‹ Les États-Unis, puissance mondialeChapitre 15 sur 63 · LA DOCTRINE DE MONROE IO · texte numérisé non relu

LA DOCTRINE DE MONROE IO

quaient un honnête enthousiasme, les avantages pratiques qu'on pouvait attendre de la politicpie nouvelle étaient assez importants pour la mettre décidément en feveur. Les nations ont toujours aimé k avoir, comme voisms immédiats, des États moins forts (jumellesmêmes ; Tapproche d'un égal est une menace. Les Anglais dans Tlnde l'ont éprouvé dès le début. Les Américains de leur côté ont craint de voir des ennemis redoutables occuper des positions stratégiques de leurs frontières ; en outre ils comprenaient qu'ils avaient tout profit, pour des raisons commerciales aussi bien que politiques, à conserver aussi large que possible, dans l'hémisphère occidental, ce qu'on appelle aujourd'hui leur a sphère d'influence ».

Un dernier trait acheva de rendre cette doctrine très populaire : elle avait l'air d'un audacieux défi. La jeune république américaine, avec sa mince population de dix millions d'habitants, semblait jeter le gant aux grandes monarchies miUtaires de l'Europe. C'était de quoi faire battre le cœur des patriotes ! En fait le péril n'était pas sérieux : tant que l'Angleterre était du côté des États- Unis, les Américains, protégés par la distance, n'avaient nen à craindre des puissances continentales. Les vues <lu gouvernement britannique sur l'Amérique du Sud étaient bien connues. Ganning avait déjà déclaré au pnnce de Polignac, ambassadeur de France, que la Grande-Bretagne ne tolérerait aucune intervention européenne dans les affaires de l'Amérique espagnole, et Polignac avait répondu que la France n'avait pas l'intention d'y intervenir. Gomme la nouvelle de cette dé-

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clarâtion n'était pas encore parvenue k Washington, le succès apparent de la jeune doctrine fut complet. On cessa bientôt de parler d'intervention, et les Américains se dirent que leur attitude avait été la seule cause de ce changement. Ganning encouragea même cette idée en déclarant avec fierté, mais avec inexactitude : « J'sd appelé le nouveau monde à l'existence pour rétablir l'équilibre de l'ancien. »

A son apparition, le message du président Monroe avait attiré quelque attention à l'étranger, mais il y fut bientôt oublié de presque tout le monde. Ce n'est qu'à une époque très récente que le public européen en a reconnu l'importance, ou plutôt s'est rappelé qu'il existait. Cependant il était devenu, dans son pays d'origine, un article du credb national. Les maximes qu'il énonçait étaient reçues, indiscutables, et, quel que fôt le parti au pouvoir, le gouvernement était toujours prêt à y conformer ses actes. Il y eut bien quelques inconséquences — * la plus grave fut le traité Clayton- Bulwer, signé avec l'Angleterre, et qu'on ne tarda pas à regretter ; — mais un oubh çà et là n'a£Eaiblit pas l'autorité du principe général. De nouveaux cas se sont présentés qui en ont fait sortir des conclusions nouvelles, si bien que la doctrine prit par degrés un développement que ses premiers interprètes ne pouvaient soupçonner.

Lorsque nous comparons les deux passages où la doctrine de Monroe 6it proclamée, bous constMone que, malgré la différence des sujets traités, ils expriment une même idée : l'hostilité à toute intervention européenne

