PROVIDENCE ET RHODE-ISLAND
chargé des responsabilités du pouvoir, obligé de se mettre en contradiction avec lui-même pour gouverner. Macaulay ne voit dans le héros de Providence qu'un profond scélérat, partageant en cela l'opinion des puritains. Ce qu'il y a de certain, c'est que la mobilité de son esprit l'entraînait à de perj)étuels changements de foi religieuse. L'anglicanisme le compte d'abord parmi ses ministres et ensuite au nombre de ses adversaires déclarés ; puis il se fit puritain, pour devenir baptiste et enfin seeker. Il n'est pas étonnant qu'avec une telle instabilité de vues, il ait senti le besoin de prêcher la liberté de conscience.
A quatre reprises, les autorités civiles ou religieuses du Massachusetts le citèrent devant elles pour lui demander compte de ses opinions. Un jour, aux premiers temps de sa ferveur de puritain, il reprocha aux ministres de la secte d'avoir autrefois professé l'anglicanisme et de n'avoir pas purgé par la pénitence ce péché originel. Plus tard, on le vit déclarer que les colons du Massachusetts n'avaient aucun droit à leurs terres et qu'ils devaient tenir leurs titres de ]n'opriété des Indiens et non du roi : prétention qui devait tout naturellement le mettre au plus mal avec les colons. C'est lui qui suggéra à Endicott, gouverneur de Salem, d'enlever du drapeau anglais la croix de Saint-George.
En toutes occasions, il prêchait sa doctrine de la liberté de l'âme (soûl liherty), si odieuse aux puritains, auxquels il demandait de ne plus imposer par la force l'observation du dimanche. La mesure était comble et un décret de bannissement fut rendu contre Williams (|ui, pour n(î pas être transporté en Angleterre, prit la
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fuite. Durant de longues semaines, la misère et les dangers le réduisirent presque à la dernière extrémité, et s'il sui'véeut, ee fut grâce aux Indiens qui lui pretèr(Mit secours. Enfin, il l'éussit à s'étal)lir en un endroit, sis au fond de la baie de Naragansett, qu'il nomma Providence (1636) en souvenir de la miséricorde que Dieu lui avait témoignée dans son malheur, "désirant en faire nn asile ouvert aux personnes persécutées à raison de leui* foi."
En 16:38, les amis d'Anne Hutchinson, Coddington et Clark dressaient leur tente de proscrits dans l'Ile d'Aquiday (Ehode-Island), non loin de Providence, où de nombreux émigrés vinrent les rejoindre.
Un grand danger menaçait ces deux plantations dès leurs premières années. Le Massachusetts ne cachait pas son mauvais vouloir à l'endroit de Williams, et élevait des prétentions sur le territoire de Providence et de Khode-Island. Il fallait se prémunir contre les entreprises de ce redoutable voisin et les établissements nouveaux qui s'étaient développés — indépendamment les uns des autres — sentirent la nécessité de se concerter en présence du péril commun pour fortifier leur position. Il leur parut que le moyen le plus sûr d'arriver à ce but, était d'obtenir du gouvernement anglais une reconnaissance de leur Etat, car une charte mettrait fin à toute contestation sur leur droit de propriété. Williams, envoyé à Londres par Providence, Portsmouth, Newport et Rhode-Island, revint avec des lettres patentes des plus larges et donnant aux plantations de Proride ncc (1644) des pouvoirs très étendus. Liberté leur était accordée de passer toutes les lois utiles à la colonie, pourvu qu'elles ne fussent pas hostiles à celles de la