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ritoire américain d'une puissance européenne & une autre, sans provoquer l'opposition des États-Unis. En 1878 y la Suède céda à la France la petite île de Saint- Barthélemi. Le consentement tacite des Américains peut s'expliquer par l'intérêt médiocre qu'ils prenaient alors, si peu de temps après la guerre civile, aux affaires étrangères, et aussi par Tinsignifiance de Ttle cédée, qui n'ajouta guère à la force de la France dans les eaux des Antilles. Il est curieux pourtant qu'on n'ait prêté à cet acte aucune attention ; bien qu'il présente une certaine analogie avec la vente possible de Saint- Thomas à r Allemagne, il n'a pas été remarqué par ceux qui ont écrit sur la doctrine de Monroe, non plus que par les historiens américains.
La forme extrême de la doctrine de Monroe se trouve dans cette affirmation, émise officiellement pour la première fois par le président Grant : ce Le temps n'est pas bien loin où, par le cours naturel des événements, tout lien politique entre l'Europe et ce continent cessera d'exister. » La même idée a été souvent répétée depuis, notamment par le secrétaire d'État Olney en i8g5, avec sa vigueur habituelle. Il n'est pas étonnant que les nations européennes qui possèdent des territoires en Amérique en aient éprouvé quelque inquiétude. Mais jusqu'à présent une telle crainte n'est pas fondée. Monroe lui-même a fait cette déclaration explicite : « Nous ne sommes point intervenus^ et nous n'interviendrons point, dans les colonies ou dépendances actuelles d'une puissance européenne quelconque. » Cette politique a toujours été scrupuleus#-
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meut suivie par les États-Unis, sauf dans le cas de Cuba, où les circonstances étaient d'une nature particuli^e. On peut s'attendre à ce que les Américains sympathisent toujours avec un peuple de rhémispbère occidental qui lutte pour s'émanciper de sa métropole européenne ; mais aucune nation de l'Europe, tant que ses colons sont contents de leur sort, n'a lieu d'appréhender une initiative hostile de la part des Américains.
Jusqu'ici nous n'avons considéré la doctrine de Monroe que sous son aspect positif, — les avantages qu'elle donne à l'Amérique. Reste le côté négatif, — les obligations qu'elle entraine. Sans doute nous pouvons dire qu'elle n'en entraîne aucune, si nous n'y voyoni^ qu'une politique égoïste soutenue seulement par la force. Évidemment son existence repose avant tout sur la force ; un caractère inoffensif et raisonnable n'aurait jamais suffi pour la faire accepta des autres nations. Pourtant les Américains, lorsqu'ils la soutiennent, justifient leur attitude en admettant qu'dle leur impose certains devoirs. Quelles sont ces obligations ?
Une première question se pose : Les Américains sont-ils tenus d'appliquer la doctrine qu'ils ont proclamée, même lorsqu'elle va à l'encontre de leurs mtérèts ^ Ceci s'accorderait mal avec le caractk^ pratique de l'Anglo-Saxon et sa répugnance à se laisser lier par de pures théories. Malgré l'enthousiasme qui salua les paroles de Monroe, l'opinion publique américaine se montra fort tiède lorsqu'il s'agit, peu de temps après, d'envoyer des délégués au congrès de Panama, assemblée réunie expressément pour travailler à l'avance^
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ment de la foi nouvelle. Le pays préférait réserver sa liberté d'action, sans s'embarrasser d'accords avec Vexteneur. Au cours du débat sur cette question, Henry Giay déclara que le message présidentiel était destiné & éclairer l'opinion aux États-Unis, et ne devait pas être interprété comme une promesse faite & d'autres nations. Depuis ce temps-là les États-Unis ont, à diverses reprises, refusé de prêter l'oreille aux appels de tel ou tel État de l'Amérique latine qui leur demandait du secours. Naturellement, ils se sont fait accuser en pareil cas de trahir leurs principes, mais ils se sont sentis libres d'agir comme il leur semblait bon. Par exemple, lors de l'intervention française au Mexique, le gouvernement de Washington n'adopta pas une attitude d'opposition résolue avant que la guerre de Sécession ne fût à peu près terminée. Par contre, en 1896, le secrétaire d'État Olney, avec l'appui du président Clevdand, prit pour base de son raisonnement l'idée que la doctrine de Monroe donnait aux États-Unis « le droit et le devoir » d'intervenir en faveur du Venezuela. Si nous acceptons cette vue, la charge qui s'impose devient tout à fait sérieuse ; mais un peuple dont « la volonté fait loi » décidera par lui-même quelles situations lui font « un devoir » d'intervenir. Les Américains ont Tesprit trop réaliste pour se sacrifier à leurs idoles ; sHls les trouvent surannées, ils n'hésiteront pas i les adapter aux circonstances ou, s'il le feut, à les abandonner.
