I«^ ÉTATS-UNIS ET LA GRANDE-BRETAGNE
guerre sud-africaine éclata, l'opinion publique en Europe fut presque unanime à prendre le parti des Boers. L'Europe s'attendait à voir l'Amérique faire de même, et c'était tout naturel : les idées chères des Américains étaient bien connues, et dans toute leur histoire, depuis les premiers jours de l'indépendance, il ne s'y était point rencontré de cause plus propre à exalter leur enthousiasme que cette lutte héroïque d'une poignée de HoUandais défendant leur liberté contre le plus grand empire du monde. Les Boers ressemblaient aux embattled farmers de Lexington et de Bunker HiU. L'analogie était si grande qu'elle semblait devoir frapper les esprits américains. Elle n'y manqua pas en effet, mais d'autres sentiments neutralisèrent son influence. Si la guerre boer était survenue quelques années plus tôt^ les États-Unis auraient sans doute été de cœur avec ces paysans hollandais, et la presse américaine aurait abondé en parallèles entre leur soulèvement et la guerre de l'Indépendance. En 189g, la situation avait changé. L'amitié anglo-américaine, quoique toute récente, avait déjà poussé des racines profondes. L'Angleterre avait soutenu les États-Unis contre l'hostilité des puissances européennes, et même, au dire des Anglais, contre une coalition de ces puissances : les États-Unis, maintenant que l'Angleterre se trouvait à son tour isolée, allaient-ils s'allier avec l'Europe ? Si les Anglais et les Américains étaient frères, comme on venait de le proclamer si haut, des frères ne doivent-ils pas se prêter un mutuel appui dans le besoin P Les Anglais, comme on peut le croire, ne se firent pas faute d'invoquer