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souvent ces arguments, et les Américains en reconnurent toute la force.
Une autre raison essentielle empêchait Fopinion publique aux États-Unis de critiquer la situation avec sa liberté accoutumée, et de déblatérer comme au bon vieux temps sur Foppression anglaise. C'est qu'à ce moment même l'insurrection faisait rage aux Philippines. Sans doute on pouvait prétendre que les Philippins étaient très différents des Boers, que la révolte absurde des îles contre leurs bienveillants protecteurs n'avait rien à voir avec la lutte héroïque des pionniers hollandais pour le maintien de leur vieille indépendance. Mais on se sentait quand même un peu gêné. Les Américains n'étaient pas dans un moment propice pour faire des développements sur le droit sacré du « gouvernement consenti ».
Partagés entre tant de considérations opposées, les sentiments de l'Amérique pendant la guerre sud-africaine furent hésitants. Les deux adversaires eurent donc de chaux partisans aux États-Unis ; mais la majorité semblait ne vouloir se prononcer ni contre l'un ni contre l'autre, et tout le monde fut heureux de voir finir ce pénible conflit. Si dès le début les États-Unis avaient pris le parti des Boers, les puissances européennes qui désiraient intervenir se seraient peut-être déridées.
Depuis cette époque, aucun incident. n'a troublé les bons rapports des deux peuples de langue anglaise, excepté un épisode éphémère : l'intervention de l'Angleterre et de l'Allemagne au Venezuela en igo2. Les
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Ëtato-U^s en furent irrités ; mais Vopinion anglaise condamna avec une telle unanimité et une telle véhémence la conduite de son ministère que tout le courroux des Américains se tourna contre les Allemands, La Grande-Bretagne continua sa politique de c gracieuses concessions ». Au traité Hay-Pauncefote, elle consentit à abroger Tarrangement Glay ton-Bulwer> qui avait tellement ennuyé les Américains, et à leur laisser les mains libres dans l'isthme de Panama pour y creuser le c^oial des deux Océans. Dans le règlement de la fipontière de TAlaska, les États-Unis eurent encore Tavantage, soit à cause de Thumeur toute conciliante de l'Angleterre, comme les Canadiens s'en sont plaints, soit parce que leur cause était vraiment la meilleure ; cette seconde hypothèse semble être la vraie, car le haut caractère de l'arbitre anglais, le seul membre de la Commission qui iùt impartial, peut suffire k garantir la justice de son arrêt. Il ne but certes pas s'attendre à ce que les Américains soient reconnaissants pour oe qu'ils ont ainsi obtenni. Dans toute dispute, le gagnant voit dans son succès une preuve que sa cause était bonne. Pourtant on se rend complte aux États-Unis que dans ces dernières années les Anglais ont cherché tpus les moyens de fi^re plaisir aux Américains et on leur en sait gré. Les causes de ^pneseUes entre les deux pays ont en grande partie disparu : les frontières sont enfin fixées ; on a réglé la qv^astion du canal ; l'Angleterre a aoocyté la cj^tf^ne de Monroe, et est allée jusqu'à retirer des e^yçL améric(ûnes la plupart des forces cpi'ello y maîiitenait; les pboqu^s du détrdit de Behring n'existent
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presque pins ; des anciens litiges, il ne i^te donc que la question des pêcheries de Terre-Neuve, et il semble bien qu'elle soit à la veille d'être réglée par le tribunal de La Ibye. En Extrême-Orient, les deux pays ont suivi dans ces derniers années la même politique, parce que leurs intérêts y coïncident. S'il survenait des complications ^ves entre les États-Unis et k Japon, la sitnation de la Grande-Bretagne pourrait devenir assez délicate, mais l'Angleterre a les mêmes difficultés que les Étais^Ums avec le Japon. En tout cas l'Anglais tf^^t plus l'ennemi héréditaire pour les jeunes âmes patriotiques américames. Les romans pour la jeunesse parlent de la guerre de Cuba, du conflit des Philippines oti de h marche sur Pékin. Une certaine rivalité commerciale subsiste entre les deux pays, mais elle n'est pas ainsi vive cpie k rivalité de chacun d'eux avec l'Allemagne. Les tarifs douaniers américains ne passent plus pour une invention anti-anglaise ; il y a même des Anglais qui les envient, et l'on ne peut douter <pie la prospérité dont jouit l'Union sous son régime très protecteur n'ait beaucoup fait pour stimuler en Angleterre la campagne protectionniste (tasriff reform). Si elle réassit, les Américains seront les premiers à y perdre. Us ont eu jusqu'ici liine accès aux marchés britanniques ; l'établissement d^nne union douanière de Tempire angkis, ou de droits protecteurs élevés, ne pourrait manquer de leur causer du préjudioe.
Chaque année de pk» nombreux voyageurs activent Tédiange des idées ea^e l'Angleterre et l'Amériquef. Il y a d^ uneimportante coionîe d'Américains à Londrea,
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et les mariages entre gens des deux nations sont assez fréquents. Les bourses de Cecil Rhodes (^Rhodes Sduh l(irships) amènent des étudiants américains à Oxford, quoiqu'en général on préfère les universités du continent. Les courses et les championnats entre les deax peuples se multiplient. Des livres importants se publient simultanément en Grande-Bretagne et aux États-Unis; toutes les pièces à succès sont jouées dans les deux pays. A diverses époques de Thistoire de Thumanité, les peuples ont été enclins à se grouper suivant tel ou tel sentiment commun. Ce fut parfois le sentiment religieux : les Croisades, par exemple, furent des coalitions des puissances chrétiennes contre FOrient mahométan, et, au XVI* et au xvn* siècle, on a vu les États catholiques et les États protestants former des ligues hostiles. A d'autres moments, des principes communs de gouvernement ont servi de base à des combinaisons politiques : ainsi TEurope monarchique se groupa dans le premier quart du xix* siècle autour de la Saint^ Alliance, tandis que la doctrine de Monroe trouvait son fondement dans Tidée que les libres républiques du nouveau monde avaient les mêmes intérêts nationaux. Plus tard dans le siècle, le sentiment de nationalité fiit le plus puissant à rapprocher les diverses branches d'un même peuple. Il n^a pas seulement réalisé Funité de ritalie et celle de TAllemagne ; il est encore en train d'agir, comme le prouve le pan-germanisme et divers autresi mouvements du même ordre. Dans certains cas, il va plus loin que la simple nationalité, il vise i rapprocher les nationalités parentes: il en résulte la