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dans les affaires d'Amérique. De ces deux déclarations^ la seconde est devenue la plus célèbre. C'est d'abord qu'elle est un argument précis, et non pas, comme la première, une ^mple déclaration, mais elle doit surtout sa gloire au beau succès qu'elle sembla remporter, l'échec des interventions projetées par la Sainte-Alliance dans le nouveau monde. Elle finit aussi par triompher, lorsque Napoléon III essaya d'en violer le principe et de créer au Mexique un empire pour l'archiduc Maximili^i d'Autriche. Aujourd'hui même, la doctrine n'a rien d'archaïque ; elle reparaît souvent dans les débats, et elle serait maintenue avec énergie si l'un des cas visés par elle venait à se présenter. On peut se demander pourtant si, dans sa forme actuelle, la doctrine de Monroe trouve une base suflSsante dans la déclaration hostile à la colonisation européenne. Dans ce passage, le plus long des deux, on lit bien des choses qui ont vieilli. Quelque attachés qu'ils soient à la forme républicaine, les Américains doivent admettre qu'une monarchie n'est pas de toute nécessité nn despotisme, — bien plus : que dans la plupart des pays d'Europe c'est le peuple qui gouverne. D'autre part ils ont vu d'étranges exemples de liberté dans certaines républiques de TAmérique latine. Lors du différend de 1896-96 au sujet du Venezuela, on n'a pas manqué de lancer le vieux cri : Protégeons les institutions républicaines dans le nouveau monde I Mais, pour tont Américain intelligent, il était difficile de croire que 1^ habitants du territoire disputé seraient pkis malheureux ou moin? assurés des <x droits inaliénables, la vie^

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la liberté et la poursuite du bonheur », sous Tautorité de la reine Victoria que sous la domination d^un dictateur vénézuélien. En réalité, si les Américains s'opposent à rintervention européenne dans Thémisphère occidental, ce n'est plus k cause de « différences héréditaires de systèmes politiques ». Il est certain que les États-Unis :s'opposeraient tout aussi résolument à une tentative de la République française pour acquérir de nouveaux territoires dans TAmérique du Sud qu'à une tentative analogue de l'empire de Russie. Les arguments pourraient différer; les raisons seraient au fond identiques.

Le passage où il est déclaré que a les continents américains ne doivent plus désormais être considérés par aucune puissance européenne comme se prêtant à plus ample colonisation » contient l'essence de la doctrine de Monroe ; seulement, le sens du mot ce coloni- -sation » s'est étendu au point de signifier non pas simplement toute acquisition de territoire, mais encore, et de plus en plus^ toute intervention armée quel qu'en ^oit le motif. La situation qui avait provoqué la déclaration de Monroe disparut peu après. Par le traité de 1824, la frontière méridionale de l'Amérique russe fut fixée, d'un commun accord, au gré des deux parties. Le message du président Monroe n'eut probablement aucune influence sur cet arrangement : en fait, il ne dit rien sur ce sujet qui n'eût été déjà déclaré avec plus d'énergie à la Russie par son secrétaire d^Êtat. Seul, un autre pays sembla faire attention à la théorie alors émise, ce fut l'Angleterre. Canning trouva fâcheux de n'avoir « appelé le nouveau monde à l'existence »

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que pour empêcher la Grande-Bretagne d'acquérir de nouveaux territoires. I] « ne put pas reconnaître le droit d'une puissance, quelle qu'elle fût, à proclamer un tel principe, et encore moins à contraindre d'autres paysi Fcbserver ». Il trouva la déclaration « très extraordinaire », et « telle que le gouvernement de Sa Majesté était prêt à la combattre de la façon la moins équivoque ».

En dépit de ces grands mots, la déclaration « très extraordinaire » a depuis lors continué de guider la politique des États-Unis, et elle est sortie victorieuse de bien des rencontres. Sans doute les choses n'ont pas toujours marché tout & fait au gré des Américains : dans leurs difiérends avec la Grande-Bretagne, ils ont dû faire des concessions que certains écrivains ont appelées des abandons de principe. Il faut admettre encore que les possessions anglaises dans l'hémisphère occidental sont plus étendues aujourd'hui qu'en iSsS. Le vague protectorat de Belize est devenu la colonie du Honduras britannique ; et le traité de i8â6 sur les frontières de i'Orégon a donné à la Grande-Bretagne un territoire que les Américains revendiquaient. Disons pourtant que, si les États-Unis n'ont pas pu obtenir alors tout ce qu'ils demandaient, et s'ils ont dû transiger avec une nation aussi forte qu'eux, il n'y a pas là à proprement parler un abandon de principe. Ils sont même allés jusqu'à inviter des souverains européens à statuer sur le bien-fondé de leurs demandes : par exemple, en 1871, l'empereur d'Allemagne fut choisi comme arbitre du différend de San Juan da Fuca. Si sa décision

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avait été en faveur de la Grande-Bretagne, les A.inéricaias mécontents auraient sans doute déploré qu'on Fe^t mêlé h Taffaire ; mais ils n'eurent pas lieu de se plaindre, car ils obtinr^t les !les contestées.

