LA NOUVELLE CONSTITUTION
L'expérience démontre les vices de la constitution de 1777. — Washington et ses amis se décident à la remplacer Par une nouvelle, qui donnera plus de force au pouvoir central. Leur travail commencé en 1787 est terminé en 1780. — Coup d'œil rapide sur l'œuvre des constitutants. — Pouvoirs du président, du sénat et de la Chambre des représentants.
[NE scène sublime, digne de tenter le pinceau d’un artiste, est celle que nous présente Washington, après { le rétablissement de la paix, remettant au Congrès son épée et ses pouvoirs de dictateur, et disant ensuite adieu à ses compagnons d'armes avant de rentrer dans la solitude de Mount Vernon. Comme toujours, ce héros sans peur et sans reproche, nous apparait dans cette phase de sa carrière, avec une noble simplicité de manières, une dignité faite du respect que ses vertus inspirent à tous. Mais sa retraite n'allait pas être définitive. Il lui restait encore à se montrer aussi grand dans Jes conseils de la nation, qu'il l'avait été sur les champs de bataille. Dans quelques années, la patrie réclamera encore ses services et malgré l’amour du repos et de la tranquillité qui le domine, le patriotisme lui imposera le sacrifice de ses goûts et de ses intérêts particuliers à l'intérêt général.
Ce fut une morne période que celle qui suivit la paix de Versailles : le découragement pesait sur le pays qui ne se sentait nullement rassuré sur son avenir. N’avait-il échappé à la tyrannie anglaise que pour tomber dans l'anarchie ? Voilà ce que se demandaient tous les esprits soucieux, effrayés par l'absence d'autorité, la désorganisation sociale, le relâchement des mœurs publiques et le mécontentement
des soldats rentrés dans leurs foyers, sans leur solde, parce que le gouvernement était dans l'impossibilité de faire honneur à sa signature.
Les Américains souffraient de tous les maux que les guerres, même les plus avantageuses, traînent après elles. 11 leur incombait, en plus, de mettre en œuvre un nouvel ordre de choses. Au regard de cette situation périlleuse, le Congrès se débattait en vain, impuissant à faire face aux exigences de l'heure présente. Il aurait bien voulu appliquer les remèdes nécessaires pour ramener l’ordre, mais les moyens de les trouver lui faisaient défaut, La source de tous ces maux découlait du manque d'autorité au centre du pays, des vices de la constitution élaborée au cours de la guerre en 1777.
Jetons un coup d'œil sur ce document qui constitue la première tentative faite en vue d'unir les colonies en confédération.
Tous les pouvoirs, législatif, exécutif et judiciaire du gouvérnement central, sont concentrés dans une Chambre unique: le Congrès. Cette assemblée est composée des délégués élus par les autorités régionales, qui se réservent le privilège de les révoquer ou de les rappeler chez elles quand bon leur semblera. La suprême magistrature du président, telle que nous la connaissons, n’existe point. Les fonctions exécutives du Congrès sont confiées, durant l'intervalle des sessions, à trois comités.
Le Congrès a le pouvoir de déclarer la guerre, de conclure des traités de paix et d'alliance avec les puissances étrangères, mais non des traités de commerce, car les États se réservent les revenus provenant des douanes et il peut y avoir autant de tarifs douaniers qu’il y a de gouvernements :
D'effectuer des emprunts, d'émettre du papier-monnaie ;
D'arrêter le chiffre des forces de terres et de mer et de fixer le contingent que devra fournir chaque Etat confédéré :
De statuer sur les différends qui peuvent surgir entre les divers gouvernements.
Les revenus du gouvernement fédéral proviennent de contributions fournies par les États, d’après une proportion établie sur la valeur de leurs terres et maisons.
Le Congrès a le droit d'exiger de la part des gouvernements de provinces obéissance à ses actes.