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CHAPITRE VINGT-DEUXIÈME

sortis les États de l'Ohio, de l'Indiana, du Wisconsin et du Michigan. En vertu d'un article de cette ordonnance, la servitude était interdite dans cette région, située au nord et à l'ouest de la rivière Ohio. Au delà de cette ligne qui fut si fameuse dans l’histoire de l’Union, commençait la terre de la liberté, tous les États de cette région ayant déjà aboli l'esclavage.

En 1790, une requête priait le Congrès de décréter la liberté des noirs. La Chambre des représentants refusa de s'occuper de cette demande, et déclara qu'aux États seuls appartenait le pouvoir de règler la question de la servitude, Cette décision, rapprochée de l’Ordonnance de 1787, servit de base au droit public américain jusqu'au jour où la proclamation de Lincoln brisa les fers des esclaves.

Au sommet de l'État se place le gouverneur élu directement par le peuple. La durée de ses fonctions couvre une année au Massachusetts ; ailleurs elle varie de deux à quatre ans. Les attributions de ce haut fonctionnaire ne sont pas très nombreuses. 1] est surtout chargé de voir à l'exécution des lois et des arrêts des tribunaux. Dans quelques États, c'est lui qui nomme les juges. Au-dessous du gouverneur, se trouvent quelques officiers entièrement indépendants de lui et de la législature et ne relevant que du peuple qui les choisit ; ce sont : le secrétaire d'État, le trésorier, l'attorney général, chef du département des lois et qui surveille les poursuites instituées au nom de la Commonwealth, c'est-à-dire de l'État ou du peuple.

L'esprit démocratique s’est infiltré d’une année à l’autre dans les constitutions locales, qui sous cette intluence ont subi de profondes modifications. Une grande défiance du suffrage universel pour ses mandataires a aussi laissé son empreinte sur ces chartes ; elle est surtout visible chez celles qui ont été créées depuis la Révolution et dans les États qui ont reçu les plus forts contingents de l'immigration européenne, C'est à raison de cette défiance, que le principe d'éligibilité a été posé à la base des pouvoirs publics, et que la durée des charges des fonctionnaires de l'administration a été diminuée, Le principe de l'élection a même été étendu au choix des juges dans le but de prévenir la corruption, les abus d'autorité

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et des les réprimer. Inutile d'ajouter que le peuple a opéré là une réforme à rebours.

La plupart des treize États, successeurs des plantations existantes avant la révolution, ont moins sacrifié aux idées nouvelles, conservant le plus possible les principes posés à la base des anciennes chartes coloniales.

Il est intéressant de comparer les autonomies locales américaines à celles du Canada au point de vue de la situation attribuée à leurs principaux fonctionnaires. On a procédé de part et d’autre sous l'influence de principes contradictoires. Tandis qu'à Washington, les pères de la Constitution ont visé à la simplicité démocratique, en organisant le personnel administratif, John A. MacDonald et Cartier ont voulu lui imprimer un cackct monarchique. Nos lieutenants-gouverneurs se montrent au peuple dans un cadre pompeux, tandis que les gouverneurs des États-Unis ne se différencient guère de la foule. Les salaires les classent aussi en flagrant contraste. Le lieutenant-gouverneur de Québec touche $10,000 par année avec un palais à sa disposition, et le luminaire plus le chauffage payés par l'État ; soit en tout près de 820,000.

Le Maine, le New Hampshire ne donnent que $3,000 à leur premier magistrat. L'échelle des salaires, variant avec la population et la richesse de chaque État, monte de 82,500 à $10,000. Ce dernier chiffre ne se trouve qu’en Pennsylvanie et à New-York dont les populations respectives sunt de cinq et six millions. Au regard des maigres salaires américains, nos Vice-royautés passagères canadiennes paraissent trop rétribuées. Franchement, le contraste du salaire des lieutenants-gouverneurs de nos provinces avec des populations au-dessous du demi-million, vis-à-vis celui des mêmes fonctionnaires des grands États, nous incline à pencher du côté de la simplicité démocratique. Pour donner en tout ceci la note juste et complète, ajoutons que le fonctionnaire américain vaque à ses occupations ordinaires et n’est pas tenu à des frais de représentation comme ses collègues canadiens. Mais celle-ci est-elle bien nécessaire au prestige de nos viceroyautés ?

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