Pendant près de trois quarts de siècle, la doctriae de Monroe n'attira pas beaucoup Tattention de TEurope ; la plupart des nations prenaient peu d'intérêt à ce qui se passait en Amérique. Mais dans ce pays die était fréquemment citée par le gouvernement américain, et discutée plus souvent encore par le public. En i845, le président Polk déclara que les États-Unis ne pouvaient permettre aucune intervention e^opéenne sur le continent de VÂmérique du Nord ; il poussait aiasi la théorie plus loin qu'elle n^a jamais été appliquée en pratique, car les nations étrangères sont intervenues lorsque leurs droits ont été violés ; d'autre part, c'était une Ëmitation de la théorie primitive, au seul « continent de l'Amérique du Nord ». Il est curieux de remarquer que, dans sa longue discussion avec le gouvernement français au sujet de l'appui donné à l'empereur Maximilien au Mexique, M. Seward n'ait pas une seule fois fait allusion k la doctrine de Monroe ; et pourtant ce fut Tune des occasions les plus importantes où les principes de cette doctrine aient été appliqués. A propos de Cuba et du canal de Panama, nous la trouvons citée sans cesse. Mais le public européea n'en vit la pleine signification qu'en 1895, lorsque, au grand étonnement de tous, les Américains se montrèrent soudain prêt3 à faire la guerre à l'Angleterre, pour une question dont peu de gens avaient entendu parler, et

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qui ne touchait que de très loin aux intérêts des États- Unis : le règlement de frontière entre le Yénézuâa et la Guyane anglaise.

Le secrétaire d'État Olney, dans sa note du 30 juillet 1895, non seulement appuyait les retendications du Venezuela et demandait Tarbitrage, mais il àion* ^it à nouveau la doctrine de Monroe, et il en expo* sait rbistoriqne et Vapplication. Il y eut dans celte note qudques phrases assez surprenantes. Après avoir parlé des différences qui séparent les deux hémisphères, il déclarait : « que la distance et 3 000 milles d'océan rendent toute union politique perman^ite entre un État européen et un État américain aussi peu pratique que natu^ rdle. » Et encœ:e : « Les États de TÂmérique du Sud, aussi bien que ceux du Nord sont, par proximité géographique, sympathie naturelle et similitude de constitutions, les amis et les alliés commerdaux et politiques des États-Unis. » Et ce n'est pas tout : « Aujourd'hui les État&-Unis sont, en fait, suprêmes sur ce continent, et leur arrêt a force de loi dans les matières auxquelles ils limitent leur intervention... Il existe dcmc une doc* trine du droit public américain, bien fondée dans son principe et pleinement sanctionnée par des précédents^ qui donne aux États-Unis le droit et le devoir de traiter comme une injure tout acte par lequel une puissance européenne prendrait de force un contrôle politique sur un État américain. »

Lord Salisbury, dans sa réponse, contredit nettement les prétentions du secrétaire d'État Olney. Il soutint que la doctrine de Monroe n'était pas de droii

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international et n'était pas applicable en ce débat. Là* dessus, le président Cleveland soumit toute cette correspondance au Congrès. Il proposa la nomination par les États-Unis d'une commission chargée d'approfondir et de trancher les points essentiels de la question de frontière : la décision de cette commission serait ensuite exécutée par les États-Unis. Il ajoutait : « En faisant ces recommandations, je suis pleinement conscient de la responsabilité que j'encours, et je me rends compte de toutes les conséquences qu'elles peuvent entraîner ».

L'ejSet de ce message fut extraordinaire. Le président Cleveland s'était montré jusqu'alors xm homme d'État pacifique et conservateur : personne ne s'attendait à une initiative violente de sa part. Aussi un vent de colère passa-t-il tout à coup sur le pays. Les journaux, sauf quelques rares exceptions, menacèrent hautement la Grande-Bretagne, et les deux partis politiques, républicains et démocrates, se rallièrent autour du président pour le soutenir. Lorsque les éléments conservateurs parvinrent à se faire entendre^ lorsque les valeurs des actions et des obligations tombèrent avec une ejSrayante rapidité, lorsqu'enfin la nation commença de se rendre compte que ses côtes étaient sans défense, on vit bien se produire une réaction : mais la majorité du peuple américain était sans aucun doute fermement résolue à combattre, plutôt que de céder sur la question en litige.

