CHAPITRE DIX-SEPTIÈME
été au contraire, d'admirable politique, de s'attacher la Hollande, puissance maritime, car la flotte française, unie à celle de ce pays, aurait dominé les mers. Au lieu de s’allier aux Pays-Bas, l’inconsidéré monarque demande à Charles Ier, de l'aider à écraser la Hollande qui, pour se venger, joindra quelques années plus tard ses forces à celles de la Grande- Bretagne acharnée à détruire l’œuvre de Colbert. Que de fois n’avons-nous pas eu à déplorer l'erreur de Louis XIV, surtout au moment suprême de la domination française ! Les chroniques du temps nous peignent l'anxiété des Anglais et des Français au printemps de 1760, après la seconde bataille des Plaines d'Abraham. Les deux ennemis, épuisés par : *e longue série de combats, voient encore l'issue finale indécise. Ils attendent l'arrivée de la flotte qui va ou confirmer le succès de l’armée de Wolfe, ou réparer le désastre de Montcalm et ranimer les espérances de Lévis. A la vue de la première voile qui blanchit au-delà de la pointe de l’île d'Orléans, les cœurs battent fièvreusement et il s'écoule une de ces minutes angoissantes, décisives dans la vie d’un peuple. Enfin l'Union Jack détache ses vives couleurs sur l’horizon; un cride joie à Québec et un sanglot dansle camp de Lévis l’accueillent. La puissance maritime de l'Angleterre lui avait assuré la partie, comme quarante ans plus tard, elle ruinera les projets de Bonaparte en Orient, ira l’atteindre dans tous les ports de l’Europe, restant elle-même inexpugnable derrière ses murs de bois.
La politique continentale de la France ne constituait-elle pas aussi un obstacle à ses entreprises d'outre-mer ? Jouer un rôle prépondérant en Europe et, pour arriver à cette fin, abaisser la maison d'Autriche qui visait à l'empire du monde européen, tel fut l'objectif de Henri IV, de Richelieu, de Louis XIV et de Louis XV, durant une partie du règne de ce dernier. Cette ligne de conduite traditionnelle engageait la France dans des luttes incessantes, gouffre sans fond où disparaissaient ses ressources en hommes et en argent. Depuis les troubles de la Fronde (1640) jusqu’au traité de Paris (1763), l'histoire ne compte pas moins de cinq grandes guerres sous le règne de Louis XIV, et de quatre sous celui de Louis XV. Pendant la guerre de Sept Ans, alors que ia bataille se faisait
en Amérique dans des conditions d'infériorité numérique si décourageantes Pour nous, la France, qui venait de briser ire cause commune avec
S moins de cinq armées
Quel avenir pouvaient
on de la politique fran-
la mode : « Lorsque le
ne peut guère songer aux écu-
Ce à dire que la postérité est fondée à blâmer
les hommes de l'époque de s'être plus préoccupés de maintenir
l’ascendant de la France en Europe que de sauver le Canada,
dont l'importance leur semblait douteuse et qui, à travers
le voile de l'avenir, leur apparaissait bien moins séduisant qu’à nous, enfants du vingtième siècle.
Ils ne rêvaient d'aucun empire anglais, les sombres et énergiques puritains, qui, à la même époque, échelonnaient leurs établissements le long des rives de l'Atlantique. C'était la paix religieuse qu’ils cherchaient dans l'exil ; et l'intolérance, alors à l’ordre du jour dans les Îles-Britanniques, devint un agent d’émigration plus actif que toutes les mesures prises par le gouvernement français pour Pousser des colons au Canada. Mais l'idée religieuse ne les dominait pas au point de leur faire perdre de vue les intérêts matériels. Lorsque les puritains assimilaient modestement leur sort à celui des Hébreux fuyant l'Égypte, ils ne restaient pas indifférents aux avantages que leur offrait la terre promise de l'Amérique, et le veau d’or finit Par attirer leurs amis d'Europe, autant que la liberté de conscience. Le succès de ce soi-disant nouveau peuple de Dieu fut immense. New-Plymouth (1620) était à peine établi que le Massachusetts sui issait à ses côtés plus grand et plus prospère ; puis le New-Haven, le Connecticut et le Rhode-Island vinrent bientôt compléter le groupe des colonies puritaines, ntait à la même époque
es en Amérique, tandis irginie, première colonie qui restera aussi la première en importance jusqu'à la révolution.