I. Correspondance relative au Venezuela
1^2 LA DOCTRINE DE MONiiOB
Tandis <{ue certaines parties de la doctrine primitive se sont développées, d^autres, nous Tavons vu, ont vieilli ou sont tombées. Par exemple, les Américains instruits se rendent bien compte^ et reconnaissent quand on les presse, que non seulement les États-Unis sont plus proches de TEurope que de l'Amérique du Sud, mais que le type américain moyen a bien plus de traits communs avec l'Anglais, et même avec TAllemand, le Français ou le Russe, qu'avec le Mexicain, le Péruvien ou le Brésilien. Cela a toujours été vrai ; mais on le voyait mcÂns bien à une époque où il semblait possible de diviser les peuples civilisés en deux catégories^ ceux qui étaient gouvernés par une autorité irresponsable, et ceux qui se gouvernaient eux-mêmes. Aujour-^ d'bui une telle division n'est plus de mise, et les sentiments de race ont pris le dessus. Si l'on se rappelle combien l'élément blanc est réduit et mêlé dans certaines des républiques sud-américaines, et combien le préjugé de la couleur est fort aux États-Unis, on peut se figurer les difficultés que le gouvernement de Washington doit rencontrer dans ses efforts pour ga* gner l'affection des républiques-soeurs.
Après tout, ne pourrait-on pas dire qu'une union étroite entre les États-Unis et la Grande-Bretagne, et entre l'Espagne et ses anciennes colonies révoltées, serait mieux d'accord avec les tendances politiques modernes? A coup sûr l'amitié anglo-américaine n'exclurait pas le pan-américanisme; mais ces deux systèmes pouiraieni très bien entrer en conflit, et la question se poserait de savoir lequel des deux serait le mieux fondé. En ces
hk dogtbuib de ifonaos laS
temps de puissances mondiales , les divisions géographiques sont en train de disparaître plus rapidement encore qae les diffi^ences de gouvernements. Si le mot fiirope est suranné comme conception politique, pourquoi n'en serait-il pas de même du mot Amérique^ Aaqoel cas la doctrine de Monroe ne reposerait plu» que sur une fiction.
Mais c'est aller trop loin. La situation géographique des Ëtats-Unis, et leur « intérêt suprême » dans les. affaires de Thémisphère occidental, imposent certaine» règles i leur politique envers leurs voisins immédiats^ qu^il y ait ou qu'il n'y ait pas de communion naturelle entre enx. De plus, il est sage de cultiver de bons et de profitables rapports de toute espèce avec tous les peu-^ pies ; ces rapports amicaux ont, suivant les cas, des. fondements divers : ainsi l'amitié entre la France et l'Espagne n'a pas du tout les mêmes raisons que l'amitié entre la France et la Russie. Enfin, il existe vraiment une certaine communauté d'idéaux, d'intérêts et d'instutions entre les difiérentes républiques du nouveau iQonde, quoiqu'il ne soit pas facile d'en définir exactement les limites. Rien n'est donc plus légitime que le» ^orts actuels pour forcer et multiplier ces attaches ; il est bon d'y insister autant que possible, car cela contribue à les rendre plus réelles.
Mais certains esprits, même aux États-Unis, estiment qu'il vaudrait mieux, pour le bien gàiéral de certain» Etats de l'Amérique latine, qu'ils fussent sous le confie de quelque puissance européenne, au lieu d'être laissés sans autres guides que leurs volontés désordon-
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nées. Si Ton accepte cette vue, il ne reste qu'une raison en faveur du maintien de leur indépendance, c^est qu'elle est nécessaire au développement des intérêts égoïstes peut-être, mais légitimes, des Américains du Nord. Il s'agirait alors de savoir — problème assez délicat — quelle solution serait la meilleure pour le bien général de l'humanité et de la civilisation. Toutefois il n'est pas juste de dire que la doctrine de Monroe est une politique entièrement égoïste. Elle est peut-être moins teintée d'altruisme que les Américains ne sont portés à le croire ; mais elle a du moins été appliquée d'une manière désintéressée aux affaires de l'Amérique du Sud. Les républiques latines lui doivent beaucoup ; depuis le jour de sa promulgation elle a été le garant de leur indépendance. Quiconque a étudié avec quelque attention l'expansion de l'Europe dans la dernière partie du XIX* siècle doit en venir à cette conclusion, que les démembrements de l'Asie et la curée de l'Afrique auraient bien pu être accompagnés ou suivis de par- Cages analogues dans l'Amérique du Sud. La condition <ie plus d'un État sud-américain a été souvent assez mauvaise pour donner d'abondaats prétextes à Tintervention étrangère^ et dans cette partie du monde aussi bien qu'aiUeurs les rivalités des grandes puissances n'auraient fait que hâter l'occupation des territoires mal défendus. Sans doute aucune puissance n'a vraiment eu dans ce sens des desseins arrêtés, — la part du hasard a été grande dans toute l'histoire de l'expansion européenne ; — mais on ne peut guère douter qu'une grande partie de l'Amérique du Sud serait menacée du