CHAPITRE VINGTIÈME
ayant appris la défiance dans leurs relations antérieures avec l'Angleterre s'en servaient maintenant vis-à-vis du nouveau Congrès, composé dans une notable proportion d'hommes peu recommmandables. La division entre le gouvernement central et les provinces était toujours à craindre. Ce n’est qu'en rappelant, sans cesse aux uns et aux autres, que tout est perdu si une entente complète ne règne pas dans tous les rangs des insurgés, que les chefs réussissent à maintenir ensemble des éléments prêts à s’éparpiller (1). Pour peindre à l'esprit les dangers de la désunion, on répand partout une gravure de Paul Revere, artiste d’origine française, montrant un serpent coupé en treize bouts, avec cette devise symbolique : UNITE OR DIE.
De Boston, Washington se porte vers l’ouest où va commencer pour lui une série de désastres. Il ne fait que passer à New-York, que les royalistes et des citoyens retranchés dans une prudente neutralité l’engagent à quitter. Ses troupes, concentrées à Long-Island, engagent la bataille avec celles de Lord Howe, qui inflige au généralissime une sérieuse défaite (25 août 1776), très pénible à l'orgueil américain ; c'était le premier engagement sérieux depuis la déclaration de l'indépendance.
On a reproché, à bon droit, à Howe de n'avoir pas su profiter de son succès. S'il avait poursuivi Washington, il l’aurait atteint au moment où les Américains en désordre se jetaient dans des barques pour traverser la rivière, et le résultat aurait été désastreux pour la république qui ne comptait que six semaines d'existence, La défaite de Long-Island eut Pour conséquence l'évacuation, par Washington, de New-York et du New-Jersey, qui sera jusqu’à la fin des hostilités la base d'opération des armées anglaises du côté du nord. Washington marche ensuite sur Trenton, où il surprend et écrase deux régiments hessois qui avaient passé les fêtes de Noël dans une orgie (26 décembre 1776) ; quelques jours plus tard (2 janvier 1777), il défait Cornwallis, un des lieutenants de Hovwe, à Princeton, à la suite d’une série d’évolutions dignes des
(1) Dans le même ordre d'idées, citons le mot de ce membre du Congrès à ses
collègues, mot difficile à rendre en français : « Gentlemen, we must hang togethc: or we shall hang separately ».
meilleurs tacticiens. Les Hessois, dont il vient d’être question, étaient des mercenaires allemands que le grand duc de Hesse avait loués à son parent le roi Georges. Ils commirent toutes espèces d’excès durant cette campagne et ne contribuèrent pas peu à transformer en ennemis ardents la population des Jerseys, qui s'était renfermée jusque-là dans une neutralité obstinée,
Howe, que tout le monde accusait de lenteur et de nonchalance, se réveille, attaque Washington et le bat complètement à Brandywine (septembre 1777). Cette victoire ouvre les portes de Philadelphie au général anglais qui y passe l'hiver dans les plaisirs. Washington tente un grand coup à Germantown pour prendre sa revanche, mais il est encore battu; cependant les Anglais ont été tellement maltraités dans cette affaire qu'ils n’ont aucune raison de se glorifier de leur victoire.
Pendant que se livraient ces batailles peu favorables aux Américains, il se passait du côté du nord un épisode militaire bien propre à leur donner du courage. Le général Burgoyne, officier aux belles manières, bien en cour, ayant plus de suffisance que de valeur, avait soumis au War office un plan qui, exécuté avec soin devait porter le coup de grâce aux insurgés. Il s'agissait de jeter une force imposante entre les troupes de Washington et celles de ses lieutenants. Un corps d'armée viendrait du Canada, par la route du lac Champlain, et un autre partant de New-York irait à sa rencontre à Albany, sur l'Hudson. Qui pouvait mieux exécuter ce plan que celui qui l'avait conçu? Lord Germaine n’hésita Pas à confier le commandement de l'expédition projetée à Burgoyne. Celui-ci se mit en marche avec toute la confiance et l'assurance d’un soldat qui n’aura que des bulletins de victoires à rédiger. Mais à peine a-t-il mis le pied sur le territoire américain qu’il se voit assailli dans sa marche par des bandes irrégulières, insaisissables, toujours prêtes à attaquer et puis à fuir lorsqu'elles ont porté leurs coups, pour revenir sur ses flancs quelques heures plus tard. Cette guerre de tirailleurs, dans laquelle se distinguent les Vermont boys, au sein d’un pays inconnu, sans routes tracées, coupé de forêts, déconcerte Burgoyne. Rien de décourageant pour un