LE CANAL DE PANAMA
Les relations de rAngletcrrc et des États-Unis dans l'hémisphère occidental ne se sont pas bornées aux questions qui concernent le Canada ; ihème sans le Dominion, la Grande-Bretagne occupe au nouveau monde une position dont les Américains ont sans cesse à tenîr compte. Dans les îles coralligènes des Bermudes, fortifiées et presque inexpugnables, elle possède une excellente base d'opérations, d'où une flotte hostile pourrait menacer toute la côte américaine, du Maine à la Floride. Plus au sud, le groupe des Bàhamas commande l'entrée du canal de Floride ; la Jamaïque est en sentinelle devant tout canal qui traverserait le Nicaragua ou Panama; les possessions britanniques de la Guyane et des Petites Antilles gardent la sortie de la mer des Caraïbes. En somme, tous ces postes forment une chaîne formidable. Les Bermudes sont isolées et n'ont poi&t causé de disputes. Les États-Unis peuvent être ennuyés qu'elles soient aux mains des Anglais, mais il n'y a rien à y faire. Ils ont donc plutôt tourné leur attention du côté de la mer des Caraïbes et des eaux avoisinantes, où pendant presque tout le cours du xix* siècle ils ont eu avec l'An-
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gleteire une vive rivalité qui vient seulement de prendre fin.
La grande Méditerranée de rAmérique comprend, comme celle de l'Europe, deux moitiés bien distinctes, le goYSe du Mexique et la mer des GaraÀes, qui ne sont reliées que par un étroit passage, rappelant celui qui sépare la Sicile de la Tunisie. Le golfe du Mexique n*a que deux issues : i Test le canal de Floride, qui mène à r Atlantique, et au sud-est le détroit du Yukatan, qui ouvre sur la mer des Caraïbes. Entre eux, et dominant Vun et Tautre, on trouve Textrémité occidentale de la belle tle de Cuba. La mer des Caraïbes est fermée par la terre à l'ouest et au sud ; au nord, une barrière discontinue formée par les trois tles de Cuba, Haïti et Porto-Rico, avec le poste avancé de la Jamaïque ; i Test, la chaîne des Petites Antilles, ligne d'iles peu étendues, séparées par divers passages et appartenant à difiérentes puissances. Le long des côtes de la Méditerranée américaine il y a d'importantes positions stratégiques et commerciales; mais deux d'entre elles priment toutes les autres : la Nouvelle-Orléans, au nord du golfe du Mexique, à l'embouchure du Mississipi, débouché de l'immense plaine intérieure des États-Unis, et, à la limite méridionale de la mer des Caraïbes, le canal qui doit joindre les deux océans. Dès les premiers jours de leur indépendance, les Américains ont reconnu Timportance qu'avait pour eux la NouveDe-Orléans et ils l'acquirent en i8o3 ; un siècle plus tard, après de très longues disputes avec la Grande-Bretagne, ils obtinrent un contrôle bien défini sur l'emplacement du futur canal.
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Les Antilles furent la première partie du nouveau monde que découvrit Christophe Colomb, et les premiers territoires où s^établirent les Espagnols. Peu à peu d'autres nations y arrivèrent et pendant le xvn* et le zvm^ siècle y ces lies furent le théâtre de plus d^une bataille sur terre ou sur mer entre les* forces r%aliires de puissances rivales, ausn bien <pie des exj^oits des boucaniers. On attribuait en ce temps-là & ces possessions plus d'importance que dans les temps modernes Quelques-unes de ces lies ont changé de mattre à plusieurs reprises, suivant les chances de la guerre. Les Anglais ont été les premiers à prendre pied dans ce domaine espagnol, avec la conquête, en i655, de la Jamaïque, qui aujourd'hui est presque la plus vieille de leurs colonies. Les Français, les Hollandais et même les Danois et les Suédois suivirent bientôt, pour prendre tout ce qu'ils pourraient dans cette partie si favorisée du monde.
