I. Notamment à la première conférence de La Haye
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cembre i8a3 une expression de sympathie pour la révolution grecque; mais son secrétaire d^État, M. Adams, Fen dissuada, parce que cela aurait eu Tair d'une ingérence dans les affaires de TEurope. La même politique a toujours été suivie depuis. Les hommes d'État américains ont parfois critiqué les événements d'Europe avec un sans gène qui a excité quelque colère de l'autre côté de l'Atlantique ; mais ils n'ont jamais songea se mêler d'une manière active aux affaires qui ne les concernaient pas. Ce n'est pas à dire que les Etats-Unis aient manqué à leur devoir de protéger leurs citoyens ou leur commerce partout où ils ont risqué d'être lésés. C'est là un droit commun à tous les États. Mais il y a beaucoup de différence entre l'envoi, par exemple, d'un cuirassé à Smyme pour y veiller sur les missionnaires américains, et une participation à un congrès réuni pour discuter la question d'Orient. Les États-Unis, tout en sauvegardant leurs intérêts partout où ils ont été directement menacés, se sont tenus avec soin en dehors de la politique générale de l'Europe.
En Extrême-Orient, ils n'ont pas suivi le même prin* cipe. Le président Monroe, dans son message, a parlé * de l'Europe et de l'Amérique, sans s'occuper des autres parties du monde. Comment donc appliquer sa doctrine à l'Asie P Dirons-nous que la politique traditionnelle •des États-Unis limite leur action à l'hémisphère occidental ? Ou bien, puisque le message présidentiel ne dit rien de l'Asie, ce continent est-il ouvert à toutes les activités de l'Amérique P L'Europe aurait été contente de voir la première de ces vues l'emporter. Les démocrates
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la soutinrent aux élections de 1900, et, en effet, il semble asses absurde de prétendre que TAtlantique est une barrière naturelle entre les peuples et que le Pacifique ne Test pas. Cependant c'est Tautre politique qui a triomphé. Les Américains ont pris une part active à Touverture de l'Asie orientale ; ils se sont souvent joints aux autres puissances dans des interventions combinées, et ils se sont établis aux Philippines. A vrai dire, il eût été frange que les États-Unis, nation civilisée la plus voisine de rExtréme-Orient, assistassent sans bouger aox changements que leurs rivaux européens imposaient à l'Extrême-Orient, simplement parce qu'un principe, qu'ils avaient eux-mêmes énoncé dans des circonstances tout à fait différentes, pouvait s'interpréter comme limitant leur liberté d'action. Les Américains ne sont pas doctrinaires à ce point. Lorsque la question se posa sous une forme concrète, ils décidèrent que leur règle de non-intervention dans les affaires européennes ne les empêchait pas d'acquérir des îles dans le Pacifique ; il importait peu à quel hémisphère elles appartenaient. Le capitaine Mahan a dit : « A mon sens, l'Europe telle que l'entend la doctrine de Monroe comprendrait l'Afrique avec le Levant et l'Inde... Elle ne comprendrait pas le Japon, la Chine ni le Pacifique en général. » Cette division est qu^ue peu arbitraire et il se peut qu'elle ne dure pas ; mais elle représente assez bien les bornes géographiques actuelles de la doctrine dans les esprits américains.
Ce problème asiatique présente un autre aspect qui d'ordinaire est néghgé aux États-Unis. Si la doctrine de
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Monroe ne s'étend pas à PAsie, pourquoi les puissances asiatiques se sentiraient-elles tenues de l'observer? Les Japonais, par exemple, commencent d'émigrer en grand nombre vers l'Amérique latine aussi bien que vers l'Amérique anglo-saxonne. Si, comme il est très possible, ces immigrants venaient à avoir des ennuis avec la population d'un des États sud-américains, s'ils faisaient appel à la protection de leur gouvernement et que la querelle devint sérieuse, les États-Unis ne pourraient éviter d'y être entraînés. On ne peut en effet supposer que les Américains permettraient aux Japonais ce qu'ils défendent aux puissances européennes, ni qu'ils toléreraient un seul instant une mainmise du Japon sur des territoires de l'hémisphère occidental. Pourtant, l'occupation par les Japonais du Pérou, par exemple, serait-elle pour les États-Unis une affaire plus grave que ne l'est pour le Japon la possession des Philippines par les Américains? Notre seule réponse sera qu'il faut prendre les faits tels qu'ils sont. Il y a dix an», le Japon n'était pas en mesure de défendre le principe de <( l'Asie aux Asiatiques » ; aujourd'hui il lui faut accepter la situation, tout comme les États-Unis l'acceptent à l'égard des possessions européennes dans le nouveau monde. Tout de même, quand ils interdisent l'ingérence asiatique dans l'hémisphère occidental, les Américains ne peuvent pas s'appuyer sur l'argument de réciprocité qu'ils emploient à l'égard de l'Europe.
Et encore, même à l'égard de l'Europe, leur politique n'est plus tout à fait la même qu'autrefois. Il est certain que depuis quelques années ils se sont montrés
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plus disposés que jadis à prendre part aux affaires européennes. Naturellement on les a vus à diverses conférences internationales d'ordre scientifique ou philanthropique ; mais nous les trouvons aussi représentés k la conférence de Berlin en i885, qui posa les fondements de rÉtat libre du Congo, et en 1906, au règlement des afiaires du Maroc à Algésiras, ils ont signé (avec quelques réserves) l'acte général de Faccord. La protestation du secrétaire d'État Hay contre l'oppression des Juifs en Roumanie, et la transmission officielle qu'il fit à la Russie d'une pétition des Juifs d'Amérique après le massacre de Kichinev, étaient difficiles à concilier avec les traditions de la politique étrangère américaine. Ces démarches n'ont pas été d'une grande conséquence; mais on peut y voir les indices d'une attitude assez nouvelle.
En cette époque de puissances mondiales, les États- Unis ne peuvent manquer de prendre un intérêt croissant a tous les événements importants du globe. Si les mas* sacres d'Arménie venaient à se reproduire, les États- Unis, en dépit des préceptes de Monroe, ne resteraient sans doute pas aussi passifs qu'en 1895; même une intervention américaine pour protéger les indigènes de rÉtat libre du Congo n'est pas inconcevable.
Or, si les États-Unis sont près d'abandonner cet article de la doctrine de Monroe qui désavoue toute idée d'intervention dans les afiaires européennes, comment peuvent-ils persister à interdire l'immixtion de l'Europe dans les afiaires d'Amérique ? La logique peut-être le leur défend; mais, du point de vue plus vaste des inté-
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râts nationaux, ils peuvent soutenir que de tels intérêts peuvent être « suprêmes » dans une région déterminée sans être pour cela exclus partout ailleurs. Cependant les Américains se rendent compte qu'une pareille attitude rendrait leur position moins forte ; ils savent que toute revendication d'une a sphère d'intérêts », si juste qu'elle puisse être, est en soi une revendication égoïste, et donnerait aux pouvoirs de l'Europe un motif plus légitime de se plaindre des restrictions qu'on leur impose. C'est une des raisons qui rendent les Américains si sincèrement désireux de rester étrangers à toutes les questions purement européennes. Pourront-ils y arriver? C'est une autre affaire.
Quoi que l'avenir lui réserve, il est certain qu'à l'époque actuelle la doctrine de Monroe, avec ses points forts et ses points faibles, ses avantages et ses obligations, n'est pas seulement un document essentiel du credo politique des États-Unis, mais un des faits les plus considérables dans les relations internationales du monde.