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L'AMÉRIQUE DU NORD

session au nom de la reine Elisabeth et qu'il nonune Nouvelle-Albion. Il ne trouve la fin de son brigandage que dans sa défaite à Saint-Jean d'Ulloa. Quelques années a])rès, ce môme Drake avec Howard et Seymour, commandants des flottes anglaises, prend part à la longue série de combats (^ui dispersent VimnnciUe Armada de Philippe (1588).

C'est le coup de grâce porté à la marine espagnole ; dès lors la suprématie des mers passe à la (Irande- Bretagne, qui s'en servira pour fonder cet empire colonial, le })lus considérable que le monde ait vu.

CHAPraiK II

LA VIUCINIK

Tentative (le Raleigii d'établir une colonie en Aniéricxue. John Smitli et la fondation de .lamestown.- Misères des premières années. — Communisme. -Culture du tabac. Les colons veulent quitter Jamestown. Ils sont arrêtés dans leui- projets par lord De la Warr.

L'Espagne et le Portugal avaient depuis longtemps, comme nous venons de le voir, planté leur drapeau sur les rives américaines, lorsque l'Angleterre eut l'idée de prendre sa part du nouveau monde. *^* Paralysée par les ))ouleversements intérieurs, conséquence de sa scission avec Rome, elle n'eut pas le loisir de continuer les voyages de découvertes commencés sous les ausj)ices de Henri YII, et de songer aux entreprises coloniales. Ce n'est que durant le régne d'Elisabeth (|ue l'attention publique éveillée par les succès des nations rivales, se porte vers les terres inconnues, à l'attrait si puissant sur les esprits aventureux. 11 v avait alors en Angleterre un «rand seigneur, célèbre par son génie et par ses hauts faits et qui devait prendre pai't plus tarda la victoire de la flotte anglaise sur la fameuse Aniiada de Philii)})e IL Sir

(l) Conquête du Mexi(iue, par Cortès, 1519-ir)2L Conquête du Pérou, par Pizarre et Alraagro, \^lK\-\\?u Brésil établi, L525.

l^a Virginie. Fondation de Jamestown, 1(507.

Walter Raleigb, très bien en cour, favori de la reine Elisabeth, n'eut pas de peine à obtenir l'autorisation de disputer aux Français et aux Espagnols les vastes solitudes de l'Amérique, d'autant plus qu'il devait faire lui-même les frais de l'entreprise. C'est à ce célèbre courtisan, qui étendit un jour son manteau sur le passage de la reine, pour lui éviter de poser les pieds dans une flaque d'eau, (|ue l'Angleterre dut ses premiers^ essais de colonisation transatlanticjue.

Son imagination, éprise de projets de découvertes, s'était échauttée à la lecture des récits de (pielques navigateurs espagnols, (j[ui prétendaient avoir vu un pays merveilleux (la (ruinée), dont la richesse dépassait celle du Mexique et du Pérou. La capitale, éblouissante sous la profusi(m de métaux précieux qui couvraient ses maisons, avait nom : l'El-Dorado. Dans presque toutes les relations de voyages de l'époque, la fable se mêle a la vérité. Le merveilleux hante l'esprit des chercheurs de trésors, renrhis crédules par leur trop grande soif de l'or, et leur fait donner un corps à leurs rêves. Ealeigh, que dévorait l'ambition de se distinguer en travaillant à la grandeur de lAngieterre, E-aleigh, en (|ui s'attardait l'âme d'un ancien preux dans un siècle dépouillé de tout idéal, ])rit la mer pour disputer aux Espagnols la contrée aux richesses incalculables.

L'El-Dorado se déroba à ses recherches: il dut se contenter de remonter l'Orénoque, dont il fit des descriptions fortement colorées, portant la trace des défauts des récits de son époque.

"Il y a dans ces régions, dit-il, au sein d'une richesse incomparable, des hommes dont les yeux sont

LA \iiî(;iNn<: \:^

placés cMitn' les c''[)«uiU*s et la houclK; an iiiilicui de la ]K)iti'iiu\'' 11 n'avait pas vn lui-niêiiic ces ctiHis ctianges, mais (les ccMitaines de ixu-sonnes lui en avaic^nt atlirmé l'cvxistence. llalei^li vu) vint qu'une fois en Amérique, mais il fit les frais (1(^ neuf expéditions entre- ])rises dans le ])ut de l'ouvrir ;i la colonisation anglaise. Sa foi dans son projet resta inébranlable jusqu'au dernier jour de sa vie. On l'entendait dire souvent, alors que rien ne semblait justifier ses paroles : 7 ska/l y et lire to sce if an English Nation, comme s'il avait entrevu à travers les l)rumes de l'avenir la fondation d'une seconde^ famille britannique au delà des mers. Il n'avait cessé, au temps <]e sa puissance, d'engager la reine Elisabeth à coloniser l'Amérique. Le prince (pii possédera cette* terre, disait-il, sera le plus grand du monde. Raleigh avait l'intuition de l'avenir.

