I06 LA DOCTRINE DE MONROE
entre Tancien et le nouveau monde. Pour reprendre les termes du président Jefferson: <c Notre maxime première et fondamentale devrait être de ne jamais nous mêler aux dissensions de l'Europe; et notre seconde maxime, de ne jamais souffrir Tingérence de l'Europe dans les affaires cisatlantiques ».
Deux événements furent les causes immédiates de la déclaration de M onroe ; un différend avec la Russie au sujet des limites de nos possessions américaines, et l'intervention française en Espagne. Cette intervention avait fait craindre que les puissances de la Sainte- Alliance n'essayassent d'aider le roi d'Espagne à rétablir son autorité sur ses colonies américaines insurgées, et peut-être d'acquérir des territoires dans le nouveau monde. Lorsque le premier ministre anglais, Georges Canning, proposa un accord entre l'Angleterre et les États-Unis pour dédarer qu'il s'opposerait à toute tentative de ce genre, son projet fut d'abord accuâlli avec faveur à Washington. Puis, sous l'infiuenoe de son secrétaire d'État, John Quincy Adams, le président Monroe se décida à exposer une politique indépendante.
Les deux questions en litige furent traitées dans le même message présidentiel, quoiqu'assez différentes pour ne pas nécessiter une déclaration de principes généraux applicables k toutes deux; en fait, elles étaient séparées par de longs paragraphes relatifs à d'autres matières. Les passages décisifs sont les suivants :
I® « Les continents américains, par l'attitude libre et indépendante qu'ils ont prise et qu'ils maintiennent, ne
hà. DOCTRINE I>E IfOKROE lOJ
doivent plus ^tre considérés par aucune puissance européenne comme une terre se prêtant à plus ample coloflisation. » — a* « Nous Bravons jamais pris part aux guerres dfue les puissances europécomes se sont livrées sur des q\iesftians qui les concernent, et il n'est pas dans notre politi^fue de le &Ire... Le système politique des puissances alliées est par là essentiellement différent de celui de l'Amérique. Cette difiGérence procède de celle qui exi«te entre leurs gouvernements respectifs ; à la défense de notre gouvernement, qui fut établi au prix de tant de sang et d'argent, développé par la sagesse de ses citoyens les plus éclairés, et qui nous a donné un bonheur sans exemple, cette nation tout entière est dévouée. Nous devons par conséquent k la franchise et «ux rapports amicaux qui existent entre les États-Unis et ces puissances, de déclarer que nous considérerions comme dangereuse pour notre paix et notre sécurité toute tentative d'extension de leur système k une portion quelconque de cet hémisphère. Nous ne sommes point intervenus, et nous n'interviendrons point, dans les colonies ou dépendances actuelles d'aucune puissance européenne. Mais chez les États qui ont proclamé leur indépendance et l'ont maintenue, et dont, après mûre considération et suivant des principes de justice, nous fivons reconnu l'indépendance, nous ne saurions considérer une intervention d'une puissance européenne quelconque, pour les opprimer, ou pour contrôler de quelque lutre fsçon leur destinée, que comme une manifestation. de sentinoents hostiles à l'égard des États-Unis. » — ^ principe ainsi énoncé peut être résumé en une for-
I08 lA DOCTRINE DE MONROE
mule : « A bas les mains 1 » ou « FAmérique aux Américains ».
Depuis son apparition jusqu'à nos jours, cette doctrine a été presque unanimement approuvée chez nous. Pour bien des raisons, elle s'adressait à Timagination populaire en même temps qu'elle se recommandait au jugement des hommes d'État. Les Américains sentirent que c'était une proclamation de leur idéal, de leur foi au droit qu'ont les peuples libres de régler leur destinée. Tout en respectant en Europe les institutions existantes qu'ils n'approuvaient pas, les États-Unis déclaraient qu'ils ne consentiraient jamais à laisser imposer par force des institutions semblables aux habitants du nouveau monde, qui s'étaient déjà libérés de ces entraves. En d'autres termes, ils s'annonçaient non seulement comme un pays de liberté, mais comme les protecteurs de la liberté. C'était là une juste cause de fierté nationale, à peu près le même sentiment que celui des républicains français durant les premières guerres de h Révolution, lorsqu'ils renversaient les systèmes monarchiques et portaient au delà de leurs frontières la liberté aux peuples opprimés. Le message du président proclamait en outre que le nouveau monde, étant essentiellement différent de l'ancien, devait avoir un développement indépendant. Déjà des patriotes enthousiastes rêvaient d'un avenir où les gloires de l'hémisphère occidental feraient pâlir celles des premiers foyers de la civilisation : ils croyaient fermement voir la terre promise dans l'union des deux continents américains.
Tandis que ces considérations sentimentales provo-