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sort de FAsie et de TÂfrique, sans la protection de la grande république du Nord.
En échange de ces immenses services, les États-Unis jusquHci n'ont rien demandé. Bien entendu, dans les efforts qu'on a faits pour développer des relations amicales entre rAmérique anglo-saxonne et TAmérique latine, on n'a pas oublié les avantages matériels : on tire de ces sentiments amicaux le meilleur parti possible en fiiveur du commerce américain, et au bénéfice de tons les intéressés. C'est une conduite assez légitime y elle est ordinaire, en pareilles circonstances, dans la vie privée aussi Hen que dans la vie publique. Les Américains latins ne peuvent qu'y gagner, car rien ne les force à acheter des denrées aux États-Unis s'ils ont quelc[ue profit à s'adresser ailleurs. Somme toute, ils ont toutes les raisons possibles de savoir bon gré à la doctrine de Monroe et à la manière dont elle a été appliquée jusqu'à ce jour.
Comme le capitaine Mahan l'a très bien dit, ce la valeur exacte de la doctrine de Monroe n'est que très vaguement comprise par la plupart des Américains, mais l'effet de cette formule familière a été de développer une susceptibilité nationale qui est une cause de guerre plus fréquente que les intérêts matériels du pays ». Son apphcation peut varier suivant l'esprit du temps ou les idées du gouvernement, mais dans l'ensemble il y a eu une tendance à l'élargir. Par exemple, nous pouvons dire que le débat de i8g5-g6 sur le Venezuela a établi ce point : dans un différend de frontières entre une pubsance européenne et une puissance
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«méricaûie^ la première doit toujours consentir à i^arbitrage ; mais jusqu'ici les États-Unis n'ont pas demandé, comme il pourrait sembler logique, que Tarbitre soit toujours américain. Au temps oii la qu^peUe du Venezuela en était à sa phase la plus criticpie, la solution d'^un désaccord ancien sur la frontière de la Guyane française et du Brésil fut remise à l'empereur de Russie, sans que l'on protestât à WasUngtc»!^.
Cependant le sentiment public américain déviait de plus en plus hostile à toute espèce d'intervention européenne dans les affaires transatlantiques ; il se pourrait qu'il interdît dans l'avenir ce qu'il a toléré dans le passé. Sentiment qui s'explique par k conscience d'une force considérablement développée, et par lé chauvinisme actuel de l'esprit national. Tout en admettant en théorie le droit des nations européennes à tirer raison, par la force s'il le faut, des nations américaines qui les ont lésées, en pratique, les États-Unis voient d'un très mauvais œil toute action dte ce genre, et ils ne souffriraient pas un débarquement des troupes européennes sur le sol américain. L'exemple de l'Egypte, pour ne prendre que celui-là, montre avec quelle faciUté une occupation temporaire peut devenir permanente, m^e lorsqu'une promesse d'évacuation a été fsâtetout d'abord en parfaite bonne foi.
Pendant que les États-Unis étaient occupés par leur
I . Malgré la déclaration de M. Frelingbujrsen, du 4 janvier i884 : <c Le ministère des affaires étrangères ne sanctionnera aucun arbitrage des Ëtats européens dans l'Amérique du Sud, même si les intéressés Font accep^. »
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guerre civile, le» E^gnols, du oonsentement mAme de la république de Saint-Domingue, rétablirenl leur ancienne domination dans cette tle, sans tenir compte des i^riiestations des Américains ; mais ils ea furent bient6t chassés de nouveau. G^est cet événement auquel le président Grant songeait quand il déclara en 1870 : « Aucune puissance européenne ne peut acquérir par quelque moyen que ce soit, guerre, colonisation ou annexion, une portion quelconque du territoire américain, — même lorsque le peuple annexé le de-* mande ».
GcHsima extensicna de ce principe, nous trouvons Vidée aujourd'hui généralement acceptée qu'aucun transfert de territoire américain d'une puissance européenne h un autipe ne peut désornwis être permis ; cette proposition fut avancée au sujet de Cuba dès Tannée 1808. Les États-Unis admettent l'existence des colonies étrangères dans leur yoisinage, mais ils s'opposeront toujours à ce qu'elles changent de possesseurs étrangers; de tels changements pourraient ressembler k Tœuvre de colonisation qu'ils interdisent. Par exemple, on peut être sûr qu'ils s'exposeraient à tous les hasarda d'une guerre avec l'empire allemand plutôt que de laisser v^odre Saint-Thomas à l'Allemagne. C'est là> pourrait-on croire, pousser la doctrine bien loin, puisqu'on va jusqu'à limiter le droit de libre transactioa entre deux nations indépendantes, dont l'une est parmi les plus grandes puissances du monde. Néanmoins, una telle attitude n'est pas sans précédent, et peut se justifier par l'importance des intérêts engagés ; car l'établis-
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sèment par TAUemagne de fortifications et d^une escale decharbon & peu de distance de la côte américaine serait un acte que les États-Unis ne pourraient tolérer. L'Angleterre et la France ne consentiraient pas davantage à ce que la place forte de Geuta fût transférée de TEspagne k l'Allemagne.
On peut encore concevoir d'autres complications avec l'Allemagne dans les Indes occidentales. On a soutenu' que, si la Hollande venait à faire partie de la confédération germanique, les États-Unis ne pourraient consentir k ce que les colonies hollandaises de l'hémisphère occidental fussent comprises dans l'arrangement. On peut admettre en efiet que telle serait l'attitude du gouvernement et du peuple américains, si quelque acte soudain amenait l'union de la Hollande et de l'Allemagne. Au cas cependant où l'arbsorption de la Hollande par l'empire allemand serait graduelle, et ménagée par une lente suite d'alliances toujours plus étroites, il serait peut-être difficile de dire quand et comment les Américains pourraient intervenir ; mais il n'est pas douteux qu'ils voudraient le faire. Il est fort probable aussi qu'ils s'opposeraient à la cession par la France de la Guadeloupe et de la Martinique à l'Allemagne ou à l'Angleterre, sous forme d'échange ou d'indemnité. Les États-Unis garantissent donc à la France ses possessions dans la mer des Caraïbes.
Remarquons en passant que, depuis la déclaration du président Grant, il s'est produit un transfert de ter-
I. Article du capitaine Mahan, National Review, février 1908.