CHAPITRE DIX-SEPTIÈME
le travail des champs, qui, dans les conditions nouvelles où il se pratiquait avec la nécessité d'abattre la forêt, rebutait la plupart des émigrés.
A côté du découvreur, vient le missionnaire, qui consacre sa vie à la conversion des sauvages et dont l'intrépidité, le mépris de la mort, le sacrifice de sa vie sans cesse renouvelé, sont inspirés par la plus sublime pensée. C'est l’apôtre de la civilisation autant que de la foi, et son œuvre élèverait l’Indien au niveau du blanc, si l'enfant de la forêt n’était pas si réfractaire à nos coutumes, A travers les siècles, la grande et noble figure des Brébœuf, des Jogues et des Lallemand, apparaît à la vénération des Canadiens, entourée de l’auréole des bienheureux. Ces existences, faites du renoncement aux joies et aux choses du monde, manquent à l'histoire de la Nouvelle-Angleterre. La misère de l'Indien la laisse indifférente, et elle ne cesse de comploter son extermination. C'est à peine si le puritain peut citer deux ou trois noms de ministres protestants occupés à l'évangélisation des sauvages. Eliott, le plus célèbre de tous, passe soixante ans à Roxbury,
près de Boston ; c'est de là qu’il veut convertir les sauvages, pendant que le missionnaire canadien vit sous la tente infecte du Huron ou de l’Algonquin, partage ses souffrances, le suit à la chasse et se plie à un genre de vie qui répugne à sa nature. La mission d’Éliott n’eût guère de succès. « Very soon, dit Howison, un historien américain, {he Praying indians were looked on with dislike and distrust by both red men and white ».