CHAPITRE VINGTIÈME
français de coopérer à la délivrance de sa patrie (1). Le Congrès ne pouvait pas avoir un meilleur avocat. C'était un esprit éminent et une des figures les plus distinguées de la période révolutionnaire. Faisant de la science à ses heures, il est connu dans le monde des savants par ses importantes découvertes dans le domaine de l'électricité. Un froid puritain aurait eu chance de glacer la gent philosophe de Paris, mais son latitudinarisme s'accomodait fort bien de la doctrine des encyclopédistes. Aussi fut-il accueilli avec joie par la frivolité française, qui oubliait que personne n'avait poussé autant que l’auteur du Bonhomme Richard à la conquête du Canada.
Ce qui facilitait la mission de Franklin, c’est qu'il prêchait des convertis; car toute l'opinion dirigeante était acquise à la cause des insurgés, soit en haine de l'Angleterre, soit par enthousiasme pour ce mot magique de liberté lancé en Amérique et qui sonnait si singulièrement aux oreilles françaises. Les Américains n'avaient pas d'ami plus ardent que Louis XVI lui-même, ce qui ne les empêchera pas d’applaudir plus tard à ses malheurs. Dès 176, la France avait envoyé aux rebelles, par l'entremise de Beaumarchais, 200 canons, beaucoup d’autres armes, 4,000 tentes et des vêtements pour une armée de 30,000 hommes. En outre le Congrès reçut de Paris plus de trois millions de livres. Ces secours qui soutinrent les premiers pas des insurgés, leur faisaient espérer l'alliance ouverte de la France qui, après bien des hésitations, signa enfin un traité avec les États-Unis dont elle reconnaissait l'indépendance, le 30 juin 1778.
Ici se place un curieux épisode qui se rattache à l’histoire du Canada.
En mettant pied à terre en Amérique, La Fayette conçoit un projet dont il ne cessera durant plusieurs années de réver l'exécution. La conquête du Canada lui semble une
(1) On sait qu'en 1776, le Congrès avait confié à Franklin, Chase et Carroll — ce dernier frère de l’évêque du même nom — la mission, qui fut infructueusce, de soulever les Canadiens contre l'Angleterre. Franklin avait apporté avec lui un matériel d'imprimerie destiné à répandre ses proclamations. Il s'était fait accompagner par un imprimeur français, Fleury Mesplet, qui fonda (1776) le pre-
mier établissement typographique de Montréal. Deux ans plus tard, il publia, en anglais et en français, la Gazette de Montréal.