CHAPITRE VINGT ET UNIÈME
de ces hommes. La patrie, pour eux et pour le peuple, c'était l'État qu'on voulait dépouiller en partie de sa souveraineté.
On s’entendait:mieux sur le caractère démocratique qu’il fallait donner aux institutions nouvelles. De même que les chartes provinciales avaient fait disparaître des lois successorales le droit de primogéniture et les substitutions, comms trop entachés de sentiments monarchiques, de même les coc tituants prirent la peine de proscrire l'établissement do dres nobiliaires et tout ce qui avait couleur de distincti sociale. Cet esprit anti-monarchique fit sombrer l'F.:1; glicane et la Congrégation puritaine, comme étallissen ‘11 d'État, en haine de ce qui existait en Angleterre. ‘jai tipathie ne les emporta pas au point de les pousser à a: table rase de ces vieilles institutions qui plongeaient leurs racines dans le sol de l'ancienne mère patrie et que les émnigrés, quittant la Grande-Bretagne, transportent avec eux partout où l'intérêt et l'ambition les appellent. La commun law reste à la base de leur droit civil ; le jury continue à régler le jugement de tout accusé Par ses pairs; nulle taxe n'est légale que si elle a été votée par le peuple. Ils se souviennent que la Grande Charte a été octroyée plutôt pour le bien du peuple que pour celui des barons de Jean sans Terre.
Ce nouveau pacte est le chef-d'œuvre des constitutions écrites. Jamais le monde n’a VU, avant ni depuis, un ensemble de règles de gouvernement plus sages, mieux appropriées aux exigences de la multitude et dénotant une intuition plus profonde des besoins d’une démocratie, n'ayant rien de commun avec les petites républiques de l'antiquité, mais évoluant dans une immense sphère d'action. C'était une innovation que l'expérience a justifiée, car, malgré ses défauts, la constitution de 1789 a créé des institutions d’une élasticité et d'une puissance de résistance extraordinaires. Avec le temps, il s’est formé, au centre, une force de cohésion qui a fini par se trouver, dans les organisations provinciales, des affinités puissantes. Celles-ci l'ont aidée à faire graviter autour du Congrès l’éne’ 2 nationale et à le transformer, de pouvoir insignifiant à son origine, en pouvoir aujourd'hui prépondérant dans l’ensemble des institutions américaines.
Une fois l’œuvre de la convention terminée, il s'agissait d'en obtenir la ratification par les treize États; tâche peu facile. Le peuple ne pouvait s'élever au-dessus des préjugés régionaux et Washington, prévoyant ce qui pouvait arriver, écrivait vers la fin des travaux de la convention : «Il est très probable que tout plan que nous pourrons arrêter ne Sera pas approuvé. Si pour plaire au public, nous lui en offrons un que nous condamnons, comment nous sera-t-il possible plus tard de le défendre ? Plantons un drapeau autour duquel tous les honnêtes gens se rallieront, l'événement est entre les mains de Dieu». On eut raison de l'hostilité populaire au moyen d'un stratagème qui rendit vaines les prévisions de Washington. C’est triste À dire, mais que de fois dans les grandes crises, il a été nécessaire d’arracher aux craintes ou aux préjugés du peuple, ce que l’on ne pouvait pas obtenir de sa raison. Et l'on parle du jugement populaire infaillible : Vox populi ! Pour vaincre l’entêtement des États, ancrés dans leur détermination ou de se passer du gouvernement central ou de le laisser sans force et sans ressources, on fit jouer le grand ressort de la peur. Il importait, disait-on, de créer un pouvoir central puissant pour conjurer le danger d’une guerre avec l'Angleterre ou avec toute autre puissance étrangère. Que deviendrait un Etat isolé, lorsqu'il lui faudrait résister à une invasion ? Cette idée, habilement exploitée, rallia d’abord dix États sur treize.
New-York et le Maryland hésitèrent longtemps à accepter le pacte fédéral ; mais c’est le Rhode-Island (il avait refusé de prendre part à la convention) qui offrit le plus de résistance, et il ne donna son concours au projet que sous la pression des embarra; que ses voisins lui créaient pour lui démontrer que son isolement lui serait encore plus nuisible que l’union tant redoutée.
La constitution restait muette sur deux points importants. Elle décrétait, à la vérité, l’union des États, mais négligeait d'en affirmer la perpétuité. Les États, parties au pacte librement consenti, pourraient-ils reprendre plus tard leur liberté, s'ils se sentaient lésés ? Au Sud, l'opinion affirmative prévalut, tandis que pour le Nord le pacte prit la forme d’un contrat indissoluble. Ce fut l'épée de la guerre civile