peuple de la Nouvelle-Angleterre, proposait d'inscrire sur le drapeau de chaque régiment cette sainte divise: Vi! desperandum, Christo duce.
La prise de Louisbourg eut un retentissement énorme en Angleterre et en Amérique : c'était la clef du golfe Saint-Laurent mise aux mains des Anglais, qui s’élanceraient de cette forteresse vers Québec. La flotte, rassemblée dans son port
très cuisant celui-là : l’Angle-
vé sur les navires français pris
Les puritains n'étaient pas détachés des biens
de ce monde au point d'oublier leurs intérêts matériels. En 1749, l'Angleterre, écoutant enfin leurs réclamations, leur donna £183,000 sous forme de 653,000 onces d'argent et 10 tonnes de cuivre, que l'on Promena triomphalement dans les
rues de Boston.
La prise de Louisbourg domine, en importance, toutes les actions militaires de cette guerre. La Nouvelle-France n'avait plus assez de soldats pour renouveler les exploits de d’Iberville. Aussi dut-elle se contenter de diriger des partis de guerriers contre les établissments limitrophes. «Les frontières de Boston à Albany, dit Garneau, n'étaient plus tenables: les forts avancés avaient été évacués et la popülation effrayée courait chercher un refuge dans l'intérieur, pour se soustraire à ces dévastations meurtrières »,
Les quatre années de la guerre de la succession d'Autriche
‘avaient épuisé les combattants, mais l'épée n'était rentrée au fourreau que Pour donner un répit aux soldats. Le traité d’Aix-la Chapelle ne contentait Pérsonne ; les Anglo-Améri- Cains ‘rurent surtout avoir raison de se plaindre. En somme, la Nouvelle-France, qui dans l’ensemble des opérations militaires avait été la plus maltraitée, retirait de plus grands avantages de la paix que sa rivale. Les intérêts de la Nou-