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CHAPITRE DIX-SEPTIÈME

Sur les rivages de l'Atlantique, la cc'onisation marchait à pas de géants ; sur les bords du Saint-Laurent, elle se tratnait misérablement ; en 1664, la population des cinq plantations de la Nouvelle-Angleterre s'élevait à 45,000 Habitants : à la même date, un recensement de la Nouvelle-France porte à 2,154 le nombre des colons ; l'Acadie à ce point de vue était alors une quantité négligeable, puisque son premier dénombrement (1671) ne lui donne que 441 âmes. Le Massachusetts figurait pour 25,000 âmes au recensement dont nous venons de parler ; le Connecticut et le New-Hampshire pour 10,000 âmes et New-Plymouth pour 5,000. En 1660, le Maryland comptait 12,000 habitants. Chaque groupe indépendant des colonies anglaises était donc à lui seul plus important que la Nouvelle-France et l’Acadie réunies. Le développement des premières suit toujours sa marche ascensionnelle, en augmentant de plus en plus l'écart entre sa population et celle de la Nouvelle-France ; de sorte que lors de la lutte finale de la guerre de Sept Ans, nous trouvons le Canada français aux prises avec un ennemi vingt fois supérieur en nombre (2). On s’est souvent apitoyé sur les autes de Montcalm à la bataille des plaines d'Abraham et leurs conséquences, mais en voyant la disproportion des forces entre les deux adversaires, ne doit-on pas conclure que si nous n’étions pas tombés alors, ce malheur nous aurait atteint plus tard, étant donné ce principe admis en art militaire, que la victoire finit toujours par se ranger du côté des gros bataillons, comme l'ont démontré les grandes luttes finales de la France sous Louis XIV et sous Napoléon. Notre faiblesse numérique tenait suspendues sur nos têtes toute espèce de vicissitudes, La révoiution fran- Gaise, qui souleva tant l'horreur de nos pères, nous aurait peutêtre jetés dans les bras des Américains, en admettant que ceux-ci se fussent séparés de leur mère patrie et que la conquête du Canada n’eût pas eu lieu, Et si nous avions échappé à cette éventualité, qui sait si nous n’aurions pas été échangés sous l’Empire, comme la Louisiane, contre quelques millions de francs ? Vendre une province c’est un jeu de grand homme.

Une idée séparatiste avait présidé à la fondation de la Nou-

{) Population : Français, 60,000 : Américains, 1,500,000,

velle-Angleterre, les puritains ayant quitté leur patrie sous le coup de la persécution. S'il leur arrive parfois, dans leurs démêlés avec l'Angleterre, de se répandre en protestations d’attachement il y perce toujours nn vieux fonds de rancune que devaient exaspérer les conflits d'intérêts. Elle était très faible cette affection, puisque le premier choc entre les prétentions contradictoires des deux pays la fit disparaître. La séparation religieuse a formé les premières assises de la Nouvelle-Angleterre. De là, elle tendit à s’insinuer dans la politique. Les colons anglais ne surent jamais gré à la métropole des bienfaits de la liberté politique qu'elle leur donnait, de la liberté religieuse qu'elle tolérait. Ce sentiment hostile survécut à la scission de 1776 et existe encore. Tout autre fut l'esprit des Canadiens. Moins bien traités durant la dernière lutte que les colons anglais, et sacrifiés à la politique qui amena la conquête, ils aimèrent la France au delà de la séparation, cherchant toutes espèces de raisons pour entretenir cet amour en face de l'indifférence de leurs parents d'outre-mer. Il y a quelque chose de touchant dans cet attachement qui rappelle le dévouement de la femme refusant de croire à la trahison évidente de l'être aimé.

Le groupe des colonies puritaines grandit malgré l’indifférence de la mère patrie qui ne daigna s’en occuper que du jour où elles devinrent exploitables. Les établissements français végétèrent sous la contrainte des lisières royales. Habitués à toujours compter sur l'intervention du pouvoir, nos ancêtres manquaient d'initiative et ne faisaient rien sans demander l'appui du souverain. La correspondance des gouverneurs avec les ministres d'État est remplie de suppliques, de demandes de secours pour chaque entreprise naissante, souvent même pour un marchand qui ouvre une boutique. Nulle tutelle de ce genre n'existe au sud du Canada: chacun compte Sur soi sans attendre d’ailleurs une aide qui ne viendra peutêtre point. Laissés à leur propre initiative, les Anglo-Américains s’enrichissent et viennent même exploiter, sous les yeux des Canadiens, les pêcheries du golfe Saint-Laurent, pendant que ceux-ci demandent en vain de l’assistance pour en tirer parti.

Si la conception d’un empire français au nouveau monde

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