CHAPITRE VINGT ET UNIÈME
veau. Si elle ne réunit pasles suffrages des deux tiers des membres présents et n’obtient pas une pareille approbation dans l'autre section du Congrès, le désaveu du président subsiste.
Il arrive assez souvent que le président représente mieux les vœux du peuple que le Congrès, tiraillé en tous sens par les intérêts personnels de ses membres et soumis à des influences extérieures. L'élection du président par le peuple assure son indépendance vis-à-vis du Congrès et lui donne ainsi le pouvoir d’y réprimer, jusqu’à un certain point, les excès de la démocratie. Avec la cour suprême, il contribue à sauvegarder les intérêts des minorités.
A l'ouverture de chaque session du Congrès, le chef de l'État lui adresse un message dans lequel il passe en revue les événements de l’année, les relations internationales, la politique intérieure et suggère aux chambres les mesures qu’il croit utiles ou nécessaires à la bonne administration de la république. Il n’est pas fait de réponse à ce message.
Les pères de la constitution avaient imaginé, pour le choix du président, un mode d'élection qu’ils regardaient comme la pièce la plus parfaite de leur mécanisme. Se défiant du vote populaire, ils crurent l'éluder, dans une certaine mesure, en ne lui donnant que le privilège de composer le collège électoral présidentiel. En vertu de la constitution, les électeurs de chaque État nomment un nombre de délégués égal à celui de leurs représentants au Sénat et à la Chambre et c'est à ces délégués qu’appartient le choix du président. Or, qu'est-il arrivé depuis cent ans ? L'expérience a demontré l’inutilité complète de ce rouage ; car ces électeurs au second degré n’ont jamais élu, quoique la constitution leur laisse pleine liberté de voter à leur guise, un autre homme que le candidat désigné par le peuple réuni en comités électoraux. Ils acceptent purement un mandat impératif et ne songent jamais à s’y soustraire. L'esprit de faction, poussé de nos jours à ses dernières limites, a déjoué les savantes combinaisons des constituants, Ils présumaient que la démocratie américaine ne pourrait pas s'organiser sur la base des partis, comme en Angleterre ; leur prévoyance s’est singulièrement trouvée en défaut, car le suffrage universel dévié, est tombé entre les mains de la classe des politiciens de
profession qui le dirigent et l'exploitent. C'est à ce point que le président n’est plus, comme au temps de Washington et de son successeur, le magistrat suprême placé au-dessus de la nation, mais seulement le chef soit des républicains soit des démocrates. Sa première mission consiste à favoriser ses amis pour préparer sa réélection ou l'élection d’un de ses partisans : situation fausse qui abaisse le niveau moral de la magistrature suprême.
Le Congrès se compose des deux Chambres du Sénat et des représentants, avec pouvoirs égaux et concurrents de faire des lois sur tout ce qui regarde l'assiette et la levée des impôts, qui cependant doivent être proposés par la Chambre des représentants, de régler le commerce avec les nations étrangères, de battre monnaie, de fixer l'étalon des poids et mesures, de déclarer la guerre, de lever et entretenir des armées, de créer une marine, de constituer des tribunaux inférieurs à la cour suprême, etc.
Au Sénat incombe la responsabilité de partager avec le président certaines fonctions exécutives ; de contrôler l’œuvre de la Chambre des représentants et de la contre-carrer dans les moments de crise et d'entraînement populaire. Ici, le mode d'élection, imaginé pour lui donner la force et l'influence nécessaires à sa mission, a fait merveille. Les résultats ont dépassé l'attente des auteurs de la constitution, et ont fait de cette Chambre haute un corps unique dans l’histoire des institutions représentatives. Il joue un rôle considérable, ayant cet esprit de suite indispensable dans tout gouvernement, et puisant, par son contact sans cesse renouvelé avec le peuple, une influence dont sont privés par exemple la chambre des lords et les autres corps qui doivent leur existence à l’hérédité ou au bon plaisir de la couronne. Le Sénat, élu par les législatures des États, représente dans l'édifice de Washington le principe fédératif de l'union, tandis que dans la Chambre des représentants s'incarne l'unité nationale issue du vote populaire. Les sénateurs sont élus pour une période de six années. Tous les deux ans, un tiers d’entre eux voient la fin de leur mandat. Chaque État est représenté par deux sénateurs, en sorte qu’une province sans importance comme le Nevada, avec une population de 40,000