En Angleterre, ce qu'on éprouva tout d'abord fut un sentiment de profonde stupéfaction. Si le public américain n'avait pas su grand'chose du différend vénézué-

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lien, le public anglais en savait encore moins, et n'avait pas un instant soupçonné qu'il en pût résulter des conséquences sérieuses. Les violentes attaques des journaux américains provoquèrent de la colère et de vives répliques; mais le gouvernement garda son sangfroid. Il ne songeait pas à partir en guerre pour une histoire aussi insignifiante, à moins d'y être absolument forcé. Il chercha donc à se dégager de la situation sans trop perdre de sa dignité. On ouvrit des négociations avec le Venezuela en vue d'un traité d'arbitrage, et l'affaire fut réglée avant que la commission américaine eût pu faire son rapport. Les Anglais gardèrent de l'incident quelque amertume ; mais l'irritation qu'ils avaient alors tenue en bride trouva bientôt l'occasion d'éclater ailleurs, quand l'empereur d'Allemagne envoya son fameux télégramme au président Krilger. Il est heureux peut-être que le raid de Jameson se soit produit après le message du président Gleveland, et non pas avant : car si le nuage menaçant de la guerre vénézuélienne se dissipa si vite, ce fut surtout grâce aux bonnes dispositions du peuple et du gouvernement anglais.

La décision des arbitres adjugea la plus grosse part du territoire disputé à la Grande-Bretagne : cependant le résultat final du différend fut un triomphe indéniable pour les États-Unis. Beaucoup d'Américains, sans doute, hésiteraient encore à adopter toutes les vues du secrétaire d'État Olney, mais on peut dire que son exposé de la doctrine de Monroe est généralement accepté comme la formule officielle d'une politique plus populaire aujourd'hui que jamais. Depuis i8g6, le peuple

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américain n^a guère laissé passer d^occasions de répéter Bon acte de foi. Le programme républicain aux élections de igoo proclamait : « Nous refrénons la doctrine de Monroe dans toute son étendue ». Les démocrates, ne voulant pas rester en arrière, déclarèrent : « La doctrine de Monroe, telle qu'elle a été posée à l^origine puis interprétée par les présidents, fait partie de la politique étrangère des JÊtats-Ums d^une façon permanente, et doit être maintenue en toutes drcon^ stances. » En 1900 les délégués américains au congrès de la paix de La Haye signèrent les articles acceptés, avec cette réserve expresse : « Aucun passUge de cette convention ne devra être interprété d'une n^anière qui contraigne les États-Unis d'Amérique à se départir de leur politique traditionnelle, qui est de ne point intervenir ou s'immiscer dans les questions politiques d'administration internationale d'un Ëtat quelconque; et aucun article de ladite conventt<m ne devra être entendu comme entraînant l'abandon, par les États-Unis d'Amérique, de son attitude traditionndle & l'égard des questions purement américaines. » Enfin, pour en venir à l'époque tout & fait contemporaine, le président Roosevelt, dans ses discours et ses messages, a fait allusion i plusieurs reprises à la doctrine de Monroe et en a développé les principes*.

Le débat de i8g5 sur le Venezuela eut un autre résultat : il attira d'une façon décisive l'attention du

I. H nous semble que le meilleur exposé récent de la doctrine ioit l'article du capitaine Mahan dans la National Review de février