En 1 .")84, Ualeigli frète deux vaisseaux, qui mettent à la voile pour l'Amérique sous le commandement de sii* liichard Grenville. Un voyage de quatre mois de navigation amène celui-ci sur les côtes delà Caroline du Nord. Après un séjour de six semaines dans ces contrées, il retourne en Angleterre, qui se sent prise d'enthousiasme au récit de (xren ville et de ses compagnons encore éblouis pai' les merveilles qu'ils ont admirées au delà de l'Océan. Raleigh donne à ce nouveau paradis terrestre le nom de Virginie, en l'honneur de la reine vierge des courtisans de l'épocjue.

Plusieurs autres expéditions envoyées par Raleigh, dans le but de fonder une colonie, échouèrent misérablement. Les aventuriers qui formaient partie de la quatrième tentèrent de s'établir à l'ile Roanoke, sise à l'embouchure de la rivière du même nom. Au lieu de se

li\Ter à îles t m vaux do nature à assui*er Ta venir île rétablissement, ils s'épuisèrent en explorations intinetueuses. à la rei^heivhe de métaux piveieux. Voyant se> subordonnés à bout de i*essom*ees. leur chef, John White. fit voile poiu' rAngleteri'e afin rFen mppii»rter des provisions. La ï^ueiTe avec TEsjiaiifne Tempecha de donner suite à son dessein, et loi'squll put enfin se rendre à nie Eoanoke, ti*ois ans plus tanl. la colonie avait disjx\ru. Ealeigh tenta plusieurs fois, s^ms succès, de retrouver les malheui*eux éiniiîfi*és. victimes j>iT*l>î^bles de la faim et de la misèi-e. Toutes ces enti*eprises avaient ruiné leur pixunoteur. Api-ès la mort d'ElisiU^eth, il tomba en disgn^ee. Jacques 1er le fit enfermera la Tour lie Londres, oii il écrivit YHi<tohY dit Momh, ouvrage très estimé. Le n>i le fit sortir de prison douze ans plus tard ]K^ur renvoyer à réchataud. Lii chronique i"ai>porte qu'en voyant la hache du In^urreau il dit : '' Voilà une teiTible médecine «|ui va metti-e fin à tous mes malheui-s." Ainsi j^érit Thomme qui aVait mis Sii fortune et ses talents au senice d'un pi'ojet qui, i-eprispju* d'auti-es. devait donner de si beaux i-ésultats. L'Angleteri'e n'avait retiré de ces explorations que des connaissiinces sur le nord de F Amérique. C'est de ce temps que date l'introduction du tabîic en Angleterre. Les vertu> médecinales qu'on lui attribuait eontribuèi'ent i^aucoup à en populariser l'usage. Raleigh était devenu un fumeur émérite. \jk légende l'apimrte qu'un de ses serviteui*s auquel il avait demandé un pot île bière, l'ayant apeivu au milieu d'un nuage de fumée, s'imagina que le feu consumait les vêtements de son maître et iviiandit sur lui ce bivuvage \yo\\v éteindi^e l'incendie. On s«nt que la plante devait acquérir une inqK>rtance énorme en

LA VIR(;INIE l.>

Viruiuie. Cultivée pendant Itinutemps, presrjue a lexeliision dv toute autre, elle y remplaça, faute de numéraire, la monnaie. De même que dans la Nouvelle- France les peaux de castors étaient la mesure de la valeur des marchandises, de même en Virginie le tabac, d a})i'ès un prix coinçant fixé i)ar le gouvernement, servait de moveu d'échange, tout comme l'or etrar<4:ent. Les économistes tirent de ce double fait un argument pour établir cette vérité <|ui leur est chère : que l'or et l'argent ne constituent pas la richesse, mais ne sont, comme le tabac l'était alors à Jamestown et aux environs, qu'un moyen d'échange, et une marchandise sujette, comme toute autre, à la hausse et à la baisse.

Voici enfin venir le moment oii rAngieterre va sortir de la voie des essais infructueux, pour jeter les i)remières assises de son futur empire colonial. L'année 1606 vit s'organiser deux de ces grandes compagnies de commerce qui se sont enrichies elles-mêmes, tout en établissant fermement la puissance anglaise en Amérique et aux Indes. Ces corporations avaient nom : la compagnie de Plymouth et la compagnie de Londres ou de Virginie. A la première une charte de Jacques 1er concédait toutes les terres i)lacées entre les lignes 41*^ et 45^ de latitude nord, et à la seconde la région s'étendant du *34^ au 38*^ parallèle : l'intervalle entre le 38^ et le 41"^^ parallèle était déclaré pays neutre. La compagnie de Londres fréta deux • vaisseaux placés sous le commandement de Xe^^i^ort, navigateur expérimenté, qui avait fait partie des expéditions de Kaleigh. Il fit voile au mois de décembre 1606 et atteignit les côtes de la Virginie après quatre mois de navigation. L'expédition explora la baie de Chesapeake.

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