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CHAPITRE DIX-NEUVIÈME

dans l'élevage du mouton la laine nécessaire à la confection des étoffes d’habillement (1).

Cette proscription frappe aussi le thé que la métropole entreprend de vendre elle-même, personne en Amérique ne voulant faire le commerce de cette denrée. A New-York, on fit très mauvais accueil aux navires qui en apportaient et qui durent retourner en Angleterre sans avoir pu débarquer leur cargaison. A Charleston on le laissa pourrir dans des caves humides ; à Boston, des hommes masqués en versèrent trois cent-cinquante caisses dans le port de cette ville. On donna à cette dernière démonstration le nom de Boston tea party.

En 1774, un Congrès, la première assemblée américaine de ce nom, se réunit à Philadelphie pour délibérer sur la situation. Il énumère ses griefs contre l'Angleterre, parmi lesa“cls figure le reproche d'avoir laissé aux Canadiens le libre exercice de la religion catholique. Une déclaration des droits, espèce d’ultimatum posé à la métropole, termine les délibérations et les congressistes se séparent avec l'entente qu'une autre convention se réunira l’année suivante.

Leurs travaux avaient été si remarquables que le grand Chatham, après en avoir pris connaissance, s’écriait : « J'ai étudié et admiré l’œuvre des plus grands esprits du monde antique ; je ne trouve nulle part réunion d'hommes qui aient égalé les membres du Congrès en sagesse, en puissance de raisonnement et en logique dans leurs conclusions ».

Comme en temps de révolution tout marche de façon à dérouter les prévisions humaines, il se produisit, avant la réunion du nouveau Congrès, un conflit inattendu entre-les troupes anglaises et les milices coloniales. Le général Gage, investi du commandement à Boston, apprenant que les Américains avaient concentré des munitions à Concord, donna ordre au colonel Smith de s’en emparer. Les milices allaient être surprises sans la bravoure et l'intelligence de Paul Revere qui, s’échappant de Boston, courut prévenir les insurgés de Lexington et de Concord de se tenir sur leurs gardes.

{) Nos patriotes canadiens de 1837 se condamnant à ne porter que des étofies de fabrication indigène, et en formant à Montréal un club des Fils de la liberté, s'étaient évidemment inspirés de la conduite des Américains. Dans le même ordre de choses, il est à remarquer que les résolutions de l’assemblée des six comtés, tenue à Saint-Charles, reproduisent le préambule de la déclaration de l'indépendance.

Le colonel Smi‘h se met en route avec toute l'assurance que déploient souvent 'esofficiers des armées régulières, lorsqu'ils ont des milices à combattre. La marche des affaires paraît d’abord justifier sa confiance, et il a facilement raison de quelques groupes épars à Lexington, village qu’il lui faut traverser pour arriver à Concord. Mais l'alarme a été donnée ; de toutes parts surgissent des minute men qui, embusqués derrière les arbres, les haies et les rochers, fusillent sans danger les Anglais massés en colonne. Ceux-ci n’atteignent le but de l'expédition qu'avec peine. Leur retraite s'effectue dans le désordre et ils rentrent à Boston défaits et déconfits. Tel fut le premier choc entre les Anglais et les rebelles (19 avril 1775) et il remplit les Américains de joie et d’orgueil. Deux mois après Lexington, nouvelle rencontre à Bunker Hill (éminence qui commande Boston), occupée par les Américains et d’où Gage veut les déloger. Deux fois, il mène ses soldats à l'assaut des retranchements qu'il ne réussit à enlever qu'après un troisième effort et des sacrifices énormes. C’est une victoire chèrement achetée et qui ne décourage pas les vaincus peu éprouvés dans cette bataille. Les troupes insurgées voient des renforts arriver de toutes parts et elles comptent, dans l'enthousiasme provoqué par ces premiers engagements, avoir bientôt raison de l'ennemi.

L'affaire de Lexington fut comme l’étincelle qui allume les grandes conflagrations. L'indignation se répand de proche en proche ; partout l’on court aux armes : les tièdes se laissent emporter et le même sentiment anime tous les habitants du pays. La Caroline du Nord rompt avec l'Angleterre, proclame son indépendance et les autres colonies suivant son exemple se constituent, elles aussi, peu de temps après en États autonomes.

Le sort en est donc jeté; les négociateurs vont céder la place aux soldats. Le Congrès de 1775, parlant pour la première fois au nom des United Colonies, tend encore, il est vrai, la branche d'olivier aux ministres du roi. Mais il compte si peu sur le succès de cette démarche i# extremis, qu'il se met vigoureusement à l’œuvre pour organiser la résistance, sous la direction des hommes les plus considérables, 11 constitue par cette mesure une espèce de dictature, au risque de

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