‹ Les États-Unis [microforme]Chapitre 68 sur 195 · CHAPITRE DIX-HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-HUITIÈME

et en son nom, comme s'il avoit fallu qu'il eût autorisé son maître. Sa déclaration portoit, qu'il nous déclarnit la guerre pour lui, et pour tous ses amis et alliés ; il entendoit parler apparemment des Sauvages qui leur sont soumis, qu'on appelle Indiens et que l’on distingue des Sauvages qui obéissent à la France (1) ».

La Common Law de la Grande Bretagne s'implante avec eux en Amérique : il n'y avait guère à innover de ce côté. Les lois sous lesquelles on a vécu font, avec la langue, partie du patrimoine des nations; mais les puritains modifient le code criminel anglais, et se donnent un ensemble d'ordonnances d’un rigorisme exagéré, Quelques historiens prétendent que ces lois draconniennes, qui portaient à treize les crimes punissables d* la peine de mort, n'ont été que rarement appliquées.

Rappelons ici un trait singulier de cette jeune société.

Durant plus de cinnuante ans règne dans la Nouvelle-Angleterre la théocratie la plus stricte que le monde ait vue. La raison déterminante de leur départ de l'Angleterre avait été la conquête de la liberté religieuse. Ce sont avant tout des sectaires, et à leurs yeux la religion doit pénétrer tout le corps social. Il résulte de cette opinion une aliiance intime entre l'Église et l’État, alliance si étroite qu’il est d'’âcile de dire où commence le pouvoir de l’une et où s'arrête le domaine de l’autre. Si le pouvoir public étend son bras protecteur au-dessus du meeting-house et lui assure des privilèges exclusifs, ce sont d’un autre côté les e/ders de la congrégation qui confèrent les droits de citoyenneté. Quiconque ne fait vas partie de l’Église, ne participe pas à tous ses actes, ne fait pas ouvertement des professions de foi répétées, est exclu de la société politique. L’Ancien Testament sert de loi à la communauté civile autant qu’à la congrégation religieuse.

(1) Lettre d'un habitant de Louisbourg contenant une Relation exacte et circonstanciée de la Prise de l'Isle Royale par les Anglois. À Québec, chez Guillaume le Sincère, à l'Image de la Vérité. MDCCXLV

Inutile de dire que cette brochure rarissime, que Parkmann ne dit avoir vue qu'à la bibliothèque nationale à Paris, n'a pas été imprimée à Québec. Elle porte en guise de nom d'auteur les initiales B. L. N. Une note à la main, attachée

à l'exemplaire que possède la bibliothèque du Parlement fédéral, dit qu'un M. Bourgeois, avocat, fut l'éditeur de cette lettre.

Pour bien définir d’un trait ce caractère tout particulier, disons qu’il avait été Statué, par la cour générale du Massachusetts et des colonies Sœurs, qu'en matière criminelle les juges s’inspireraient de l'Ancien Testament pour tous les cas non prévus par la loi. C’est le régime de l'arbitraire à outrance, et il est porté si loin qu’il provôque, vers le commencement du dix-huitième siècle, une réaction violente, et, comme conséquence, un abaissement sensible de la foi. C'est en vain que la secte cherche à ramener le troupeau à la ferveur des premiers jours, en organisant des revivals, en redoublant ses sévérités à l'égard des dissidents et surtout des catholiques ; le principe de la liberté de conscience s’infiltre partout avec la diminution du sentiment religieux. Lorsque la révolution éclate, l'opinion publique est mûre Pour accepter une doctrine contraire à celle qui a servi de pierre angulaire à l'établissement puritain, et la constitution de 1777 Prononce la dissolution de l'alliance de l'Église et de l’État, Si les premiers Puritains se sont montrés conservateurs obstinés en matière de religion ; si par une singulière aberration, de persécutés ils sont devenus persécuteurs, ne voulant de la liberté religieuse que pour leur Église, ils se sont révélés hommes politiques habiles, plus avancés que les Anglais, leurs contemporains, plus avancés que ne le sont la plupart des peuples de l’Europe du dix-neuvième siècle. Après avoir étudié leur travail d'organisation 8ouvernementale, il nous paraît qu'il n’y a pas lieu de S’étonner si leur race a produit les hommes d'État éminents, auteurs de Ja constitution américaine, l'instrument politique écrit le plus parfait que l’on connaisse et le mieux adapté aux besoins d’une société démocratique. On aurait difficilement trouvé en Europe, à la fin du dix-huitième siècle, des légistes aussi forts que Hamilton, Jay, Jefferson et Adams. Tous les novateurs en matière de constitution qui depuis soixante ans ont donné au monde leurs savantes combinaisons, avec les travaux de ces derniers sous les yeux, n’ont Pas aussi bien qu'eux compris les instincts de la démocratie et ses tendances. Aussi, là constitution américaine, dans l’ensemble de ses forces si bien pondérées Pour maintenir la coexistence de son double Système de gouvernement sans amener de chocs, avec ses

Page 1