En 1783, après la conclusion de la paix de Paris, l'Espagne, qui avait regagné la Floride et gardé la Louisiane, était maîtresse de tous les territoires qui bornent le golfe du Mexique et de toutes les côtes continentales de la mer des Caraïbes, outre Cuba, Saint-Domingue, la Trinité et d'autres tles. Sa position lui donnait donc une supériorité écrasante ; mais sa mainmise n'était pas forte. En comparaison d'elle, les autres nations n^occupaient que des avant-postes, quoique la richesse et la prospérité d'Haïti et de la Jamaïque fussent proverbiales. La nouvelle puissance américaine, les États-Unis, n'avait pas encore un pouce de territoire sur le golfe du Mexique,
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mais elle y avait déjà des intérêts parce qu'elle possédait la partie nord-est du bassin du Mississipi.
Pendant les guerres de la Révolution française et de TEmpire, la France perdit sa belle colonie d'Haïti, qui devint une république nègre indépendante, comme plus tard Saint-Domingue, moitié espagnole de la même tle. L'Angleterre gagna plusieurs iles de plus aux Antilles et s'établit à la Guyane, sur le continent sud-américain, aux dépens de la Hollande ; elle avait aussi commencé à prendre pied dans l'Amérique centrale. Durant le premier quart du xix* siècle, l'Espagne perdit toutes ses possessions continentales du nouveau monde, qui for* mèrent un certain nombre de faibles républiques indépendantes ou passèrent aux mains des Américains. Les États-Unis gagnèrent d'abord le golfe du Mexique par Fachat de la Louisiane, i laquelle ils ajoutèrent bientôt la partie occidentale de la Floride, puis la partie orientale, et enfin le Texas, si bien qu'ils en vinrent à posséder toute la côte septentrionale du golfe. Le rapide développement de ces territoires et surtout la force de la nation américaine assurèsrent à cette région une importance bien supérieure sur le golfe à ceUe des faibles États de l'Amérique espagnole, ou même à celle de l'Espagne, malgré la position hors ligne de Cuba. La seule rivale k redouter était la Grande-Bretagne qui, bien qu'elle n'occupftt qu'une étendue de territoire relativement restreinte, était du moins bien retranchée dans quelques positions excellentes : « reine des mers », die pouvait faire rayonner ses flottes dans toutes les divedions.
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Un trait curieux de la rivalité entre les deux puissances anglo-saxonnes dans les eaux des Antilles, c^est qu^elle a moins porté sur des conflits d^intérèts actuels que sur le futur canal qui devait relier T Atlantique au Pacifique. Oa avait déjà eu Tidée d'un pareil canal sous Philif^ II. Tout le monde était sûr qu'il serait creusé tôt ou tard; même la plupart des gens croyaient qu'il serait fait avant longtemps, car c'est seulemooit k une époque toute récente que l'on s'est rendu compte des énormes difficultés de l'entreprise. Pour la plus grande puissance maritime et coDunerciale du monde, ainsi que pour la jeune république américaine, la questi<Hi de savoir qui dominerait cette grande voie future avait une importance vitale. Personne ne savait exactement où on l'établirait, mais que ce fût au Nicaragua, à Panama ou ailleurs, l'intérêt qu'elle devait offrir était le même.
L'iiistoire des querelles sur ce sujet se divine en deux périodes bien nettes, séparées par l'ère d'apaisement qui suivit le traité Glayton-Bulwer (i85o). Il n'est pas nécessaire ici d'entrer dans le détail des .manœuvres, et des négociations qui eurent lieu des deux parts. On. peut se borner à constater la différence de l'attitude des États-Unis, dans la première et dans la seconde moitié du xix* siècle, au sujet de la domination du futur canal. Pendant la première période, on voit l'Angleterre s'efforcer de fortifier sa position de manière & avoir le plus possible à sa portée le canal» qui, croyait* on généralement, serait percé i travers le Nicait^^. Les États*Unis guettaient tous ses mouv^mçnts d'un œil extrêmement soupçonneux, protestaient violemnient