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CHAPITRE DIX-HUITIÈME

nique du Massachusetts (1694) enregistre le retour du nouvel an de cette façon laconique : « J4 is new year, we went lo work betimes ».

On est porté à croire, sur l'autorité de M. de Tocqueville qui « formé les opinions généralement reçues en matière de sociologie américaine, que la démocratie avait posé sur tous les rangs de la société son niveau égalitaire, sous le régime quasi républicain inauguré par les Winthrop, les Mather, les Roger Williams. C’est là une assertion trop absolue, peu conforme aux faits et à l'observation. Les colons anglais apportaient avec eux des habitudes, des traditions, et un esprit de caste que la grande poussée populaire anti-aristocratique de notre temps n’a pas encore entamé en Angleterre. On ne rompt point subitement avec le passé, héritage sacré des ancêtres. En dépit de l'indépendance qui formait ur trait distinctif du puritain, il reconnaissait une certaine hiérarchie sociale et s’inclinait devant le rang et les distinctions honorifiques. Cette déférence pour la noblesse se manifeste de maintes façons au Massachusetts et au Connecticut. C’est ainsi que la même loi édicte, pour le citoyen ordinaire et le gentilhomme coupables de la même contravention, des peines différentes ; pour celui-ci la simple amende ; pour l’autre l’emprisonnement. Des lois somptuaires attestent encore cet esprit de caste. Certaines catégories de citoyens ont seules le privilège de porter des dentelles, des rubans, des bu. cles en argent sur leurs souliers, tandis que les étoffes grossières sont le partage de l’homme du peuple. Enfin les historiens américains ont constaté qu’au collège d'Harvard et dans plusieurs autres institutions, les noms des élèves prennent rang d'ordre sur le régistre de linstitution selon le degré de noblesse de leur familie.

Soumis à l'influence du Nouveau Testament, le Canada se complait à respirer le parfum plus suave de l'Évangile. De mœurs aussi simples que celles de son voisin, le colon normand ou picard n'aurait rien voulu sacrifier de ce qu'il était possible de conserver des coutumes de France, susceptibles de donner du charme à l'existence et d’embellir la vie. Dans les courts intervalles de son histoire que la guerre ne désole point, le Canada offre le tableau d'une société de re-

lations agréables et où se pratique l’hospitalité la plus large, avec une extrême courtoisie pour les étrangers. Le voyageur suédois Kalm nous représente nos ancêtres sous les dehors les plus aimables. Le jésuite Charlevoix écrit à la duchesse de Lesdiguières que «Zes Canadiens ne perdent aucune occasion de s'amuser». Leur tempérament élastique résiste à toutes les causes de tristesse, et la gaieté suit le coureur de bois jusqu'aux profondeurs des forêts auxquelles il apprend ces gais refrains qui, survivant aux générations successives, égaient enccre nos réunions de famille et retentissent, comme un joyeux écho du passé, dans les fêtes qui font tressaillir notre patriotisme. Jamais cette société ne s’est réunie autour du bûcher d’un sorcier, comme cela s’est vu scuvent dans la Nouvelle-Angleterre, et si l’on a parlé vaguement d’un pouvoir surnaturel chez certains individus, c'était là sujet de plaisanterie plutôt qu’objet de terreur. En 1690, durant l'épidémie de sorcellerie, il y eut dans la petite ville de Salem, Mass. vingt personnes condamnées à mort pour avoir entretenu des relations mystérieuses avec le malin esprit.

Au regard des colonies anglaises, créant elles-mêmes leur &ouvernement, la Nouvelle-France accepte le sien tout fait de Paris. Il est implanté à Québec de par le roi et les gouvernés y restent étrangers. Il est fort rudimentaire : le gouverneur et l’intendant sont tout, se partageant des pouvoirs mal définis, toujours prêts à s’entre-choquer lorsque les titulaires sont d'humeur batailleuse. Des instructions venues de France leur tracent, il est vrai, la ligne de conduite à suivre et si le gouverneur empiète sur le domaine de l'intendant, celui-ci s’empresse de se plaindre au roi qui reçoit souvent, en même temps, les protestations du premier fonctionnaire contre la conduite de son subalterne armé d'autant de pouvoirs que lui. Ces deux hauts officiers s'appuient sur un Conseil à la dévotion de l’un ou de l'autre. D'’organisation municipale, il n’en existe point. En dehors de Québec, l’autorité se concentre entre les mains du seigneur qui, avec son droit de haute, moyenne et basse justice, transmet l'impulsion donnée de Québec. C’est là un mécanisme primitif qui a subi le feu de la critique ; mais n'était-il Pas, en dépit de ses défauts, le meilleur qu'il fut possible de donner à la co-

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