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CHAPITRE VINGT ET UNIÈME

Voilà, en résumé, les Principaux traits de la constitution de 1777. Il suffit de les examiner, pour voir que l’on avait constitué un corps auquel on refusait de donner les moyens de subsister par lui-même. Il reste sans vie et sans mouvement vis-à-vis de ses subordonnés, qui font mine de lui donner des forces, mais les gardent

bien le pouvoir de contracter des emprunts ; privilège illusoire, puisque son crédit ne repose que sur le bon vouloir de treize États, plus ou moins bien disposés à Jui fournir des garanties. Il possède la faculté d'exiger la Soumission à ses actes, mais aucune force Coercitive pour contraindre les récalcitrants à l’obéissance.

Les constituants de 1777 sentaient bien le côté faible de leur œuvre, mais l'impossibilité d'obtenir des concessions plus considérables des parties contractantes les frappait encore davantage. Celles-ci n’entendaient, comme le dit le préambule de la constitution de 1777, que former une ligue d'amitié qui laisserait intacte la souveraineté de chaque État. Pour s'expliquer l'incohérence, le manque de logique de cette charte qui, confondant tous les pouvoirs, législatif, judiciaire, et exécutif, les concentrait dans une chambre unique, sans contrepoids, il faut bien se rendre compte des idées et des influences ataviques dominantes alors aux États-Unis.

La Révolution avait débarrassé les colonies du seul contrôle qu’elles pouvaient redouter, et on venait inopinément leur demander d’aliéner une partie de l'indépendance tant convoitée, et à peine acquise, en faveur d’un autre gouvernement. Ne devaient-elles Pas, tout naturellement, redouter la création d’un pouvoir qui serait plus agissant que celui de l’Angleterre et partant plus gênant ? Aussi, leur défiance se trahit à chaque ligne de l’œuvre du Congrès de 1777. Ce n'est pas la seule inquiétude qui pèse sur l’esprit des hommes de l'époque. Si l'Angleterre avait inspiré de l’antipathie à ses colonies, il ne faut Pas croire qu’elles fussent animées, les uns envers les autres, de sentiments de grande cordialité, La jalousie les séparait et si, à certains moments, on les voyait agir de Concert, ce n’était que pour conjurer un danger commun,

Franklin affirmait à Londres, lors de la négociation du traité de Paris, que les colonies s’entendraient mieux avec l'Angleterre qu'entre elles. Le dessein de chacune d'elles, en se séparant de la mère patrie, était donc de conserver leur souveraineté individuelle sous l'empire des chartes primitives.

Dans le cours de l’histoire coloniale, on les voit rarement s'adresser à l'Angleterre, malgré leurs déclarations empreintes d’un loyalisme exagéré; l'attachement à la métropole ne tenant que peu de place dans le cœur de ces expatriés. Comment pouvait-il en être autrement ? Les traditions de famille rappelaient sans cesse la cause première de leur transplantation en Amérique. Au cours des débats engagés au Parlement anglais sur le projet de taxer les colonies, Charles Townshend exprimait l'espoir que «ces enfants de l'Angleterre, établis par nos soins, nourris Par notre bonté et protégés par nos armes, contribueraient à Payer leur part de la dette commune ».

Ces paroles soulevèrent l'indignation du colonel Isaac Barré, ancien compagnon d'armes de Wolfe au Canada, et qui connaissait bien les rebelles. « Établis par vos soins, s’écriait-il, quelle ironie! C’est votre oppression qui les a poussés vers l'Amérique où ils se sont mis à l'abri de votre tyrannie.. Nourris par. votre bonté? Ils ont grandi, hélas ! grâce à votre indifférence. Lorsque vous vous êtes occupés d'eux, ç'a été pour leur envoyer des tyrans, qui ont parfois glacé le sang de ces FILS DE LA LIBERTÉ (1)... »

Si de pareils sentiments pouvaient se faire jour dans la Chambre des communes, avec quelle force ne devaient-ils pas fermenter chez les victimes de l'oppression anglaise ! Les colonies s'étaient développées en antagonisme à l'Angleterre, avec cette détestation de toute intervention étrangère qui caractérise la race anglo-saxonne.

Elles se rattachaient donc au Congrès par un bien faible lien. Elles s'étaient unies d'urgence pour faire face à une grande crise ; ce lien s’affaiblit encore avec la disparition de

(1) Les Américains, comme nous l'avons dit plus haut, s'emparèrent du mot de

Barré, FILS DE LA LIBERTÉ, pour le donner à cent associations formées sur tous les points du pays.

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