‹ Les États-Unis [microforme]Chapitre 74 sur 195 · CHAPITRE DIX-NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-NEUVIÈME

arrivé à ne regarder la création des colonies que comme un moyen d'enrichir la métropole, C'étaient des tributaires que l'on cherchait et peu importait leurs plaintes et leurs remontrances. Leur rôle était de se faire consommateurs de marchandises anglaises. Pitt, lui-même, le grand admirateur des hommes de 1774, ne voulait pas qu’il fut permis aux colonies de fabriquer quoi que ce fût, «pas même un clou », ajoutait-il, C'était là, au reste, les idées que les économistes du dix-huitième siècle avaient mises partout à la mode en Europe. Comment pouvait-on accorder aux Anglo-Américains la participation au vote de l'impôt, alors que l’on proclamait que la seule raison d'être des colonies, était le profit de leur métropole ?

Mais le Parlement n'avait Pas en face de son arbitraire une race malléable, disposée à prendre l'attitude qu'il plairait aux ministres du roi de lui imposer. 11 lui fallait traiter avec des individus héritiers du génie positif des Anglo- Saxons, aussi âpres au gain que les marchands de Londres et de Liverpool et n’entendant nullement se laisser tondre sans crier. Un éclat devenait imminent et l'Angleterre aveugle ne fit rien pour le prévenir.

Il existait donc un courant de mécontement bien connu des ministres de Georges III, mais leur mépris pour l'opinion des Bostonnais et des Virginiens était profond. Si l'audace les portait à des coups de tête, pensaient-ils, la vue de quelques habits rouges ferait tout rentrer dans l’ordre. Donc, inutile de faire de la politique d'apaisement et de conciliation. Cependant c'était bien la ligne de conduite indiquée, car les esprits se montraient aigris par les interventions antérieures du Parlement toujours inspiré par ses intérêts. La réglementation du commerce faite à Londres ne constituait pas le seul grief de la Nouvelle-Ang'eterre et de ses voisins. Longtemps avant les troubles de l'acte du timbre, le bureau des colonies avait imposé la traite des noirs à la Virginie, la province la plus royaliste, et à ses voisines qui l’interdisaient, non par principe humanitaire, mais parce qu’elles avaient un surcroît d'esclaves.

La Virginie fit entendre protestations sur protestations. Elles restèrent lettres mortes: l'Angleterre continua à la forcer

10 8or B

de recevoir les Cargaisons de noirs enlevés par ses négriers sur les côtes de l'Afrique alors que les hommes d'État anglais dénonçaient l'esclavage,

L'hommage de la conquête du Canada que la mère patrie semblait faire à ses colonies, n'était à leurs yeux qu'une amère ironie. Qu'en retireraient-elles pour les dédommager des trente millions de louis dépensés en frais de guerre ?

La fermentation des esprits touchait son plus haut point lorsque parvint en Virginie la nouvelle de la sanction du Stamp act par le roi. Sa législature alors en session s'agitait sous le coup de sentiments divers que l'éloquence ae Patrick Henry chauffait à blanc. Figure notoire de la révolution américaine, que cet agitateur né pour jouer un autre rôle que celui que lui avait fourni jusque-là une obscure plantation anglaise, Son heure venait de sonner ; il sut en profiter pour se mettre en évidence. Trois Propositions préparées par lui demandaient à la législature d'affirmer les droits de sujets britanniques des colons et de protester contre les actes du Parlement.

Au cours de la discussion, Henry emporté par son audace eut un mouvement oratoire qui fit tressaillir ses auditeurs, et qui est resté célèbre dans les annales de l’éloquence américaine,

Reportant sa pensée sur le roi auquel on faisait remonter la responsabilité de l'acte vexatoire, il s’écria: « César eut son Brutus, Charles I" son Cromwell et Georges III. — Trahison ! trahison ! » clama le Président de la chambre, mais Henry continuant son discours ajouta ce correctif inattendu, qui cachait mal la menace, «ef Georges III devrait Profiter de

leur exemple. Si cela est de la trahison, tirez-en Parti ».

Sila Virginie, la plus royaliste des treize colonies, accueillait avec une telle opposition les actes du Parlement, que ne devaiton pas attendre de la Nouvelle-Angleterre où dominait l'idée démocratique ? Voilà la pensée qui se présentait à l’esprit de tous les hommes sensés en dehors de la coterie de la cour. Elle était aussi juste que naturelle, et les événements ne tardèrent pas à la justifier, car les ministres anglais apprenaient, peu de temps après, la réunion à New-York, au mois d'octobre 1765, d'une assemblée de délégués venus de tous les grands centres du pays. Celle-ci se hâta de se faire

Page 1