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monde entier sur la doctrine de Monroe. Les puissances européennes, que Fidée leur plaise ou non, se sont enfin rendu compte jque ;cette théorie est une pierre angulaire de la politique étrangère des Américains, et que nul ne peut la négliger sans s'exposer à une brouille immédiate avec les États-Unis : Tirritation soupçon^^ neusede l'opinion américaine lorsqu'on igo3 des vaisseaux de guerre anglais et allemands furent envoyés au Venezuela en fut la preuve. Dans ces circonstances, les nations européennes se sont montrées assez disposées à se résigner, sans enthousiasme il est vrai ; mais c'est un fait réel, avec lequd il faut compter, et, vu la force actuelle des États-Unis, il ne reste qu'à accepter la doctrine de Monroe d'aussi bonne grâce que possible. La plupart d'entre elles n'ont pas encore fait de déclaration explicite à ce sujet. Cependant l'Angleterre, qui de toutes les nations est le plus fréquemment enbrée en conflit, dans le passé, avec les prétentions américaines, semble s'être décidée à s'en accommoder de son mieux. En igo3, le duc de Devonshire déclarait que « la Grande-Bretagne acceptait sans réserves la doctrine de Monroe », et cette déclaration peut passer pour une expression officielle de l'attitude du gouvernement britannique au temps présent. Il est possible que d'autres puissances suivent cet exemple ; mais en somme la question est sans grande conséquence. Ce qui est d'une haute importance pour les puissances aussi bien que pour les États-Unis, c'est la nature et la portée exactes de la doeirine k l'époque actuelle.

Avant d'aborder l'examen positif ^de ce sujet, il est

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bon d^éliminer certaines idées erronées. Tout d^abord, la doctrine de Monroe n'est pas une « impertinence in* ternationale », comme M. de Bismarck Ta appelée et comme certains écrivains étrangers, surtout en Allemagne, sont encore enclins à la considérer. Une telle épithète ne saurait être appliquée à la politique réfléchie d'une des premières puissances du monde, — politique qui a été maintenue avec succès durant plusieurs générations, et que le pays est résolu à soutenir à tout prix.

En second lieu, la doctrine de Monroe ne fait pas partie du droit international, quoique beaucoup d'Âmecains aient voulu la considérer comme telle et que le président Roosevelt ait exprimé l'espoir qu'elle y puisse entrer un jour. Même si toutes les nations venaient à l'accepter, elle resterait simplement l'expression d'une politique individuelle, respectée à cause de la force de ceux qui l'ont posée. Fondée sur des considérants solides, elle n'a pourtant rien d'un principe général. C'est un dogme du même ordre que jadis l'hostilité de la France à l'installation d'un prince allemand sur le trône d'Espagne, ou bien qu'aujourd'hui le protectorat de l'Angleterre sur le golfe Persique et le maintien d'États-tampons sur les frontières de l'Inde. Quelque légitimes que soient ces prétentions, on ne peut pas dire qu'elles appartiennent au code international.

Troisièmement, la doctrine de Monroe n'est pas une doctrine d'expansion, mais seulement de légitime défense. Évidemment des mesures de légitime défense peuvent conduire à des agrandissements ; mais la doc-

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trine de Monroe n^autorise aucune agression. Elle présuppose le droit des peuples à se gouverner ; les États latins de rAmérique n^ont donc pas à la redouter. Ce point a été bien mis en lumière par le secrétaire d'État Root pendant sa récente tournée dans l'Ame* rique du Sud. Il est vrai qu'au cours de leur histoire les États-Unis, comme tout autre pays en voie de développement, ont commis diverses agressions et ont étendu leurs territoires par la force ; peut-être sont-ils destinés à une expansion plus grande encore. Mais, quoi qu'on pense de cette politique, on n'a pas le droit de la rattacher à la doctrine de Monroe. Sans doute cette doctrine, comme les meilleures théories, peut être transformée parfois en mauvais prétexte ; le président Polk le fit lorsqu'il voulut s'emparer du Yukatan. Une politique rapace pourrait faire servir la golden rule elle-même à ses fins.

Quatrièmement, la doctrine de Monroe actuelle n'est plus à la lettre la doctrine du président Monroe. Exposée pour la première fois dans le fameux message, on l'a vue se développer au cours du temps pour répondre à des conditions nouvelles. C'est ce que lord Salisburj oubliait lorsqu'il la déclarait inapplicable à « l'état de choses où nous vivons à l'époque actuelle* ». La question de savoir si son application à tel ou tel cas particulier aurait reçu l'approbation du président Monroe ou de ses conseillers est oiseuse, et nUntéresse que l'histoire des théories politiques.

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