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CHAPITRE VINGTIÈME

taient péniblement, aurait porté le coup de grâce à leur cause, s’ils n'avaient pas été à cette époque soutenus par les Français.

Si les Anglais avaient battu les rebelles en maintes rencontres, leurs vctoires étaient restées sans suite. Depuis cinq ans que durait la guerre, ils n'étaient pas plus maîtres du pays qu’au début des hostilités. Ils résolurent de changer le théâtre des opérations militaires et de porter tous leurs efforts du côté de la Virginie. Bien différentes des populations du Nord par la diversité d'origines, celles du Sud ne devaient pas être, aux yeux des ministres anglais, imbues au même degré que les puritains de l'esprit révolutionnaire. D'un autre côté, l'élément aristocratique y dominait et l'Église anglicane, royaliste à son titre de religion d'État, y exerçait une grande influence. Enfin le Sud était plutôt agricole que commerçant et, par conséquent, les lois resirictives de la métropole l’atteignaient moins que la Nouveis- Angleterre.

Au début de la campagne de 1780, les Anglais s'emparèrent de Charleston et, grâce à la vigueur de Cornwallis, battirent les Américains à Cambden, dans la Caroline du Sud. Le même fait que l’on avait vu ailleurs se reproduisit ici : les troupes régulières avaient raison des rebelles en bataille rangée, mais ceux-ci remportaient l'avantage dans les actions moins sérieuses. Cependant la soumission du pays n’avansait point; les troupes royalistes n'étaient maîtresses que de trois points sur la côte.

Au commencement de l’année 1781, Greene, le plus habile des lieutenants de Washington, prenü le commandement des armées du Sud. Le général Morgan, vainqueur à Cowpens, seconde ses efforts, et une série d'actions brillantes opérées sous leur direction, démoralisent lord Cornwallis qui bat en retraite. Le général anglais passe ensuite en Virginie où il est bient 5t aux prises avec La Fayette, ce général de vingtdeux ans, qu’il se flatte de mettre en déroute, ce boy, comme il l'appelle avec dédain. Mais l'ami de Washington a bientôt fait de prouver à son adversaire qu’il est de l’étoffe dont sont faits les bons officiers. Manœuvrant avec l’habilité et la prudence d’un vieux soldat, il déjoue les ruses de Corn-

wallis et lui tient tête partout avec vigueur. Vers le même temps, Washington et Rochambeau se portent aussi au Sud et forcent Cornwallis, qui allait au secours de Clinton immobilisé à New-York, de prendre position à Yorktown (baie de Chesapeake), où il serait en sûreté tant que la mer lui resterait ouverte. Mais l’arrivée de l'amiral Grasse avec une flotte puissante changea la situation de ce général, qui se trouva bloqué par mer et par terre. Après une résistance opiniâtre, prolongée dans l'espoir de voir apparaître des voiles anglaises à l'horizon, il se rendit avec toute son armée à Washington et à Rochambeau, le 19 octobre 1781. C'était la fin des hostilités. Le peuple anglais qui n'avait jamais eu d’enthousiasme pour cette guerre dirigée, après tout, contre ses propres enfants, ne voulait plus la prolonger. Le roi et ses ministres se soumirent au sort des armes, et en 1782 on jeta les bases d’un traité de paix qui fut définitivement signé à Paris, en 1783. Les États-Unis d'Amérique, bientôt reconnus par tous les pays de l’Europe, prenaient place parmi les nations de l'univers qu’ils allaient étonner par leur prodigieux développement.

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