‹ Les États-Unis [microforme]Chapitre 57 sur 195 · GUERRE DE SEPT ANS; QUATRIÈME GUERRE INTERCOLONIALE · texte numérisé non relu

GUERRE DE SEPT ANS; QUATRIÈME GUERRE INTERCOLONIALE

Le traité d’Aix-la-Chapelle n'avait pas réglé la question des frontières entre les Possessions françaises et les colonies anglaises, pendante depuis si longtemps ; cette tâche avait été remise à des commissaires qui, siégeant à Paris et ignorant la topographie de ces contrées, ne pouvaient guère s’entendre. « Pendant, que ces commissaires, dit M. de Broglie, s'étudiaient à débattre les titres qui appuyaient les prétentions opposées, les parties restées en présence et en armes sur le sol contesté, appliquaient leur droit comme elles l’entendaient, bien décidées à prévenir tout empiétement surce qu’elles regardaient comme leur domaine légitime. Partout où avaient été fondées pendant la guerre de petites stations anglaises et françaises, à portée et en regard les unes des autres, on se menaçait derrière des forteresses élevées pour leur défense. C’étaient entre les commandants de ces postes des disputes journalières, qui aboutissaient souvent à des rixes sanglantes ».

En 1754, le fort Duquesne, bâti par de Contrecœur au confluent de l'Ohio et de Monongahéla, montrait ses bastions comme un défi aux Anglais. C'était une admirable position stratégique, commandant la navigation du Mississipi et tenant ouverte la route vers la Nouvelle-Orléans. Le fort Duquesne était-il en pays français ? Les plantations du sud, qui avaient compris trop tard l'importance de ce poste, soutenaient que la France empiétait sur le sol de la Pennsylvanie, et comme les quakers de cette colonie, empêchés par leur croyance religieuse de porter les armes, laissaient les Français s’y

retrancher fortement, les Virginiens se chargèrent de les en u‘“loger.

C'est au milieu de cet état de choses qu’un incident malheureux vint encore aggraver la situation. Un officier français envoyé par le commandant du fort Duquesne, de Contrecœur, pour sommer un parti de Virginiens de se retirer du territoire français, fut attaqué à l'improviste (le 17 mai 1754) par ces derniers. de Jumonville tomba, avec une dizaine de ses soldats, sous les balles des assaillants. Le commandant des Anglais avait un nom destiné à devenir célèbre dans l'histoire : il s'appelait Washington. Il fut, à la suite de cette affaire, accusé de meurtre. On prétendit qu'il avait prémédité l'attaque, et qu'il avait donné ordre de faire feu, connaissant bien le caractère de parlementaire dont l'officier français était revêtu. Washington a plaidé son ignorance de ce fait. De plus, d'après sa version, ce seraient les Français qui auraient commencé l'engagement. Quoiqu'il en soit de cette explication, il est évident que, de part et d'autre, on se guettait en ennemis et que la paix n'avait jamais été observée du côté de l’ouest, La Virginie avait donné ordre, longtemps avant la déclaration dela guerre (1756), d’expulser les Français de la Pennsylvanie, et les colonies anglaises ne cessaient de presser la métropole de rompre avec la France,

Venger la mort de Jumonville fut le premier soin de de Contrecœur. Le frère de la victime, de Villiers, fut chargé de cette tâche. Celui-ci courut attaquer Washington retranché dans un fort élevé à la hâte, et qu’il rendit après un combat de dix heures (9 juillet 1754).

L'année suivante, fut perpétré ce crime de lèse-humanité que l'histoire appelle la dispersion des Acadiens. Le 10 septembre 1755, presque toute la population française de l’Acadie, réunie par groupes à Grand-Pré, au bassin des Mines, etc., fut entassée pêle-mêle sur des navires, puis jetée, sans ressources, le long de la côte depuis Boston jusqu’à la Floride. Par un raffinement de cruauté, les membres des différentes familles avaient été séparés, les hommes d’un côté, les femmes de l’autre. L'imagination recule épouvantée, lorsqu'elle essaie de se faire une idée des souffrances de ces malheureux, abandonnés à la merci de leur ennemi séculaire. Mais tant de calamités fi-

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