CHAPITRE VINGT ET UNIÈME
âmes, a autant d'influence à la première Chambre que New- York qui compte six millions d'habitants.
Au Sénat appartient l'initiative des lois au même degré qu’à la Chambre des représentants, sauf en ce qui regarde les appropriations des deniers publics. Les lois sont d'abord présentées à cette dernière, mais elles peuvent être discutées, article par article, et amendées par le Sénat, contrairement à ce qui se pratique au Canada et dans la Grande-Bretagne, dans le même ordre de choses. Sa compétence s'étend au tarif des douanes, discuté chez lui avec autant de passion que chez les représentants. La raison de cette intervention du Sénat américain relativement aux votes d'argent et à l'assiette de l'impôt, se trouve dans le fait qu’il doit son existence, bien qu’au second degré, au choix du peuple qui indique aux législatures les hommes reflétant le mieux ses idées. Comme tout se fait aux États-Unis dans les comités électoraux, les sénateurs dépendent encore du suffrage universel dirigé, hélas! aujourd’hui par des manipulateurs d’élections. Le pouvoir exécutif du président subit le contrôle de la plus haute Chambre pour ce qui concerne les nominations des juges, des ambassadeurs et des fonctionnaires publics et les traités avec les nations étrangères. Il arrive que ceuxci sont parfois rejetés, si le président n’a pas pris la précaution de consulter le Sénat au cours des négociations. Enfin, la haute Chambre se transforme en tribunal pour juger les mises en accusations (impeachment) du président et des juges de la Cour suprême qui peuvent lui être déférées par la Chambre des représentants.
Il n’y a guère plus d’analogie entre la Chambre des représentants et les Communes anglaises qu’il n’y en a entre le Sénat et la Chambre des lords.
Ce qui frappe tout d’abord un Canadien qui étudie les rouages et le fonctionnement de l'assemblée populaire des États- Unis, c'est l'absence de ministres à la droite du speaker. Il se demande comment sont conduits les débats, comment se détermine la procédure ? Chez nous, la Chambre évolue comme en Angleterre sous la direction d’un Zeader, le plus souvent le premier ministre, dont l’action toujours en éveil se fait sentir sans cesse. Le rôle qui se rapproche le plus
de celui de notre premier ministre ou du leader de la chambre, est celui du speaker, Personnage qui, aujourd’hui, ne le cède en influence qu'au chef suprême de la République.
titre de membre marquant du parti qui possède la force numérique dans l’Assemblée, il compose les commissions de la Chambre en ayant soin de faire la part la plus faible possible à ses adversaires et de donner comme présidents aux comités des hommes influents du parti au pouvoir. Or, l'on sait que les comités du Congrès sont les chevilles ouvrières de tout le système. Ils élaborent et préparent les projets de lois Soumis ensuite aux chambres. Le Speaker dirige les délibérations en ce sens, qu’il donne la parole aux orateurs, faisant de continuels passe-droits en faveur de ses amis et pratiquant souvent une espèce de tyrannie à l'égard des adversaires de la majorité. Un ensemble de règlements très compliqués ont été imaginés pour la direction des débats. Quelquesuns de ces règlements qui restreignent la durée des discours nous semblent empreints d’arbitraire, à nous qui avons vu les députés d'Ottawa s’acharner sur le projet de loi des franchises électorales pendant six mois. À Washington, la majorité peut décréter que la discussion d’une importante mesure commencera un certain jour et se terminera tel autre jour. Le peuple ne s’est pas insurgé contre ces restrictions que l'on regarderait au Canada comme des attentats à la liberté de la discussion. Cependant, d’aucuns inclinent à Ottawa vers des règlements semblables à ceux de Washington et à la cloture anglaise. On s’en servirait lorsque l'opposition pousserait trop loin son droit de critiquer outre mesure les projets de loi du &ouvernement.
Il est curieux de suivre les transformations qui se sont opérées autour de la présidence de la Chambre des représentants. A l'origine le Speaker n'était revêtu que d’une autorité infime, juste assez étendue pour lui permettre de maintenir l'ordre ; la nomination des Comités ne lui appartenait point. D'une année à l’autre, un pouvoir, un privilège est venu s’ajouter à ses fonctions de telle sorte qu'aujourd'hui, il est presque aussi influent dans sa section du Congrès que l’est un premier ministre anglais ou canadien aux Communes. Son pouvoir s’est accru sous la Pression des nécessités du moment, pour