Une obligation que la doctrine de Monroe impose aux Étots-Unis s'est tout dernièrement afiBrmée d'une
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façon désagréable. Si un État de FAmérique latine se rend coupable à l'égard d'une puissance européenne d'une injure dont on puisse avec justice demander rai* son, et s'il n'est pas possible d'infliger un châtiment efficace sans procéder à l'occupation d'une partie du sol américain, qu'arrivera-t-il? Quoique le gouvernement de Washington ait à plusieurs reprises déclaré qu'il n'entendait pas protéger un État dans son tort, et qu'il n'ait jamais dans le passé empêché un juste châtiment, l'opinion publique en Amérique répugne de plus en plus à permettre aux Européens, sous quelque prétexte que ce soit, une mainmise sur le territoire américain. Ceci revient à dire que les États-Unis doivent se charger de satisfaire la partie lésée, et cela n'est possible qu'en agissant contre le délinquant. Mais ce rôle de policier dans les afiGaiires américaines n'est pas un rôle que le pays tienne à prendre : il se verrait bientôt en conffit avec quelques-unes des républiquessœurs, qui sans doute aiment à se faire de la doctrine de Monroe un bouclier contre l'Europe, mais qui redoutent par>dessus tout l'intervention de la puissante république du Nord. En outre, les États-Unis devraient siéger comme arbitres dans toutes les contestations; bref, ils seraient entraînés dans des difficultés sans fin. Le pays tout entier se rend compte maintenant de ces difficultés. L'honneur revient au président Roosevdt d'avoir été l'un des premiers à les apercevoir et à les affronter ; par malheur, affronter une difficulté ce n'est pas la résoudre. La politique actuelle du gouvernement semble consister à ûdre de son mieux dans chaque af-
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(aire qui se présente: à essayer de faire entendre raison aux diverses parties, à avertir les républiques de PAmérique latine que personne ne les couvrira et qu'elles pourront être punies si elles se comportent mal ; mais en même temps à maintenir la doctrine de Monroe bien en vue devant l'Europe. L'accord avec Saint-Domingue est un exemple d'un essai d'arrangement équitable entre un État américain débiteur et ses créanciers européens. Cette tactique opportuniste de notre gouvernement a un inconvénient: toute intervention d'une puissance forte dans les affaires d'une puissance faible tend à amener un protectorat plus ou moins déguisé. Jusqu'ici, cette politique a été couronnée de succès ; mais personne ne peut prévoir où, malgré les meilleures intentions, elle pourra conduire.
La théorie d'une séparation naturelle entre l'ancien et le nouveau monde est une partie essentielle du raisonnement sur lequel s'appuie la doctrine de Monroe. Ainsi, au moment même où elle proteste contre la colonisation de l'Europe en Amérique, la doctrine affirme avec non moins de force : « Nous n'avons jamais pris part aux guerres que les puissances européennes se sont livrées sur des questions qui les concernent, et il n'est pas dans notre politique de le faire. » Cette déclaration a été bien des fois répétée sous une forme ou sous une autre', et d'une façon générale on s'y est régulièrement conformé. Le président Monroe lui-même avait eu tout d'abord l'intention d'insérer dans son message de dé-